Vous êtes ici :

Rencontre avec un auteur : Jean-Hugues Oppel

par Alain Le Flohic, Nathalie Rialland,
professeurs-documentalistes lycée Henri Avril à Lamballe (22) Classe de seconde [2003]

Mots clés : littérature de jeunesse , roman policier

Compte rendu d'une activité pédagogique menée au lycée Henri Avril à Lamballe (22) avec des élèves de seconde  par Sonia Bernard-Tosser, Olivier Bernard  professeurs de français et Alain Le Flohic, Nathalie Rialland, documentalistes.

La rencontre avec J.H. Oppel s'insère dans une séquence sur "Le Chien jaune" de Georges Simenon qui répond à un des objets d'étude obligatoires du programme de seconde : "Le récit : le roman ou la nouvelle".
Le travail sur Simenon permet aux élèves de réutiliser leurs savoir-faire en analyse de texte sur Oppel de manière libre et autonome, l'autonomie n'étant bien sûr possible qu'au prix d'un travail préalable encadré.
De la même  façon, Le Chien jaune est le point de départ à une étude du genre du roman policier, développé grâce aux exposés préparés au CDI. Cette étude du genre policier permet aux élèves de situer l'oeuvre d'Oppel parmi les différents courants du genre policier. Dans les deux cas, notre objectif a été de donner des cadres pour que les élèves soient ensuite autonomes ... et pertinents si possible. Et il y a eu des questions pertinentes, selon Oppel lui-même !

Déroulement de la séquence

Le chien jaune. Georges Simenon

 

Objectifs pédagogiques :

  • les spécificités du genre narratif
  • le « roman policier » : caractéristiques et histoire du genre
  • la caractérisation des personnages

Séance n°1 :  L’incipit du roman

Analyse des pages 7 à 9 . La mise en place du décor, de l’intrigue, la tentative de meurtre.
Prolongement : questionnaire sur l’exposition Georges Simenon

Séance n°2 : La caractérisation des personnages 

 
Les portraits de Servières, Le Pommeret, Michoux, Emma (p.18 à 32). Les élèves remplissent un tableau : éléments relevés / interprétations.
Aide individualisée : comment dégager des axes de lectures ?
Fiche méthodologique. Mise en pratique sur un extrait du chapitre 3 , « La peur règne à Concarneau » : « L’après-midi, le Café de l’Amiral […] le regard vague » (p.53-56).

Séance n°3 : Le schéma narratif


Tableau à compléter sur le schéma narratif de l’ensemble du texte.


Sujet d’invention :
Dans le chapitre 4, le maire de Concarneau se rend à L’Hôtel de l’Amiral et exprime son mécontentement à propos de la manière dont Maigret mène l’enquête.  « Le maire était venu […] Et je vous rappelle que tout ce qui se fait en ce moment se fait sous votre responsabilité… » (p. 65-66 ).
Rentré chez lui, le maire rédige une lettre au député du Finistère pour se plaindre du déroulement de l’enquête en mettant en cause les méthodes de Maigret. Rédigez cette lettre.

Séance n°4 : le roman policier


Découverte de quelques auteurs-phare du genre et de l’histoire du genre policier. Travail par groupes de 4 au CDI. Production d’un exposé rédigé (recto A4).
1- Georges Simenon   2- Le roman policier anglais  3- Le « Poulpe »  4- Le roman noir américain  5- Le genre policier : histoire et évolution  6- Le roman noir français  7- Le roman noir régional  8-Le roman noir historique.

Séance n° 5 : Piraña Matador de Jean-Hugues OPPEL


Préparation à la rencontre avec Jean-Hugues OPPEL, dans le cadre du festival « Noir sur la ville », novembre 2003
Réactions sur le texte. Travail par groupes sur différents thèmes : le livre, l’inspiration littéraire, les méthodes de travail, le parcours personnel, être auteur aujourd’hui. Lecture à voix haute de passages du livre.

Séance n°6 : le personnage de Maigret


Etude du début du chapitre 9 « La boîte aux coquillages », du début à « je ne l’ai plus lâchée.. » (p.143). Quelle est la méthode de Maigret ?
Prolongement : fiche sur les différents types d’enquêteurs (de la tradition anglo-saxonne au néo-polar). Aide individualisée : le vocabulaire de l’analyse littéraire.
Fiche de vocabulaire sur les mots du commentaire. Exercices.

