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Dossier

Hugo

Victor Hugo dessinateur

par Danielle Molinari, conservatrice générale et directrice de la Maison de Victor Hugo et de Hauteville House

 

Bien que l’écrivain n’ait jamais pris le dessinateur très au sérieux, Victor Hugo a toujours dessiné. Ses livres et ses cahiers d’écolier portent encore la trace de ses premières rêveries en forme de graffitis.
Toutefois, peu de dessins ont été répertoriés avant 1830 et seules de petites caricatures introduisent alors le répertoire graphique de l’écrivain.
Ces Choses à la plume, comme il les appelait, toute en spontanéité, ont les supports offerts par le hasard : lettres ou enveloppes, cartes d’invitation, coupures de presse, couvertures de revues… Ces diverses charges légères et drôles témoignent aussi de son talent d’observateur et reflètent une autre forme de connivence entre l’écrivain et la feuille de papier, le crayon ou la plume.
Puis, en 1834, avec le rituel des voyages que Victor Hugo entreprend avec sa maîtresse Juliette Drouet, apparaissent des dessins fixant le souvenir de paysages de Normandie, de Bretagne puis de Belgique et du Nord de la France. Ces exercices quotidiens, confient à de petits carnets de voyage la fascination que les bords de mer exercent déjà sur Hugo.
À partir de 1837, le lavis d’encre fluide et transparent introduit une matière ductile qui donne de la densité et de la profondeur au dessin. Perspectives voilées, jeux de reflets et rendu non objectif s’installent peu à peu dans l’art du paysagiste visionnaire. Le style s’affirme et la technique mieux maîtrisée va bientôt permettre l’éclosion des grands thèmes lors du premier voyage sur les bords du Rhin, en 1840. Paysages romantiques sur les rives du fleuve baignées de ténèbres, tours en ruine et architectures improbables – telles ces silhouettes de burgs que l’artiste ne cessera de décliner, souvent de façon métaphorique – rappellent alors Dürer.
À la fin de la décennie, sous la pression des événements, Victor Hugo, ardent défenseur de la République et membre du gouvernement provisoire en 1848, n’écrit quasiment plus que des discours politiques. Le dessin s’abreuvant à la même source d’images mentales que l’écriture en devient le substitut et connaît alors un remarquable essor, auquel l’été 1850 donne une date.
Renonçant cette année-là au voyage estival, Victor installe un atelier de fortune dans la salle à manger de la bien-aimée. C’est là que, pour la première fois, celui qui se désolait en 1848 auprès de son féal Paul Meurice de n’avoir « encore fait que des dessins de petites dimensions », réalise certains de ses plus grands formats, de véritables œuvres de chevalet. La charge poétique du dessin prend le relais d’une écriture en sommeil et traduit avec ses moyens propres, en cette période de conflit politique, des sentiments dans lesquels affleurent le doute et une impression de solitude.
Mêlant confusément à sa rêverie et à ses fantasmes des visions de paysages rhénans ténébreux, fantomatiques et désertés, à des souvenirs plus lointains de l’enfant découvrant en 1811 des châteaux qui se dressaient dans une Espagne combattante, la pulsion créatrice du visionnaire fait surgir sur ses feuilles une Ville au bord d’un lac ou une Ville morte, mais restitue aussi un banal quotidien car « en art rien n’est laid » : un Champignon, un coq : Gallia, une Salière-Fontaine