D'Urfé
Annexe 2 : étymologie et intertextualité des noms des personnages principaux
par Marie-Claude Mioche
CÉLADON : du grec keladon, « sonore, retentissant ».
kelados désigne le chant et le cri, le bruit naturel du fleuve, de la mer, du vent : Céladon développe à travers son nom le symbolisme de la rivière dont le bruit chante (ou crie). Keladôn est le nom d’une rivière d’Élide chez Homère ou d’Arcadie chez Callimaque et Théocrite (assimilable au Ladon actuel), puis le nom de personnages chez Homère et Ovide.
Céladon, « la rivière qui chante », se jette dans la rivière comme dans un miroir (image baroque) et mêle aux flots du Lignon la poésie arcadienne.
ASTRÉE : c’est l’astre (astron, en grec), double de l’étoile (stella, en latin), idéal de pureté et de lumière qui guide dans la nuit. De nombreux personnages féminins de la littérature théâtrale et romanesque des xvie-xviie siècles portent ce nom.
Atréia est aussi, dans la mythologie, la fille de Thémis, déesse de la justice. Ovide dans les Métamorphoses dit qu’elle fut la dernière à abandonner les hommes lorsque débuta l’âge de fer : « La piété est vaincue, foulée aux pieds ; loin de cette terre trempée de sang se retire la dernière après tous les immortels, la vierge Astrée. »
Cette « vierge » dont on attend le retour pour retrouver l’âge d’or est aussi la constellation du même nom célébrée par Virgile dans les Bucoliques (IV) et dont il pense qu’elle marquera le début d’une ère nouvelle de paix.
Astrée, dans le roman d’Honoré d’Urfé, est donc l’objet d’une triple quête : quête amoureuse, quête de justice (elle est fille de Thémis), quête de paix. Elle concentre dans son personnage romanesque toute la symbolique de l’œuvre. Le nom dépasse la simple désignation du personnage.
AMASIS : même s’il est tentant de rapprocher son nom de celui des Amazones, ces farouches guerrières qui excluaient les hommes du pouvoir, la reine du Forez porte plutôt le nom de l’avant- dernier pharaon de la XXVIe dynastie (– 568-– 526), Ahmôsé, roi philhellène qui assura, selon Hérodote, une prospérité éclairée à son pays. Il est cité par Platon dans le Timée. Dans Le Banquet des sept sages, Plutarque rapporte qu’il organisa un concours de sagacité…
ADAMAS : en grec, adamas signifie indomptable, en latin adama(n)s signifie acier, diamant et aimant. Un oracle dans le roman le désigne implicitement : « Lorsque tu parviendras où parle un diamant »
Homme de science et de culture, homme de paix, homme de foi, Adamas est un humaniste au sens premier que lui donna la Renaissance.
GALATHÉE (GALATÉE) : Galateia est un nom de nymphe qui présente de nombreuses occurrences dans la mythologie. C’est le nom de la statue que Pygmalion éveille à la vie par son amour, le nom d’une fille de Nérée aimée par Polyphème (opéra de Lully et œuvre de Haydn), c’est aussi le nom d’une bergère des Bucoliques de Virgile et aussi le titre de la pastorale de Cervantes…
Galatia désigne la Gaule… C’est pourquoi Honoré d’Urfé fait de Galatée, ancêtre de la nymphe, la mère mythique des Gaulois (Galli).
HYLAS : hylè en grec signifie la forêt mais aussi la matière (cf. Berkeley, Trois Dialogues entre Hylas et de Philonous).
Hylas fait partie de la légende d’Héraklès : enlevé par les nymphes à cause de sa beauté, il fut réclamé à grands cris et en vain à tous les échos… La beauté d’Hylas en fait un personnage qui joue perpétuellement sur la séduction. C’est l’infidèle qui justifie son infidélité comme fidélité à soi-même puisque tout n’est que changement… Personnage baroque, libertin et matérialiste, il est celui qui chante et amuse par sa légèreté.
POLEMAS : Polemas est celui par qui la guerre arrive (polemos, en grec, signifie la guerre).