L'animal dans la littérature
L’humain, l’animal
par Anne-Marie Garat, écrivain, ancien professeur de Littérature, de Cinéma et de Photographie, chargée de mission pour l’Éducation artistique et l’Action culturelle du ministère de l’Éducation nationale, de 2000 à 2005

Eustache Le Sueur, Ganymède enlevé par Jupiter
Paris, musée du Louvre
© RMN / © Daniel Arnaudet
Le compagnonnage problématique entre homme et animal apparaît dès les grands textes fondateurs et les cycles de la mythologie. L’homme n’en finit pas de s’identifier, par ce lien organique, à l’animalité originelle, d’y chercher son essence. La Création biblique différenciait dans le jardin d’Éden, l’homme du règne animal, et Noé en sauvait les spécimens du catastrophique déluge... mais dans l’Antiquité classique, les figures s’échangent – mixité, confusion proprement monstrueuses des catégories naturelles et des genres, par addition, juxtaposition, d’éléments hétérogènes, et les dieux ont le privilège de s’incarner à loisir en d’autres espèces, cygne, taureau, bouc ou faucon... Sphinx, centaure, hydre, sirène, licorne, dragon médiévaux sont les créatures composites en lesquelles animalité et humanité affirment leur parenté archaïque. Les hommes, dès les peintures rupestres, témoignent de leur fascination devant ces corps à la fois étranges et familiers, auxquels le chamanisme ouvre les voies de passage imaginaires. Par l’emprunt magique à la peau, la fourrure, dépouille ou massacre, aux attributs bestiaux des cornes, des serres, du mufle, en couronne ou manteau royaux, le déguisement et le maquillage rituels questionnent le rapport naturel et sacré de l’homme à l’animal, totem ou tabou jusque dans la victime expiatoire, émissaire sacré de l’Antiquité classique ou biblique. L’apprivoisement domestique des frères animaux ou l’héroïsme de la chasse font de la bête l’allié ou le rival identitaire ; quand elle ne fait pas de l’homme à la fois le prédateur et sa proie d’excellence.