Vous êtes ici  : Accueil >Dossiers auteurs > Hugo > Victor Hugo

Dossier

Hugo

Victor Hugo (1802-1885)

par Jean-Marc Hovasse, ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, agrégé de lettres modernes, docteur ès lettres, directeur de recherche au CNRS, directeur du Centre des correspondances et journaux intimes (UMR CNRS 6563, UBO, Brest), biographe de Victor Hugo (éditions Fayard)

 

Le xixe siècle avait deux ans lorsque Victor Hugo vit le jour à Besançon (26 février 1802). Son père, Léopold Hugo, futur général, y avait été nommé en garnison ; pour sa mère, Sophie Trébuchet, c’était la troisième naissance en cinq ans, après Abel (1798) et Eugène (1800). Marquée à la fois par l’épopée napoléonienne et par la mésentente grandissante, puis le divorce violent entre ses parents, l’enfance de Victor Hugo ne fut rien moins qu’heureuse.
Après des tentatives de conciliation en Italie (1808), puis en Espagne (1811-1812), sur les traces du père, Sophie éleva seule ses enfants dans le culte de l’Ancien Régime et la haine de l’Empire. Victor Hugo débuta donc dans les Lettres par des poèmes de concours à la gloire des Bourbons et de la Restauration. Sa carrière officielle commence en 1817 par une mention de l’Académie française, suivie par la reconnaissance de Chateaubriand, son idole. Dès son premier livre, en 1822, il refuse de distinguer « l’intention littéraire et l’intention politique ». Mais il lui faudra encore cinq ans pour se défaire vraiment des « préjugés sucés avec le lait », et parcourir le chemin du royalisme au libéralisme qui sera celui de Marius dans Les Misérables. Il devient à la même date un chef d’école, dont il expose la théorie dans la préface de Cromwell (1827), et dont il impose la pratique trois ans plus tard à la Comédie française avec Hernani. À côté du théâtre, il s’est déjà affirmé dans tous les genres, la poésie (Odes et Ballades, Les Orientales) comme le roman (Bug Jargal, Han d’Islande). Le Dernier Jour d’un condamné, en 1829, est la première étape de sa lutte pour l’abolition de la peine de mort. Quand survient la révolution de juillet 1830, il n’a plus de parents, mais une famille nombreuse : sa femme Adèle, rencontrée dès 1809 et épousée en 1822, attend leur cinquième enfant, Adèle, qui naîtra le 24 août, après un petit Léopold (né et mort en 1823), Léopoldine (1824), Charles (1826) et Victor (1828).
Contrairement à Lamartine, Victor Hugo ne s’engage pas tout de suite en politique. Il confirme sa prééminence dans tous les genres en publiant la même année Notre-Dame de Paris, Les Feuilles d’automne et Marion de Lorme (1831). Il s’installe alors, au sens propre comme au sens figuré, place Royale (aujourd’hui place des Vosges). Mais sa vie privée est moins glorieuse : après avoir découvert la liaison de sa femme avec son meilleur ami (Sainte-Beuve), il s’éprend de Juliette Drouet, qui tenait un petit rôle dans Lucrèce Borgia, sa première pièce en prose. Il partagera désormais sa vie en deux parts, au moins, réservant à Juliette des voyages estivaux et quelques soirées, gardant le reste pour sa famille, sans que cet équilibre instable ne satisfasse vraiment personne. Ses recueils de poèmes se teintent d’un voile de mélancolie, qui obscurcit jusqu’à leurs titres : Les Chants du crépuscule (1835), Les Voix intérieures (1837), Les Rayons et les Ombres (1840). Ses succès au théâtre, en vers comme en prose (Marie Tudor, Angelo, Ruy Blas), ne s’interrompront qu’avec l’échec relatif des Burgraves en 1843. Entre-temps, il entre à l’Académie française (1841), ce qui lui ouvre quatre ans – et un livre (Le Rhin) – plus tard, les portes étroites de la chambre des Pairs.
Il est alors au sommet des honneurs, mais sa vie privée tourne au désastre : sa fille aînée chérie se noie dans la Seine quelques mois après son mariage (1843), et il est surpris en flagrant délit d’adultère avec Léonie Biard, une jeune femme séduisante mariée à un peintre jaloux. Il s’enferme alors pour se faire oublier, commence la rédaction d’un grand roman qui deviendra Les Misérables, et s’interrompt en février 1848 pour cause de révolution. Il n’achèvera ce livre qu’une douzaine d’années plus tard.