Vous êtes ici  : Accueil >Dossiers auteurs > D'Urfé > Annexe 3

Dossier

D'Urfé

Annexe 3 : corpus de poèmes baroques

par Marie-Claude Mioche

 

Avecque mon amour naît l’amour de changer,
J’en aime une au matin ; l’autre au soir me possède,
Premier qu’avoir le mal, je cherche le remède,
N’attendant être pris pour me désengager.

Sous un espoir trop long je ne puis m’affliger,
Quand une fait la brave, une autre lui succède ;
Et n’aime plus longtemps la belle que la laide :
Car dessous telles lois je ne veux me ranger.

Si j’ai moins de faveur, J’ai moins de frénésie :
Chassant les passions hors de ma fantaisie,
À deux, en même pour, je m’offre et dis adieu.

Mettant en divers lieux l’heur de mes espérances,
Je fais peu d’amitié et bien des connaissances ;
Et me trouvant partout, je ne suis en nul lieu.

Nicolas Vauquelin des Yveteaux, Recueil de vers, 1606.



Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé, contre une cheminée,
Les yeux fixés vers terre, et l’âme mutinée,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L’espoir qui me remet du jour au lendemain,
Essaie à gagner temps sur ma peine obstinée,
Et, me venant promettre une autre destinée,
Me fait monter plus haut qu’un empereur romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,
Qu’en mon premier état il me convient descendre,
Et passer mes ennuis à redire souvent :

Non, je ne trouve point beaucoup de différence
De prendre du tabac à vivre d’espérance,
Car l’un n’est que fumée et l’autre n’est que vent.

Saint-Amant, Œuvres, 1629.