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par Jean-Michel Lisle,
[janvier 2013]
Mots clés : liaison entre les niveaux d'enseignement, compétence informationnelle

Jean-Michel LISLE est IA-IPR EVS dans l'académie d’Aix-Marseille
La question des liaisons, dans le domaine de la formation info-documentaire, entre le lycée et l'enseignement supérieur, renvoie à la capacité de notre société à former des individus susceptibles de s'orienter de façon autonome et responsable dans la masse sans cesse croissante des informations à laquelle nous sommes confrontés. Cette visée se traduit pour notre système éducatif par l'exigence de former les jeunes générations, de leur faire acquérir dès leur plus jeune âge les bases d'une culture informationnelle, de renforcer ensuite, pendant le temps de la scolarité obligatoire, leurs compétences en matière de recherche et de traitement de l'information et de prolonger sans rupture cette formation jusqu'au niveau de qualification que s'est fixé la nation –50% d'une classe d'âge au niveau bac +2.
Un travail continu de formation tout au long du parcours scolaire, dispensée par des professionnels de la documentation au service des différentes disciplines enseignées dans le 1er degré et dans les établissements du secondaire et du supérieur, n'a jamais été aussi nécessaire qu'aujourd'hui. Selon un rapport d'un spécialiste de l'analyse du marché et des technologies de l'information (IDC), le volume des informations numériques stockées dans le monde aurait été multiplié par 9 entre 2006 et 2011. Les trois quarts de ces informations sont générés par des individus (l'équivalent du contenu de 20 000 disques Blu-ray simple-couche, transite chaque jour par les serveurs de Facebook). L'émergence de ces masses gigantesques de données, leur caractère volatile, le fait qu'elles peuvent changer constamment, en temps réel, pose de manière accrue la question de leur sens. Car, comme le rapporte Dominique CARDON à propos de l'exposition « Multiversités créatives » présentée au centre Pompidou du 23 mai au 6 août 2012, « la multiplicité des traces numériques n'engage aucune signification a priori », d'autant qu'avec Internet, on assiste à un renversement temporel : contrairement aux médias traditionnels, le web publie d'abord et filtre ensuite, la visualisation précède donc l'interprétation.
La question de l'attention devient centrale dans cette phase de visualisation, celle qui permet, selon le même auteur« de regarder les données, de circuler dans le flux décousu des traces, de tester la solidité des connexions entre entités » et de percevoir en définitive une pertinence, de dégager ce qui fait sens. Cette nouvelle capacité d'analyser des données s'ajoute à la somme des compétences nécessaires pour rechercher et tirer parti d'informations, c'est-à-dire délimiter un champ de recherche, un besoin, utiliser à bon escient les outils les plus efficaces pour accéder aux informations, évaluer la qualité des sources et des résultats de la recherche, mettre en forme le résultat en respectant le droit d'auteur et les normes bibliographiques.
Ces compétences ne se construisent pas en un jour et sans le travail coordonné d'un certain nombre d'acteurs. La coopération qui s'est mise en place dès 2010 entre CDI de lycée et SCD d'Universités n'avait pas d'autre ambition, qui s'est poursuivie les deux années suivantes par des réunions d'un groupe de travail constitué par des responsables des SCD, des professeurs-documentalistes et des représentants de l'inspection établissement et vie scolaire. Les thèmes abordés ont concerné les partenariats, établis et à développer, entre les lycées et l'Université, les pratiques à envisager et à discuter dans la perspective de la construction d'un continuum commun en matière de formation à la documentation, qui doit aller bien au-delà de la simple visite d'une bibliothèque universitaire.
Certes, des freins existent. Notamment en matière de conventionnement qu'il n'est pas toujours aisé d'établir, de méconnaissance réciproque des outils et des modalités de formation dans le secondaire et le supérieur, de disparité des besoins de formation et des compétences requises pour accéder aux ressources, selon les disciplines, de disponibilité de moyens et de personnels pour monter et effectuer la formation – problème à mettre en relation avec le manque relatif d'intérêt et d'implication manifesté par certains enseignants de lycée pour les apprentissages info-documentaires. Mais la situation par laquelle se constitue une université d'Aix-Marseille unifiée qui se donne pour objectif, à travers son projet d'organisation administrative et technique, de fonctionner de manière fluide et efficace dans l'accompagnement de ses missions, constitue une opportunité pour que se nouent plus aisément des partenariats fructueux avec l'Education nationale dont les bénéfices escomptés pour les élèves et les étudiants sont manifestes.
L'inspection pédagogique régionale établissements et vie scolaire de l'académie d'Aix-Marseille porte le projet documentaire académique élaboré à partir du travail des professeurs-documentalistes sur le terrain. La formation des lycéens ayant pour objet de les préparer à la recherche documentaire en enseignement supérieur est inscrite dans les ambitions du projet documentaire académique, notamment la première ambition qui concerne l'acquisition des connaissances et compétences attendues. Autant dire que la continuation du travail de coopération mené depuis trois années par l'Education nationale et l'Université d'Aix-Marseille, revêt une importance qui ne se dément pas et devrait assurément produire des effets à la hauteur des ambitions que se donne l'Ecole, dans le cadre de sa refondation.