1. Réflexions préalables

[1]

L'usage des cartes mentales dans le cadre d'un scénario pédagogique défini nécessite une réflexion proche de la mise en oeuvre de tout outil techno-pédagogique. La carte mentale ne sera ici qu'un outil facilitateur, au service des apprentissages. Les choix effectués n'auront pour seul but que de servir les objectifs pédagogiques poursuivis par l'enseignant. « Réaliser une carte mentale » n'étant pas un objectif en soi [2].

1.1 Place de la carte mentale dans le scénario pédagogique

L'usage de la cartes mentale peut s'intégrer à différents moments du scénario pédagogique :

  • En amont d'une séquence tout d'abord : elle peut être alors forme une forme d'évaluation diagnostique, un moyen de faire émerger les représentations des élèves, mobiliser ses idées... La carte est alors un préalable à l'introduction de notions nouvelles.
  • La construction de la carte peut également se faire au cours de l'activité et en est le coeur même. C'est alors à l'aide de la carte que se construisent les apprentissages.
  • Enfin, la construction de la carte peut venir clore une activité permettant ainsi de synthétiser, rassembler et réorganiser les connaissances acquises afin de les mémoriser ou de les réinvestir.

1.2 Des cartes pour, par ou avec les élèves ?

Nous pouvons d'ores-et-déjà souligner plusieurs possibilités, dont nous avons vu dans la partie précédente un grand nombre d'exemples :

  • La carte peut être déjà réalisée par l'enseignant. Il s'agira dans ce cas de fournir à l'élève un guide, une synthèse de cours, une méthodologie. Ici, l'élève n'est pas acteur de la construction de la carte. Cette dernière vient en appui mais n'est pas le coeur du scénario pédagogique.
  • La carte de connaissances peut également être «tronquée», autrement dit, à compléter. Il y manquera certaines connaissances ou certains liens qui devront être complétés par les élèves selon des critères définis par l'enseignant.
    Ce type d'activité peut constituer une activité d'apprentissage, mais peut également être approprié pour répondre à un objectif d'évaluation ou d'auto-évaluation des connaissances.Dans cet ordre d'idée, il est possible d'utiliser des cartes pour lesquelles une partie est déjà déterminée par l'enseignant et l'élève doit y apporter des éléments supplémentaires (soit à l'aide de connaissances soit à l'aide d'une recherche d'information). Ce type de carte permet de guider davantage les élèves et éviter qu'il ne se perdent trop. On pourra, en fonction du «degré de guidage» proposer aisément des contenus différenciés. Il est également possible de proposer aux élèves d'organiser des concepts ou notions donnés par l'enseignant sur une carte dont l'ossature est déjà établie.
  • La carte à construire entièrement par l'élève : liens et notions devront alors y être apportés. Ce type d'activité vise souvent la compréhension de notions, la prise de notes, la mémorisation, le résumé ou la synthèse. L'usage des cartes mentales entraîne une réinterprétation du discours « source », conduisant ainsi à une action qui favoriserait l'apprentissage par la compréhension et la mémorisation par l'action.

1.3 D'où viennent les éléments représentés sur une carte mentale ?

Les informations (noeuds et/ou liens) présents sur une cartes peuvent avoir plusieurs origines qui peuvent se recouper selon la tâche à accomplir.
Elles peuvent tout d'abord être issues d'un ou plusieurs documents “sources” (cas de la prise de notes, de la recherche d'information au sens large).
Elles peuvent également trouver leur origine dans les représentations des élèves, leurs connaissances antérieures et/ou acquises.
C'est bien souvent la combinaison de cet ensemble qui fait l'originalité d'une carte mentale par rapport à une autre.

1.4 Modalités de réalisation : collectif ou individuel ?

La réalisation de cartes individuelle est très souvent rencontrée et présente, nous l'avons vu, un intérêt par l'appropriation des notions qu'elle suscite. Les cartes ayant pour visée la mémorisation seront particulièrement concernées.
La réalisation de cartes collectives ou collaboratives présente également un fort intérêt, notamment par les interactions qu'elles peuvent susciter en terme de confrontation d'idées ou d'enrichissements mutuels.
Les cartes seront ainsi créées en groupes : du petit groupe au sein desquels chacun contribue à l'élaboration d'une carte commune, en passant par le “groupe classe” où la réalisation est projetée et les éléments ajoutés par l'enseignant, un ou plusieurs élèves. Notons sur ce dernier point l'intérêt que peut revêtir le tableau blanc interactif, lorsque ce dernier est associé à l'utilisation d'un logiciel de création de cartes mentales.

