Vous êtes ici  : Accueil >Dossiers auteurs > Desnos > Le Gué du Dire

Dossier

Desnos

Le Gué du Dire. Un projet pluridisciplinaire pour faire écrire en 4e et en 3e

Par Pascale Martin, collège Claude-Debussy à Margny-les-Compiègne (Années 2008-2010)

 

Il est beaucoup question aujourd’hui du devoir de mémoire, mais comment cette mémoire peut-elle être entendue, acceptée, comprise et transmise à des adolescents de treize à quinze ans, qui vivent dans une société privilégiant les loisirs, la consommation, l’instantané et l’éphémère ? Le Gué du Dire se veut un témoignage de cette transmission, avec toutes les difficultés, les aléas, les réussites et les échecs que cette expérience a comportés.
Nous étions trois à nous lancer dans cette aventure : Jean-Jacques Nguyen, réalisateur, qui a été l’initiateur du projet, Julie Autrusseau, professeur d’histoire-géographie au collège Claude-Debussy de Margny-les-Compiègne et moi-même, Pascale Martin, professeur de français et écrivain. Nous avons décidé de franchir ensemble ce gué avec une classe que nous avons suivie pendant deux ans, en 4e et en 3e, à la rencontre de deux grands témoins de l’histoire de Compiègne pendant la Seconde Guerre mondiale, Léon Malmed, enfant juif, caché avec sa sœur Rachel par une famille de Justes après l’arrestation de ses parents en juillet 1942 et André Bessière, Résistant, interné au camp de Royallieu et déporté dans le même convoi que le poète Robert Desnos, dont il a partagé les derniers mois d’existence, presque jusqu’à la fin. Des séances de travail ont été prévues avec Léon et André, ainsi qu’avec deux jeunes archivistes de la région, Lise Calafato et Pierre Sylvestre. Nous avons également demandé au comédien Philippe Morier-Genoud d’apporter sa contribution sous la forme d’une séance de lecture et de transmission orale qui a eu lieu au Mémorial de Royallieu en mars 2009.


Mémoire du lieu et transmission


L’histoire de Compiègne est effectivement marquée par les évènements tragiques qui s’y sont déroulés pendant les années noires de l’Occupation : bombardements et incendie de la ville, venue de Hitler à Rethondes, ouverture du Frontstalag 122 par où transitera cette salade extraordinaire dont parle Desnos dans une de ses lettres à Youki, Résistants, otages, communistes, gaullistes, prêtres, trafiquants du marché noir, otages, Russes, Américains, juifs, ainsi que quelques femmes, départ des convois de la gare à destination des camps de la mort.
Cependant, même si des collégiens de Margny-les-Compiègne sont familiers de ces lieux chargés d’Histoire, ils s’y intéressent peu et nous avions conscience, dès le départ, que ce ne serait pas une mince affaire que de tenter de les transformer en passeurs de mémoire. En effet, nous ne voulions pas que les élèves soient de simples auditeurs, passifs et dociles, de la parole qui leur serait transmise, mais nous souhaitions qu’ils en deviennent les acteurs, qu’ils l’acceptent ou la rejettent, mais surtout qu’ils apportent leur parole à eux, de jeunes de ce début du xxie siècle, sans aucune censure de notre part et qu’ils puissent s’exprimer librement, à l’écrit comme à l’oral.