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Dossier

Desnos

Robert Desnos, une vocation de poète

Par Marie-Claire Dumas, professeur honoraire des Universités. Elle a consacré l'essentiel de son enseignement et de sa recherche à la poésie française du XXe siècle, en particulier au surréalisme. A édité l'œuvre de Robert Desnos, auquel elle a consacré un livre Robert Desnos ou l'exploration des limites, Klincksieck, 1980.

 


« Dans les éléments de chaque époque, l’enfant a le privilège de choisir les divinités et les attributs d’une mythologie qui, bon gré mal gré, à travers les événements publics et privés, par-dessus les cultures philosophiques, politiques ou religieuses, présidera à sa vie, alimentera à l’âge d’homme, ses rêveries, ces conservatoires des joies puériles, et ses rêves, ce miroir masqué de ce qu’il est, de ce qu’il ignore si souvent être. Tout individu n’est ni ce qu’il croit, ni ce qu’on croit. »

Évoquant ainsi en février 1944, à propos du peintre Labisse, l’influence des années d’enfance sur le destin de l’adulte, Robert Desnos fait assurément référence à sa propre expérience. Sa vocation de poète trouve ses racines dans ses émerveillements d’enfant, pour s’épanouir ensuite à travers des rencontres qui jouèrent un rôle déterminant. Ce sont les moments les plus marquants d’une formation poétique qui se trouveront évoqués ici, et non la biographie détaillée du poète.

Un enfant de Paris

De ses premiers essais de poésie, « Prospectus » en 1919, jusqu’au « Veilleur du Pont-au-Change » en 1944, Robert Desnos n’a jamais cessé d’évoquer Paris où il est né et où il restera pendant l’Occupation. Paris est le lieu d’une enfance heureuse, le lieu où toutes les nationalités se croisent, où l’art et la littérature se déploient avec une liberté d’invention exceptionnelle, Paris est pour Desnos une patrie sans frontières. À cela les années quarante devaient apporter un terrible démenti dont le poète ne se satisfera pas.
C’est dans le quartier des Halles, où son père est mandataire pour le gibier et la volaille, que Robert Desnos est né, le 4 juillet 1900, à l’aube du vingtième siècle. Il grandit au 11 rue Saint Martin, près de l’église Saint-Merri, puis, à partir de 1913, au 9 rue de Rivoli, dans une famille bourgeoise, où le père est soucieux de son autorité, la mère douce et discrète et la sœur aînée attentive. Le quartier des Halles, où affluent chaque jour tous les produits qui assurent la nourriture de la capitale, est un quartier d’une intense activité, où abondent les boutiques de commerçants et d’artisans, où se côtoient des gens de tous horizons, où se parle une langue populaire et facilement argotique. Le cœur de Paris, pour le jeune Desnos, c’est donc le quartier Saint-Merri et toutes les rues pittoresques qui s’y croisent, de Nicolas-Flamel à Saint-Bon, des Juges-Consuls à la rue des Lombards. Revenant avec une pointe d’émotion sur ce Paris de son enfance, la veille de son arrestation le 21 février 1944, il en retrouve les sensations délicieuses :
« Les charmes de la rue de la Verrerie, les marchands de cierges, les petits ateliers de mécanique où la limaille de fer jaillissait parmi des étincelles bleues.
Importance de l’enseigne “John Tavernier”, le fabricant de bonbons de la rue du Cloître-Saint-Merri.
Les éplucheuses de queue de cerises – Muraour et l’odeur des orangers. La corderie – la construction des nouveaux magasins du Bazar de l’Hôtel-de-Ville. Le mendiant à l’angle de la rue Saint-Bon. La crémerie Mangin rue Saint-Martin. La petite fille de la rue des Juges-Consuls. »

Enfant, Desnos fréquente l’école maternelle de la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, puis l’école communale du 36 rue des Archives, qu’il quitte en 1913, muni du certificat d’études. Si ces études primaires le satisfont, c’est pourtant en dehors de l’école que sa curiosité d’enfant trouve à se satisfaire.