Séance n°7 : la fin de l’enquête


Etude du chapitre 11 : « Bien que l’heure du déjeuner fût passée depuis longtemps […] comme un homme qui a une rude envie de se moquer de lui » (p.179-182). Simenon, entre réalisme et naturalisme ?

Rencontre avec Jean-Hugues OPPEL

Rencontre avec Jean-Hugues OPPEL pour "Piraña Matador"
Intervenants : Alain LE FLOHIC, documentaliste au lycée H.AVRIL
                        Nathalie RIALLAND, documentaliste au lycée H.AVRIL
                        Sonia BERNARD-TOSSER, professeur de français des 2nde 3
                        Olivier BERNARD, professeur de français des 2nde 4

Dans le cadre du projet d’établissement, une subvention de 200 euros a été accordée pour cette rencontre.

Pourquoi cet auteur ?

Nous profitons de la présence à Lamballe de nombreux auteurs de polars dans le cadre du festival annuel « Noir sur la ville » qui a eu lieu du 21 au 23 novembre 2003. Alain Le Flohic, documentaliste au lycée, est l’un des principaux organisateurs de ce festival. A ce titre, il nous conseille Jean-Hugues Oppel qu’il accueille personnellement pour le festival.

Pourquoi ce livre ?

L’argument économique est prédominant puisque tous les élèves achètent le livre. Il est édité chez Gallimard, collection « Folio Policier » et coûte 4 euros tandis que les autres livres d’Oppel sont principalement édités chez « Rivages/Noir » dont le prix est deux fois plus élevé. En toute simplicité, nous informons Jean-Hugues Oppel de cette raison économique qu’il comprend immédiatement.

Quelle est la philosophie de ce projet ? 

Ce projet prend forme dans le cadre d’une séquence sur Le Chien jaune de Simenon dont l’objet d’étude, dans le programme pour les classes de seconde, est le roman. La lecture analytique du Chien jaune doit offrir aux élèves des cadres préalables, par ressemblances et différences, à la lecture libre et autonome de Piraña Matador. Le professeur s’interdit toute analyse du livre et laisse les élèves libres de leurs réactions de lecteurs et responsables des questions qu’ils comptent poser. Pour autant, les cadres fournis lors de la séquence ont pour but d’affiner leur lecture. Exemple : L’analyse des pages 7 à 9 du Chien Jaune de Simenon a permis d’étudier la mise en place du décor, de l’intrigue, la tentative de meurtre. Ce travail invite les élèves à prolonger cette méthode d’analyse en l’appliquant au livre d’Oppel.
De même, l’étude du personnage de Maigret, de sa méthode au début du chapitre 9 permet de mesurer l’écart entre ce commissaire et le tueur à gages qui est le « héros » de Piraña Matador.

Déroulement

Première étape : travail sur le roman policier au C.D.I.


Cette première approche a pour but de découvrir quelques auteurs-phare du genre et l’histoire du genre policier. Une sélection d’ouvrages est présentée par le documentaliste. Le travail est ensuite mené par groupes de 4 au CDI. Production d’un exposé rédigé (recto A4).

1- Georges Simenon   2- Le roman policier anglais  3- Le « Poulpe »  4- Le roman noir américain  5- Le genre policier : histoire et évolution  6- Le roman noir français  7- Le roman noir régional  8- Le roman noir historique.

Deuxième étape : premières réactions sur Piraña Matador


Cette séance en classe entière est guidée par la lecture à haute voix de certains passages sélectionnés par le professeur.
Le prologue : faire ressortir le rythme, le travail de l’écriture et faire entendre le thème principal : la mort.
Le portrait de Jorge Luis Alfaquès. Le schéma actanciel.
La fin ouverte.

Troisième étape : Dégager des thèmes de réflexion
Sur quels thèmes peut-on interroger l’auteur ? Le professeur note au tableau les propositions des élèves.
Quelques thèmes se dégagent : le livre en lui-même, l’inspiration littéraire, les méthodes de travail, le parcours personnel, être auteur aujourd’hui.

Quatrième étape :  Travail par groupes sur  les différents thèmes retenus
Par groupes, les élèves cherchent de nouvelles questions ou précisent les questions déjà formulées en utilisant, entre autres, Internet.

Cinquième étape : Rencontre avec Jean-Hugues OPPEL, le vendredi 21 novembre 2003
Séance de deux heures (1h30 de dialogue / 30 minutes de dédicaces et questions personnelles).

