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Dossier

D'Urfé

Éditer L’Astrée

Par Delphine Denis, professeur de langue et littérature françaises à l’université de Paris-Sorbonne. Elle s’intéresse à l’histoire des formes et des styles au XVIIe siècle et est notamment l’auteur de La Muse galante. Poétique de la conversation dans l’œuvre de Madeleine de Scudéry (H. Champion, 1997) et de Parnasse galant. Institution d’une catégorie littéraire au XVIIe siècle (H. Champion, 2001, prix XVIIe siècle 2002). Elle a publié, seule ou en collaboration, plusieurs éditions critiques et dirigé de nombreux ouvrages collectifs portant sur des questions de critique littéraire, de langue et de style. Avec son équipe scientifique, Delphine Denis prépare actuellement la première édition critique de L’Astrée d’Honoré d’Urfé, qu’accompagne un site Internet dédié à cette œuvre (http://astree.paris-sorbonne.fr/).

 


Le saut de Céladon, détail d'une tapisserie de Bruges, vers 1640,
collection du château de la Bâtie d'Urfé, Conseil général de la Loire.
© Nikole CG42

« Éditer L’Astrée » : plus qu’un programme, c’est une gageure. L’extrême complexité de la tradition éditoriale du roman a en effet longtemps dissuadé les spécialistes de se lancer dans l’entreprise : le roman reste classé au titre des « Lacunes du patrimoine » par le ministère de la Culture. Pourtant appelée de ses vœux par toute une communauté de chercheurs et d’amateurs fervents, aucune édition critique de L’Astrée n’a encore vu le jour, en dépit de nombreuses recherches qui ont, depuis le texte procuré par Hugues Vaganay (1925-1928), enrichi notre connaissance des épineux problèmes à résoudre sur le seul plan philologique. Telle est la première urgence, et le véritable défi à relever. Une équipe scientifique dirigée par Delphine Denis (université Paris-Sorbonne) en a tenté l’aventure depuis 2004.

Pour ce projet éditorial, deux objectifs, distincts mais corrélés, s’imposaient. Il fallait avant tout donner à lire un texte établi selon un rigoureux protocole philologique. Et, tout en faisant le choix d’un texte déterminé – en l’occurrence le plus diffusé, qui fut aussi celui retenu par les deux grandes éditions collectives de 1632-1633 et 1647 –, offrir au lecteur l’intégralité des options éditoriales concurrentes, ainsi que des variantes constituées par les états antérieurs du texte. Il était donc nécessaire d’opter pour un dispositif inédit, en recourant à un double support : d’un côté, le livre imprimé, appareillé de notes critiques (à paraître aux éditions H. Champion), de l’autre un site Internet entièrement dédié au roman : http://astree.paris-sorbonne.fr), qui permettra au lecteur non seulement de confronter les divers états du texte, mais encore de décider ainsi en toute liberté de sa « Vraye Astrée ». Le site témoigne en outre du rayonnement de l’œuvre d’Honoré d’Urfé : on pourra en mesurer l’ampleur à travers son traitement iconographique (gravures, tapisseries, faïences), les mises en musique des poèmes extraits de L’Astrée, les nombreuses réécritures et adaptations.
« Éditer L’Astrée » relève enfin d’une autre ambition, tout aussi coûteuse. Dépositaire d’une vaste culture puisée aux sources de l’humanisme renaissant, nourri des curiosités des historiens et « antiquaires » de l’époque, fait de rêves en définitive bien moins nostalgiques que fondateurs d’un nouvel idéal politique, le roman d’Honoré d’Urfé enjoint encore, de page en page, d’en contextualiser précisément l’invention. L’impressionnant repérage de ses sources naguère effectué par M. Gaume (Les Inspirations et les Sources de l’œuvre de Urfé, Saint-Étienne, Centre d’études foréziennes, 1977) reste à prolonger, compléter, nuancer. La tentation « encyclopédique » d’une annotation savante qui fit elle aussi reculer les meilleurs spécialistes reste vive, mais peut-être moins centrifuge : il convient ne pas la replier uniquement sur une « bibliothèque », mais de l’ouvrir au contraire sur l’actualité civile qui fut celle d’Honoré d’Urfé, et pour laquelle il imagina les « mondes possibles » de son roman.

En 2006 et 2007, trois importantes manifestations internationales ont été organisées par la même équipe : les actes en sont publiés dans la revue xviie siècle (n° 235, 2007), dans les Cahiers de l’Association internationale des études françaises (n° 60, mai 2008) et dans l’ouvrage collectif Lire L’Astrée (PUPS, 2008). Deux de ces manifestations se sont tenues dans le cadre des célébrations nationales de la parution de L’Astrée d’Honoré d’Urfé (Première partie en 1607). Au-delà de l’événement – hommage rendu à une œuvre fondatrice que la mort de l’auteur (1567-1625) laissait inachevée sans en arrêter la fortune –, ces diverses rencontres ont accompagné le travail éditorial en cours.