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Dossier

Colette

Séquence pédagogique autour de Colette journaliste

par Frédéric Maget, professeur de Lettres modernes et président de la Société des amis de Colette. Spécialiste de l'auteur de Chéri, il lui consacré de nombreux articles et ouvrages (Lettres à Missy, Flammarion, 2009 ; Colette journaliste, Le Seuil, 2010). Il co-dirige le Cahier de l'Herne consacré à Colette, à paraître fin 2011.

 

Présentation de la séquence

En 1932, Colette ouvre rue de Miromesnil à Paris un institut de beauté. L’auteur reconnu de Chéri, de La Maison de Claudine et de Sido se lance dans le commerce. Au-dessus d’une photo publicitaire la représentant au milieu des flacons de parfum et des boîtes de maquillage, elle a écrit : « Croyez-vous au second métier de l’écrivain ? »

Tout au long de sa vie, Colette se joua des barrières et des conventions. Devenue écrivain presque par accident, sur une suggestion de son premier mari, l’écriture fut d’abord un moyen de gagner de l’argent, condition nécessaire, selon elle, à la liberté de la femme. Dans cet objectif, elle fut amenée à exercer d’autres métiers. Elle faillit même abandonner l’écriture pour une carrière de mime. Pendant plus de six ans de sa vie, elle parcourut la France et l’Europe pour se produire sur scène.

Ce qu’on ignore parfois, c’est que cette grande ouvrière des lettres fut aussi pendant un demi-siècle une infatigable journaliste et sans doute l’écrivain du xxe siècle qui aura consacré le plus de temps à la presse : Le Matin, Le Figaro, Le Journal, Paris-Soir, Marie-Claire… Elle a collaboré à des dizaines de journaux, rédigé chroniques et reportages, toute sa vie, avec la régularité et la rigueur d’une grande professionnelle.

Comment expliquer une telle abondance ? Souci du pain quotidien c’est certain, mais surtout – et quoi qu’elle en ait dit par ailleurs, maudissant volontiers la presse, cet « ogre qui se repaît à heures fixes » –, une sorte de jubilation littéraire qui, peut-être, la console du mal que lui donne l’écriture de ses romans. Car son souffle, quoi qu’elle en dise par ailleurs, s’accorde parfaitement au journalisme. Colette a le goût de la forme brève, celle-là même qu’adoptent, par nature, les articles de presse – ni trop longs, ni trop courts, 500 mots environ pour La République, 1 300 pour Le Journal ou Paris-Soir. Pour elle, c’est la bonne distance, où ses qualités trouvent pleinement à s’employer.

Colette s’inscrit dans une longue tradition. Les écrivains ont toujours tenu une place à part dans le monde de la presse. À la fin du xixe siècle, alors que naissent les grandes groupes de presse qui vont marquer durablement la vie politique française, les écrivains sont à la fois courtisés pour leur renommée et le nombre de lecteurs que leur nom peut attirer, et regardés avec méfiance en raison de leur liberté de ton et de parole. Car l’écrivain, à la différence du journalisme, n’est pas tenu aux faits. Il a sa propre légitimité, la certitude que son regard se suffit à lui-même. Alors que le journaliste met en avant la vérité du fait et son objectivité, l’écrivain revendique une subjectivité, un point de vue qu’on n’attend pas.

Quelle légitimité un écrivain peut-il donc avoir pour faire le métier de journaliste ?

Aujourd’hui, nous sommes plutôt habitués à voir des noms de journalistes sur les tables des libraires et la question se pose sans doute inversement. Mais en 1911 lorsque Colette débuta sa collaboration au Matin, l’un des trois ou quatre plus importants quotidiens de l’époque, la question était au cœur des débats. Colette était encore auréolée de la gloire sulfureuse des Claudine. Sa relation affichée avec la marquise de Morny et sa carrière de mime faisaient d’elle une personnalité en vue et scandaleuse. De plus la présence des femmes, malgré des exceptions remarquables, était encore très rare dans les rédactions des grands quotidiens français. Bien que le journalisme revendique un regard objectif sur le réel, cette séquence sera aussi l’occasion de s’interroger sur la spécificité du regard d’une femme.

Nous avons délibérément choisi d’ordonner les textes selon un classement chronologique. Il nous a semblé important de pouvoir lire et interpréter les articles que Colette publia dans la presse en fonction de l’évolution de son statut d’écrivain, des « débuts » à la reconnaissance. Il est certain que la renommée grandissante de l’écrivain, notamment à partir des années 1920, eut une influence décisive sur sa carrière journalistique.

Parmi les plus de 1 200 articles écrits par Colette pour la presse, nous avons choisi de mettre en valeur les affaires criminelles qui sont comme un fil rouge, depuis l’arrestation de la bande à Bonnot jusqu’au procès de Moulay Hassen, en passant par les procès de Landru, de Violette Nozières ou l’affaire Stavisky. Ces textes mettent en valeur une veine sombre souvent méconnue dans l’œuvre de Colette.

Bibliographie :
Colette, Œuvres, Paris, Gallimard/La Pléiade, t. I-IV, 1984-2001.
Claude Pichois et Alain Brunet, Colette, éd. de Fallois, 1999 ; rééd. Le Livre de Poche, 2000.
Colette journaliste, texte établi et présenté par Gérard Bonal et Frédéric Maget, Seuil, 2010.