2. Cartes manuelles ou numériques ?

Les cartes mentales peuvent être réalisées en ayant recours ou non à l'outil informatique. Les cartes «papier-crayon» et les cartes informatiques présentent chacune atouts et limites que nous soulignerons dans cette partie. Le choix des unes ou des autres se fera en fonction des contraintes propre au scénario pédagogique à l'oeuvre, aux contraintes de la méthode utilisée et aux objectifs poursuivis.

2.1 Les cartes mentales «papier»

Atouts

Ces dernières permettent d'accentuer la créativité notamment au travers des illustrations, ainsi ces cartes sont bien souvent davantage le reflet de la pensée personnelle d'un élève et présentent une originalité potentielle plus marquée. Par ailleurs, ne nécessitant aucun matériel spécifique, elles autorisent une mise en oeuvre rapide au sein du scénario pédagogique, s'affranchissant totalement d'éventuels problèmes techniques ou temps de prise en main d'un outil logiciel.

Limites

La surface de rédaction, étant limitée, une adaptation est nécessaire afin de ne pas dépasser la feuille. Dans le même ordre d'idée, les modifications et réorganisation des idées et /ou notions les unes par rapports aux autres sont difficiles, nécessitant parfois ratures, voire même la réalisation de plusieurs cartes.

Par ailleurs, la collaboration et le partage sont plus contraints : écrire à plusieurs mains sur le même support restant relativement compliqué.
Pour limiter les contraintes liées à la collaboration et/ou les modifications, l'usage de post-it ou étiquettes peut être d'un secours précieux.

Figure 38
Figure 38

Figure 38 - Mobilisation des idées collective sur le thème des volcans

2.2 Les cartes mentales numériques

Atouts

Avec le numérique de nouvelles possibilités sont rendues disponibles : l'espace de «rédaction» devient infini et permet d'accéder à de nouvelles fonctionnalités : ouvertures et fermetures de branches, ajouts de médias, liens, fichiers, notes...

Par ailleurs les ajouts, suppressions, modifications, réorganisations des idées les unes par rapport aux autres sont aisés (simple «cliqué-glissé»). Le stockage, le partage et la collaboration sont grandement facilités.

Limites

La création de cartes numériques nécessite bien évidemment un temps d'appropriation du logiciel qui sera utilisé pour leur réalisation. Par ailleurs, l'organisation de séances/séquences intégrant des cartes mentales devient dès lors dépendante du bon fonctionnement technique des ordinateurs et/ou de la connexion Internet. Enfin, la créativité est de manière générale davantage restreinte qu'avec les cartes «manuelles».

Figure 38 b
Figure 38 b

Figure 38b - Carte mentale synthétisant les atouts et limites des cartes manuelles et numériques.

3. Point sur les outils logiciels

Les outils numériques ont apporté, nous l'avons vu, de nouvelles possibilités. Ces outils ont vraisemblablement également contribué à développer les pratiques du mind mapping en éducation. Précisons de nouveau ici que ces outils ne sont pas un «indispensable» absolu à l'usage des cartes mentales, les atouts de l'usage du «papier-crayon» permettant dans de nombreux cas de répondre aux objectifs fixés.

Néanmoins, dans d'autres cas, l'usage de l'outil informatique peut s'avérer intéressant voir indispensable (cf. atouts des cartes mentales numériques ci-dessus)
Du logiciel propriétaire au logiciel libre, du logiciel en ligne au logiciel hors ligne en passant par le logiciel portable ou l'application pour tablette, les possibilités sont immenses et nécessitent un éclairage quant aux critères de choix d'un idéateur graphique.

