Quignard
Étude d'un motif : le fantôme [22]
Traitement du motif
On analyse la convergence en un même motif des thématiques essentielles de l’œuvre - mort, amour, musique – dont on questionne :
- la portée poétique à travers la référence au mythe d’Orphée ;
- la dimension métaphysique [23].
Du texte au film [24] on étudie :
- le rôle joué dans la dramaturgie par les manifestations du fantôme :
- articulation de la première d’entre elles avec la scène du rêve [25] d’immersion que le film déplace vers le réel [26],
- silence et statisme d’abord, dialogues et mouvements ensuite,
- présence effective puis allusions filmiques : attente déceptive dans la cabane [27], bribes de paroles ;
- les effets de condensation et dilatation des apparitions mentionnées dans le récit [28] ;
- l’isotopie de l’au-delà tissée par le fantôme, le tableau, la barque, le gisant [29] ;
- le redoublement du motif : aspect fantomatique puis apparition surnaturelle de Sainte Colombe [30].
Intégration du motif à la représentation
Le motif pose la question de la représentation de l’invisible au cinéma.
L’analyse des procédés filmiques [31] conduit à remarquer :
- le recours pour la première apparition :
- à des plans de dos désignant dans la profondeur vide du cadre la place du fantôme,
- à des plans de face l’appelant en contrechamp.
On étudie dans les autres fragments les effets de sens des reprises et variations de ces cadres :
- le rôle du regard dans le surgissement – et la disparition – du fantôme, appelé par un regard hors champ [32]. Raccord de montage en champ contrechamp, intensité des regards entre regardant et regardé(e) manifestent le désir de la présence du (ou de la) disparu(e) et créent l’émotion ;
- la dimension fantastique de la scène nocturne [33] due :
- à la construction de la lumière,
- au recours à une figure du cinéma fantastique [34] : silhouettes en contre-jour et contre-plongée détachées en profondeur sur le ciel.