Beckett
Samuel Beckett est un résistant de la première heure. Il fait office de boîte aux lettres et traduit des informations en anglais. En 1942, il échappe de peu à la Gestapo et part avec Suzanne pour Roussillon, où il travaille pour le maquis.
En 1945, il reçoit la croix de guerre.
En 1946, lors d’une marche dans la campagne irlandaise, il se trouve à l’extrémité d’une jetée, dans la tempête, quand il prend conscience de ce qu’il doit écrire, ce qu’il relate dans La Dernière Bande (Éditions De Minuit) : « Ce que soudain j’ai vu alors, c’était la croyance qui avait guidé toute ma vie, à savoir… que l’obscurité que je m’étais toujours acharné à refouler est en réalité mon meilleur… indestructible association jusqu’au dernier soupir de la tempête et de la nuit avec la lumière de l’entendement » (anecdote tirée du témoignage de Deirdre Bair dans Les Cahiers de l’Herne).
Et il est vrai que c’est la période de la guerre et de l’après-guerre, autour de cette « révélation », jusqu’en 1960, qui voit éclore les massifs romanesques (Murphy, Watt, Molloy, Malone meurt, L’Innommable) et théâtraux (En attendant Godot, Fin de partie, Oh les beaux jours) de l’œuvre beckettienne.
Deux rencontres majeures permettent la diffusion de l‘œuvre, et la reconnaissance de l’écrivain : Jérôme Lindon, jeune éditeur de 26 ans, décide de publier l’œuvre dès 1950. La même année, Roger Blin, jeune metteur en scène reconnu, décide de monter En attendant Godot (projet abouti en 1953) puis Fin de partie (projet abouti en 1957).
Les préoccupations personnelles de l’auteur rejoignent le constat pessimiste d’un certain nombre d’intellectuels et d’artistes, qui amène à la crise de la représentation et du sujet : si l’homme veut trouver un sens au monde, les horreurs du xxe siècle ont démontré que cette quête était réduite à néant par l’homme même, peu fiable. Il faut donc inventer une autre façon d’utiliser l’art et le langage afin de rendre compte de cette découverte traumatisante. C’est ce que cherchent à faire les mots de Samuel Beckett.
Suite et fin. Du nouveau, toujours du nouveau. 1960-1989.
Samuel Beckett s’essaie à tous les médias de son temps : il écrit des pièces radiophoniques, réalise un film avec Buster Keaton, travaille pour la télévision, et continue à creuser son sillon dans tous les genres littéraires. Il met en scène ses propres textes, à plusieurs reprises, dans différents pays.
Mais on peut noter que ses textes, pour la plupart, se font plus maigres, comme happés par le silence.
Il continue aussi à militer pour la liberté, lorsqu’il l’estime juste : il écrit par exemple Catastrophe pour Vaclav Havel, emprisonné en 1982 pour délit d’opinion dans son pays, la Tchécoslovaquie.
Il s’éteint le 22 décembre 1989, quelques mois après sa compagne.
Tout au long de sa vie, Samuel Beckett aura été un homme engagé, un immense poète, en quête d’une vérité humaine à mettre en mots, comme personne avant lui ne l’avait fait.