3.1 Mode d'accès : hors ligne ou en ligne?

Accès hors ligne

Un accès hors ligne nécessite l'installation d'un logiciel de création de cartes mentales sur l'ensemble des postes informatiques qui seront utilisés lors des séquences pédagogiques.
L'avantage de cette solution est que l'on s'affranchit alors de la connexion Internet qui n'est plus nécessaire. En revanche, le partage de carte est limité car il implique pour tout lecteur potentiel des cartes créées, de disposer du logiciel ad hoc pour ouvrir la carte. Il faudra donc nécessairement, lors du choix d'un logiciel de ce type, s'interroger sur les systèmes d'exploitation sur lesquels ces derniers fonctionnent (Windows, MacOS, Linux) mais également sur les formats d'enregistrements et d'export.
Voici une liste non-exhaustive de logiciels entrant dans cette catégorie

NB : les fonctionnalités de certains de ces logiciels sont détaillées dans la partie «Comparatif»

Accès en ligne

L'accès à un logiciel de carte mentale en ligne nécessite de fait une connexion Internet efficiente. La plupart du temps, il est nécessaire de disposer d'un compte pour avoir accès à l'ensemble des fonctionnalités. Par ailleurs, le nombres de cartes qu'il est possible de réaliser gratuitement est parfois limité en fonction du modèle économique sous-jacent.
Si les logiciels en ligne ont pour avantage d'autoriser les collaborations à distance, tous n'offrent cependant pas cette possibilité. Néanmoins, en terme de partage, ces plates-formes permettent de mettre à disposition des cartes et les rendre visibles indépendamment de l'installation d'un logiciel par le destinataire.
On s'affranchit également des éventuelles contraintes de comptabilités liées aux systèmes d'exploitation.
Voici une liste non-exhaustive de logiciels entrants dans cette catégorie :

NB : les fonctionnalités de certains de ces logiciels sont détaillées dans la partie «Comparatif»

3.2 Une autre possibilité : le logiciel portable

Afin de s'affranchir de l'installation d'un logiciel sur l'ensemble des postes, quelques logiciels existent en version portable.
Un logiciel portable peut s'utiliser sur n'importe quel ordinateur, indépendamment d'une installation préalable. Le processus consiste à copier le programme sur une clé USB. L'introduction de la clé USB sur un poste informatique conduira à la possibilité de créer des cartes ou en modifier sans devoir anticiper l'installation de tel ou tel logiciel sur tel ou tel poste.
Voici une liste non-exhaustive de logiciels entrants dans cette catégorie :

3.3 Applications tablettes

La multiplication des supports mobiles conduit également à évoquer les nombreuses applications de création de cartes mentales pour tablettes et/ou smartphones.
Tantôt disponibles pour iOs ou pour Androïd ou bien pour les deux ces dernières offrent des possibilités extrêmement variables. Précisons ici que certaines sont payantes.

Le travail effectué par Nathalie Lepouder et Patrice Nadam, sur le site de l'académie de Créteil dédié aux SVT, permet d'étudier et comparer les différentes applications. Consulter en ligne : Opens external link in new windowhttp://svt.ac-creteil.fr/?Presentation-du-coffre-aux-tresors

NB : en cliquant sur le nom de l'application, un descriptif détaillé est proposé.

3.4 Comment choisir un logiciel ?

De manière générale, les logiciels offrent à peu près tous les fonctionnalités suivantes :

  • Ajouts, modifications, réorganisations, suppressions d'idées
  • Ajouts d'images, d'icônes, couleurs et polices variées
  • Ajouts de liens permettant de relier des idées vers de fichiers internes, une page Web, une autre carte mentale.
  • Regroupement de branches (nuages)
  • Enregistrement

A ces fonctionnalités de base et outre le mode d'accès qui sont susceptibles d'orienter le choix vers tel ou tel logiciel, viennent s'ajouter d'autres éléments déterminants dont certains ont déjà été évoqués : l'apparence, la facilité de prise en main, la compatibilité avec l'ensemble des système d'exploitation, les formats d'exports, les possibilités de collaboration...

3.5 Tableau comparatif

Le tableau comparatif suivant constitue un guide éventuel dans ce choix. Il compare les solutions suivantes :
Freeplane, Xmind, Mindmaple Lite, Mindomo, Bubbl.us, Mind42, Framindmap.
Réalisation : avril 2013

[Consulter le tableau]

Notes de bas de page

[1] De nombreux éléments de cette partie sont issues de : PUDELKO,  Béatrice / BASQUE, Josianne. Logiciels de construction de cartes de connaissances : des outils pour apprendre. Profetic [En ligne], 10/2005.  Consulté le : 18/04/2013. Disponible sur : Opens external link in new windowhttp://www.profetic.org/dossiers/spip.php?rubrique108

[2] Hormis naturellement dans la phase d’apprentissage de l’exécution de ces dernières et sauf à considérer qu’il s’agisse de la production finale exigée.

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