Littérature et cinéma
Littérature et cinéma
par Hélène Waysbord, Inspecteur général honoraire, conseillère littérature au département Arts et culture du CNDP et directrice de la collection Présence de la littérature
Dès le début du xxe siècle, le cinéma, vu son extension et son développement commercial, a manifesté un besoin d’histoires. Aujourd’hui, l’évolution des pratiques culturelles, chez le public jeune en particulier, fait que le recours aux images est un des moyens d’encourager le désir de lecture.
Besoin d’histoires, besoin d’images, les deux arts que sont littérature et cinéma se prêtent main-forte. Ils sont en complémentarité, sans aucune logique d’équivalence. Et selon des modes d’expression propres à chacun.
Dans le système éducatif, la vitalité des enseignements de cinéma et des pratiques encourage à développer le thème de leur relation dans le site Présence de la Littérature. Qu’il s’agisse de Laclos, de Proust, de Balzac, les tentatives des plus grands parmi les cinéastes pour les porter à l’écran, disent la présence de leur œuvre aujourd’hui.
Au-delà de la problématique de l’adaptation, la littérature offre au cinéma un réservoir de véritables sujets. Les grands romans sont d’une ambivalence que n’épuise pas la transposition. Quel est le héros de Madame Bovary ? Est-ce le personnage d’Emma ou celui d’Homais, d’ailleurs associés par un effet d’anagramme ? La lecture en est sans cesse à reprendre.
Le cinéma n’a pas à copier, à illustrer, mais à s’emparer. Il frappe fort par la présence physique de l’acteur, le dialogue, la musique. Que serait Jules et Jim sans l’âpreté de la voix de Jeanne Moreau ?
Une relation réussie se définit moins par la fidélité que par la singularité d’une écriture cinématographique qui revisite l’œuvre : Renoir ou Max Ophuls et Maupassant.
L’œuvre au cinéma se met à exister autrement, à côté, en prolongement de l’œuvre littéraire, comme une création de lecture qui en révèle les potentialités, à chaque fois nouvelles.
Le site Présence de la Littérature s’est orienté sur cette relation littérature et cinéma en raison de son efficacité, au plan de la création comme de la diffusion. Chaque transposition cinématographique d’une œuvre littéraire ramène à la lecture du livre origine, comme en témoignent les rééditions et tirages.
En fonction des programmes, trois dossiers sont présentés :
- Lampedusa/Visconti, Le Guépard
- Laclos/Frears, Les Liaisons dangereuses
- Proust et les tentatives des plus grands pour s’en inspirer, dont le scénario inédit d’Harold Pinter, et le tournage du film jamais abouti de Visconti dont La Recherche fut l’obsession.
Les réussites au cinéma parlent au présent : la somptuosité aristocratique du monde du Guépard à l’heure de son effondrement renvoie au regard désabusé de Visconti sur le monde qui est le sien où s’abolissent les valeurs de la culture telles qu’il les conçoit.
Un spécialiste de la critique de cinéma, ancien rédacteur des Cahiers du Cinéma, intervient sur le site aux côtés d’enseignants spécialistes pour fournir les approches complémentaires à un véritable travail.