Lampedusa
Le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa
Étude orientée vers le niveau terminale L, proposée par Ismène Cotensin, maître de conférences au département d'Italien de l'université Jean Moulin, Lyon 3
I. Structure du roman
1. Découpage
Chapitres
Le roman est divisé en huit « parties » : c’est le terme que l’on trouve dans le manuscrit, tandis que l’appellation « chapitre » a été choisie par Giorgio Bassani. Les quatre premières « parties » ont une longueur à peu près égale, de même que les quatre dernières (chacune d’entre elles a une longueur qui correspond plus ou moins à la moitié des précédentes). Pourquoi une telle différence ? Y a-t-il un plan narratif d’ensemble ?
Quel est le rôle du chapitre de père Pirrone ? Étudier de quelle façon ce chapitre est la clé de voûte de l’édifice autour de laquelle s’articulent les autres parties : la phase « ascendante » est représentée par les chapitres les plus longs, et la phase « descendante » par les plus courts.
Paragraphes
Chaque chapitre est à son tour divisé en paragraphes, qui possèdent tous une conclusion qui prend très souvent la forme d’une réplique épigrammatique (« Bendicò se précipita, l’eau à la bouche, vers la nourriture qu’il savourait par avance. "Un vrai Piémontais" pensa Salina en montant l’escalier [1] ») ; on trouve également deux lignes marquant expressément une conclusion (« Cette découverte réconfortante lui redonna du cœur et c’est avec décision qu’il frappa à la porte de Mariannina » ; « Tancrède était un grand homme, il l’avait toujours pensé » [2]). Ce sont les mêmes tournures épigrammatiques que l’on retrouve dans les conclusions des chapitres ; la fin du chapitre 4 est célèbre : « Il regarda : devant lui, sous cette lumière de cendre, le paysage sautait, un paysage pour lequel il n’existait pas de rachat [3]. »
Quel est l’effet de cette mise en valeur des conclusions de paragraphes et de chapitres ? N’est-ce pas là le moyen qu’a trouvé l’auteur pour accentuer la séparation entre les différents nœuds narratifs, rompant de la sorte le rythme à l’intérieur des différents chapitres ? Ainsi, Lampedusa ménage des « moments de pause » au lecteur, lorsque le roman « possède une enquête psychologique tendue » [4].
Réfléchir à cette fragmentation caractéristique du Guépard. Les chapitres ne peuvent-ils pas être considérés comme des segments plus ou moins autonomes les uns des autres ? D’autre part, ceux-ci ne sont-ils pas, à leur tour, constitués d’une succession de brefs épisodes ?
Ainsi, c’est à la fois au niveau de la macro-structure du roman que de sa micro-structure que l’on constate la complexe organisation en nœuds narratifs juxtaposés.