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Dossier

Littérature et arts visuels

Cézanne et les écrivains

par Hélène Waysbord, Inspecteur général honoraire, conseillère littérature au département Arts et culture du CNDP et directrice de la collection Présence de la littérature

 


Paul Cézanne (1839-1906), La Montagne Sainte-Victoire (vers 1887-1890)
Paris, musée d'Orsay
© RMN / © Hervé Lewandowski

Cette présentation de quelques textes d’écrivains consacrés à Cézanne permet d’aller au-delà de la seule relation de Cézanne à Zola dont les circonstances sont bien connues : l’incompréhension de l’écrivain incapable de suivre l’évolution de l’œuvre de son ami ; la trahison de confidences personnelles directement révélées dans le roman L’Œuvre qui paraît en 1886 et marque une rupture définitive entre eux.
L’intérêt d’auteurs parmi les plus grands s’affirme dès la disparition de Cézanne, à travers la correspondance de Rilke en octobre 1907 avec sa femme. Le rayonnement de l’œuvre ne cesse de grandir ensuite. Pour en venir aux dernières décennies, en 1980, Peter Handke publie La Leçon de la Sainte-Victoire qui institue Cézanne en modèle pour la création et l’expérience artistique. En 2006, Charles Juliet, sous la forme d’une lettre à Cézanne, marque, l’année même du centenaire de sa disparition, la proximité du solitaire d’Aix aux contemporains.
Parmi d’autres, ces trois exemples au fil du temps ont été choisis car ils émanent d’inventeurs en écriture, comme Cézanne le fut en peinture. Ses tableaux, dédaignés au départ, ont profondément modifié le regard, le nôtre, et conduit à l’art du xxe siècle au prix d’une exigence absolue et d’un engagement total.


Rilke : Lettres sur Cézanne (1907)

L’ensemble des Lettres constitue un texte essentiel à la connaissance de Cézanne, en raison de sa date d’abord, sitôt la mort de Cézanne, quand il n’est reconnu que par un cercle d’amateurs, et que Rilke, lui, cherche sa voie à l’orée d’une grande œuvre. Le texte des Lettres se signale par sa concentration dans le temps, celui d’une exposition qui va requérir toute l’attention de l’écrivain. On comprend que l’ensemble s’impose dans sa cohérence. Pour le lecteur, contemporain d’alors ou celui d’aujourd’hui, une telle tentative de déchiffrement est sans égale.
Lors de l’automne 1907, le jeune poète Rilke venu à Paris afin de compléter sa monographie consacrée à Rodin, découvre au Salon d’Automne la peinture de Cézanne et ne cesse jour après jour de s’y rendre pour mieux recueillir la leçon du peintre. La série des lettres d’octobre à sa femme Clara permet de suivre la fécondité de cette rencontre avec une « œuvre-évènement », selon les termes mêmes de Rilke.
Ce séjour à Paris dans la solitude, assumée comme condition de l’œuvre, et la fréquentation quotidienne des tableaux de Cézanne, interlocuteur quasi unique au cours du mois d’octobre, va susciter une méditation puissante sur la création, ses conditions, ses moyens. Elle permet à Rilke un vrai progrès dans l’accès à soi, à son dessein profond. La confrontation à Rodin et Van Gogh, déjà familiers, renforce la découverte.