Littérature et paysage
« Du dépressionnisme à l’impressionnisme » - Le volet éducatif du Festival Normandie impressionniste
Par Jacques-Sylvain Klein, commissaire général du festival, auteur de La Normandie, berceau de l’Impressionnisme [1].
Un tel titre ayant de quoi surprendre, j’indique d’emblée qu’il s’agit d’une citation. Une institutrice d’école maternelle, venue recevoir le prix remporté par sa classe à un concours d’affiches, a dit tout le plaisir qu’elle avait eu à travailler avec ses élèves sur le thème de l’impressionnisme et conclu son propos par une note d’humour, en disant que le festival l’avait fait passer du « dépressionnisme » à l’impressionnisme. Pouvait-on rêver plus bel encouragement ?
Un festival d’un nouveau type
Le Festival Normandie impressionniste, dont la première édition a eu lieu de juin à septembre 2010, sur l’ensemble du territoire haut et bas-normand, présente toute une série de particularités qui le distinguent assez nettement d’autres festivals.
C’est d’abord un festival pluridisciplinaire, où la peinture occupe évidemment une place essentielle [2], mais cohabite avec bien d’autres disciplines : musique, théâtre, poésie, arts décoratifs, photographie... C’est aussi un festival qui accorde une large place à la création contemporaine et au spectacle vivant.
C’est ensuite un festival participatif, qui repose très largement sur les initiatives prises par quelque 300 « porteurs de projets » (institutions culturelles, collectivités locales, offices de tourisme, associations, particuliers…) qui ont toute liberté pour conduire leur projet. Une cohérence d’ensemble est néanmoins assurée par un commissariat général, qui définit la ligne générale et veille à l’harmonie de l’orchestre, par un conseil scientifique [3], qui labellise les projets en fonction de leur qualité mais aussi de leur complémentarité, et par une politique de subventions, définie par l’association Normandie Impressionniste [4] en vue d’associer tous les territoires (petites villes, zones rurales, périphéries d’agglomérations...).
C’est également un événement festif, où déjeuners sur l’herbe et randonnées pédestres, bals et guinguettes, feux d’artifices et nuits impressionnistes, ateliers de peinture et séances de cinéma en plein air sont autant d’occasions pour tous, petits et grands, de partager des moments de convivialité et d’accéder à la culture par des voies non conventionnelles [5].
Enfin, le festival affiche clairement sa dimension économique et touristique, en considérant que la culture peut constituer un relais de croissance pour une région touchée, comme d’autres, par la disparition des emplois industriels. Un universitaire [6], spécialiste de l’évaluation des politiques culturelles, a même été chargé de procéder à une évaluation de ses retombées, tant quantitatives que qualitatives [7].
Une volonté d’associer les milieux éducatifs dès l’amont du festival
Une autre originalité du festival est de considérer que la célébration de l’impressionnisme peut constituer une belle opportunité d’enseigner l’histoire de l’art à nos enfants [8], mais aussi de leur faire découvrir leur patrimoine culturel régional, de favoriser leurs pratiques artistiques et, pourquoi pas, de susciter des vocations. D’où l’important volet éducatif mis en œuvre, de la maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur. Avec une contrainte toutefois, tenant à la difficulté d’articuler le calendrier scolaire, qui se termine en juin, avec celui du festival, qui démarre à ce moment.
La nouveauté du projet a conduit à mettre en place une commission [9], pour faire dialoguer les acteurs du secteur : inspecteurs d’académie, proviseurs, enseignants, conseillers pédagogiques, responsables de collectivités locales… Pour assurer le suivi des projets, la commission a en outre bénéficié de la présence sur le terrain d’un enseignant retraité, bien introduit dans les milieux éducatifs [10].
Le succès du volet éducatif doit beaucoup aux partenariats qui ont été noués par le festival avec les rectorats de Rouen et de Caen, ainsi qu’avec la région de Haute-Normandie et le département de Seine-Maritime. Dernier élément, non négligeable : l’association Normandie Impressionniste et les collectivités partenaires ont dégagé un budget spécifique pour soutenir les projets labellisés.