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Dossier

Colette

Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954)

par Frédéric Maget, professeur de Lettres modernes et président de la Société des amis de Colette. Spécialiste de l'auteur de Chéri, il lui consacré de nombreux articles et ouvrages (Lettres à Missy, Flammarion, 2009 ; Colette journaliste, Le Seuil, 2010). Il co-dirige le Cahier de l'Herne consacré à Colette, à paraître fin 2011.

 

Femme libre et insoumise pour les uns, dernière représentante d’« une certaine France » pour d’autres, Colette fascine et continue d’inspirer aujourd’hui biographes et cinéastes. Il faut pourtant se méfier de toute assimilation entre sa vie et l’œuvre, qui souvent s’en inspire. Colette nous avertit : « Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait ? Patience : c’est seulement mon modèle. » (La Naissance du jour, 1928)

« J’appartiens à un pays que j’ai quitté. » (1873-1893)

Sidonie-Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne). Elle est le deuxième enfant de Sidonie, née Landoy (1835-1912), la future « Sido », et de Jules Joseph Colette (1829-1905), « le Capitaine ». Elle grandit dans la « grande maison grave et revêche » de la rue de l’Hospice, aux côtés de son frère Léopold (1866-1940), le « Sylphe » et de Juliette (1860-1908), « ma sœur aux longs cheveux » et Achille (1863-1913), « l’aîné sans rivaux », tous deux nés d’un premier lit. Colette forge auprès de sa mère et au contact de la campagne environnante une sensibilité unique. Elle évoquera tout au long de son œuvre son enfance à Saint-Sauveur et l’univers familial dominé par la figure tutélaire de Sido.
En 1891, la famille Colette quitte Saint-Sauveur pour Châtillon-sur-Loing, à une trentaine de kilomètres. Sido veut se rapprocher d’Achille qui s’y est installé comme médecin. Les problèmes financiers que connaît la famille et que le mariage de Juliette a aggravés précipitent le départ. Colette a 18 ans lorsqu’elle quitte son village natal. Elle ne se consolera jamais de ce départ. « J’appartiens à un pays que j’ai quitté. » (Les Vrilles de la vigne, 1908). Ainsi s’expriment les exilés.

Apprentissages (1893-1906)

Le 15 mai 1893, Gabrielle Colette épouse Henry Gauthier-Villars (1959-1931), plus connu sous le nom de Willy. Il est le fils d’une famille d’éditeurs scientifiques réputés et s’est fait connaître du grand public comme critique musical avisé et ardent défenseur de Wagner, mais aussi auteur de romans légers produits avec l’aide de nombreux collaborateurs réunis dans ses « ateliers ». Le couple s’installe à Paris, et fréquente les grands salons de madame Armand Caillavet, de madame de Saint-Marceaux ou de la princesse de Polignac. La beauté de la jeune madame Gauthier-Villars, sa vivacité d’esprit et… son fort accent bourguignon y font merveille.
Un jour, Willy conseille à Colette d’écrire ses souvenirs d’écolière. Cet épisode est rapporté par Colette en 1936 dans Mes Apprentissages : « Vous devriez jeter sur le papier des souvenirs de l’école primaire. N’ayez pas peur des détails piquants, je pourrai peut-être en tirer quelque chose… les fonds sont bas. » Jugeant le manuscrit sans grand intérêt, Willy l’aurait alors laissé dormir dans un tiroir. Il l’en tira quelque temps plus tard : « Nom de Dieu ! grommela-t-il, je ne suis qu’un c… », se serait-il exclamé avant de porter le texte chez un éditeur. Ainsi Colette « entrait en littérature ».
Claudine à l’école paraît en 1900, signé du seul nom de Willy. Ce sera le plus gros succès littéraire de la Belle Époque. La nouveauté du ton, la spontanéité et la fraîcheur de l’héroïne expliquent en grande partie ce succès, à une époque où la littérature est encore hantée par les silhouettes fantomatiques et les « muses fardées » du Symbolisme. Ce premier volume sera suivi de Claudine à Paris (1901), Claudine en ménage (1902) et Claudine s’en va (1903). La publicité est savamment orchestrée par Willy. On peut alors acheter, en plus du col Claudine, des cigarettes Claudine, des allumettes Claudine et des cartes postales où Colette Willy, puisque c’est le nom de fantaisie qu’elle a choisi, pose en écolière… L’adaptation pour la scène avec l’actrice Polaire dans le rôle-titre amplifie encore le succès.
Colette devient un membre actif des « ateliers » de Willy. En 1904-1905, paraissent Minne et Les Égarements de Minne, toujours signés Willy. Pourtant un changement s’amorce. En 1904, le nom de Colette Willy est sur la couverture de Dialogues de bêtes, préfacé en 1905 par Francis Jammes qui annonce : « Mme Colette Willy se lève aujourd’hui sur le monde des Lettres. »