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Dossier

Littérature et arts visuels

Matisse chez Butor, comment la littérature offre l'hospitalité à la peinture

par Mireille Calle-Gruber, critique littéraire et écrivain. Elle est professeur de littérature française à la Sorbonne Nouvelle Paris III. Parmi ses ouvrages récents : Histoire de la littérature française du xxe siècle ou les Repentirs de la littérature, 2001 ; Assia Djebar ou la Résistance de l’écriture, 2002 ; Le Grand Temps, essai sur l’œuvre de Claude Simon, 2004. Elle dirige l’édition des Œuvres Complètes de Michel Butor (quatre tomes parus en 2006). Son quatrième roman vient de paraître aux éditions de La Différence : Tombeau d’Akhnaton (2006)

 


Henri Matisse, Odalisque au coffret rouge, 1927
Nice, musée Matisse
© Succession H. Matisse 2008 / Photo : Ville de Nice – Service photographique

Depuis longtemps, Michel Butor l’écrivain, l’essayiste, le poète, le conférencier universitaire, le voyageur aux récits inépuisables, travaille avec les artistes, ou plutôt avec les peintures et les œuvres plastiques. C’est là peut-être, de sa production, la face la plus étonnante et la moins connue car ces textes demeurent inclassables, ne répondant pas aux critères de la « critique d’art » habituelle. Pour chacun de ses ouvrages, Michel Butor trouve une forme, une écriture, un ton qui sont sans pareils. Chaque fois, l’écrivain fait œuvre avec : le tableau, la sculpture, le dessin, la photographie… Il compose une créature nouvelle.

En cela, Butor s’inscrit dans la grande perspective des Salons ouverte par Diderot puis Baudelaire. Du premier, il a retenu que la richesse d’une œuvre d’art se partage par une approche descriptive qui se nourrit tout autant de phantasia que de mimesis [1]. Du second, il aura appris que « la critique doit être partiale, passionnée, politique c’est-à-dire fait[e] à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons [2] ». Et Baudelaire d’ajouter dans le Salon de 1846 : le « meilleur compte rendu d’un tableau pourra être un sonnet ou une élégie [3] ». Et c’est bien ce à quoi il s’attache, lui-même composant sur les tableaux de Delacroix certaines strophes des Fleurs du mal, comme Les Phares :
 
« Delacroix, lac de sang, hanté des mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fantômes étranges
Passent comme un soupir étouffé de Weber [4]. »