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Dossier

D'Urfé

Honoré d’Urfé (1567-1625)

par Dominique Lardet, professeur de lettres classiques à Lyon, auteur de Voyages romanesques au pays d’Astrée et de Céladon, Jean-Pierre Huguet éditeur, 2008. Ce « guide littéraire » dans le Forez rassemble des impressions de visiteurs des XVIIe au XXe siècles sur les lieux du roman.

 

1607. Avec L’Astrée, Honoré d’Urfé installe le genre romanesque dans la littérature française. Démesuré fut le succès de ce roman d’amour pastoral aux multiples intrigues, bientôt lu et traduit dans l’Europe entière, prolongé par l’auteur (2e partie en 1610, 3e en 1619) et laissé inachevé en 1625, mené à terme par son secrétaire, Baro (4e partie en 1625, 5e en 1627), réédité, falsifié, plagié, appris par cœur… L’Astrée fut à la mode, décora vaisselle et tapisseries ; Céladon, le berger amoureux d’Astrée, devint une couleur, on donna son nom à une porcelaine de ce « vert-gris-bleu ». L’Astrée créa un mode de vie sociale, inspira les salons précieux, la Carte de Tendre aussi bien que La Fontaine, Racine et même Corneille, puis Marivaux et Rousseau, qui le lisait enfant avec son père, George Sand et bien d’autres, tant le « roman des romans » offre de situations romanesques et sentimentales, d’analyses psychologiques, de réflexions philosophiques, tant il renforce le mythe de l’Arcadie idéale, aspiration à l’harmonie au sein de la nature, en l’incarnant dans le Forez cher à l’auteur : « un pays qui en sa petitesse contient ce qui est de plus rare au reste des Gaules ».

Honoré d’Urfé fut perçu comme un personnage de roman, Céladon transi d’amour ou Hylas séducteur inconstant. C’était avant tout un homme de son rang et de son temps.

 

Un gentilhomme de plume et d’épée

Parmi les douze enfants de Jacques d’Urfé, bailli de Forez, et de Renée de Savoie, descendante des empereurs byzantins Lascaris, Honoré est le cinquième fils, né en 1567 à Marseille. Il passe son enfance et une partie de sa jeunesse en Forez, au château de la Bâtie, aménagé à l’italienne et pourvu d’une riche bibliothèque par son grand-père Claude d’Urfé (1501-1558), qui représenta la France au Concile de Trente puis à la cour pontificale et devint précepteur des enfants du roi Henri II.

Après de brillantes études au collège de jésuites de Tournon, où il rédige La Triomphante entrée de très illustre dame Madeleine de la Rochefoucauld… (1583) signée « Honoré d’Urfé, chevalier de Malte », il s’éprend de la belle Diane de Châteaumorand, l’épouse de son frère aîné Anne. Des tourments de cet amour seraient nés le poème Le Sireine, qui s’inspire de la Diana de Montemayor, et le roman L’Astrée, entrepris dès 1584 selon Maxime Gaume [1].