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Dossier

Littérature et arts visuels

George Sand et les arts visuels : romantisme et nature

par Nicole Savy, agrégée, docteur ès lettres, spécialiste du roman du xixe siècle

 

Dans la question, centrale pour le romantisme, de l’idéal de l’art et de l’artiste, George Sand occupe une position particulière. Elle est le seul écrivain, avec Théophile Gautier, à avoir de l’union des arts une vision autre que théorique parce qu’elle vit dans un milieu d’artistes, peintres et graveurs principalement, ce qui correspond chez elle à une véritable utopie. Ayant une connaissance solide de leurs métiers, elle respecte l’autonomie de leur langage et refuse, cette fois à la différence de Baudelaire et de Gautier, d’écrire de la critique d’art, jugeant que seul le peintre est légitime à parler de sa peinture. Admiratrice de Delacroix, elle voit se modifier les hiérarchies académiques et grandir des modes nouveaux de reproduction de l’image et elle contribue à cette perturbation en réhabilitant l’artisanat du mosaïste et du graveur. Dessinatrice et aquarelliste elle-même, après avoir pensé sérieusement en faire son métier lorsqu’elle s’installe à Paris en 1830, elle subordonne le dessin à son métier d’écrivain et le pratique comme un embrayeur de rêve, en investissant, à la fin de sa vie, des techniques très fertiles d’images accidentelles.


Le rêve de l’union des arts

Liszt ou Chopin au piano, le chant des rossignols dans le jardin, Delacroix peignant une Éducation de Marie sur de la toile à corset et George au travail sur son petit bureau : la maison de Nohant fut, pendant plusieurs années, un cercle magique. D’autres artistes, surtout des peintres et dessinateurs, plus ou moins célèbres, y furent invités ou même y vécurent longuement. Pendant quasiment toute son existence, George Sand aima à s’entourer d’artistes.

Elle connut, plus ou moins intimement, des peintres comme Auguste Charpentier, Corot, Thomas Couture, Delacroix, Eugène Fromentin, Eugène Lambert, Meissonier, Théodore Rousseau, Horace Vernet, des graveurs comme Luigi Calamatta, dont Maurice épousa la fille, et Alexandre Manceau avec lequel elle vécut de longues années, des sculpteurs comme Clésinger, qui fut son gendre, le photographe Félix Nadar ; elle correspondit avec Ingres et Gustave Doré – et cette liste est très loin d’être exhaustive. Famille, amis, amours, visites parisiennes du Salon, des musées, des expositions et des ateliers, pratique personnelle du dessin, on rencontre sans cesse les arts, et la question de l’art, dans sa vie et dans ses œuvres.