Commentaires : L’intérêt de ce travail réside dans le fait qu’il permet d’appréhender le livre et la littérature de manière différente.
Cependant, l’écueil de ce genre de projet réside dans l’équilibre qu’il faut respecter entre la volonté de cadrer les élèves, de faire assimiler des savoirs théoriques (sur le genre, le roman…) et la nécessité de les laisser interpréter le livre selon leur propre sensibilité et connaissances. Le travail préalable doit éviter toute interprétation fermée, close du livre car c’est l’écrivain lui-même qui aura le dernier mot .
 

 

Les questions posées par les élèves de seconde 3

1- Questions sur le livre "Piraña matador" :

Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce livre ?
De quoi vous êtes-vous inspiré pour écrire cette histoire ?
Quand vous avez commencé à écrire ce livre, saviez-vous quelle serait la fin ?
Avez-vous inventé le peuple des Invisibles ou existe-t-il vraiment en Amazonie ?
Pourquoi le choix de ce décor ?
Est-ce que les détails de l’Amazonie (Santa Cruz etc.) sont une invention ou y êtes-vous allé ?
Pourquoi le fleuve a-t-il une si grande importance dans cette histoire ?
Vos personnages sont-ils totalement fictifs ou ressemblent-ils à des gens que vous connaissez ?
Diriez-vous que votre livre est « engagé » dans la mesure où vous dénoncez l’attitude des colons ?
N’a-t-il pas été difficile pour vous de vous glisser dans la peau d’un tueur à gages ?
La fin nous a paru mystérieuse : qu’arrive-t-il finalement à Serpent et Jorge Luis Alfaquès ?

2 - Etre écrivain :

Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans le polar ?
Comment vous est venue l’idée d’être écrivain ?
En quelle année avez-vous écrit votre premier roman ? Comment s’appelait-il ? Comment le jugez-vous aujourd’hui ?
Comment définissez-vous votre profession ?
Ecrivez-vous en ce moment un livre ? A quel genre appartient-il ?
Est-ce vous qui avez choisi l’illustration de la couverture ? La jugez-vous réussie ?
Quel est le roman que vous préférez dans ceux que vous avez écrits ?
Avez-vous écrit autre chose que des romans ?

3 - Votre parcours :

Avez-vous tourné des films ? Si oui, lesquels ?
Quel a été le déclic qui vous a indiqué que vous vouliez vraiment être écrivain ?
Quelles sont les études que vous avez faites ?

4 - Vos auteurs préférés et vos influences :

Parmi les grands noms du roman policier anglophone, qui aimez-vous ? Pourquoi ?
Avez-vous déjà rencontré J.B Pouy ?
Quel auteur admirez-vous le plus ? Pourquoi ?
Vos romans sont-ils traduits ? Si oui, dans quel pays obtiennent-ils le plus de succès ?

 

 

Compte-rendu de la rencontre au CDI avec les élèves de 2nde 4

Question : Vous faites une description précise dans « Piraña Matador » des lieux et du climat. Comment faites-vous ? Est-ce le résultat d’un voyage ?

Non, c’est de l’imagination et de la documentation mais pas de voyage. Robin Cook (écrivain anglais décédé) disait qu’on ne peut bien écrire que ce que l’on a vécu. Je ne pense pas. On peut écrire si on invente bien.
Les puristes y trouveront à redire, les lieux ne sont pas toujours très fidèles à la carte mais c’est de la fiction.

Question : Le héros est un personnage malade, au bout du rouleau. Pourquoi ce choix ?

Parce que c’est un salaud et que, ainsi, vous vous êtes inquiétés pour lui. C’est la manipulation de l’auteur, pour créer de l’intérêt et du suspense. Antonio, autre personnage, est toujours très propre mais c’est lui le plus méchant. La manipulation de l’auteur c’est de rendre sympathique ou pas un personnage.
Evocation du « Chien jaune » de Simenon, œuvre étudiée en classe précédemment.

Question : A quel genre littéraire appartient « Piraña matador » ? roman policier, roman d’aventure ou roman populiste ?

Le genre populiste  a évolué au cours de l’histoire. A l’origine (fin XIXème), il s’agissait d’un court roman qui mettait en scène des « petites gens » : ouvriers, domestiques…
On l’a appelé populiste en opposition à populaire (qui parle de opposé à qui parle à).
Depuis, il y a eu une déviation du mot dans le sens de « qui caresse le sens du poil » des mêmes petites gens.
Pour en revenir au roman, le terme générique utilisé est roman policier mais c’est un terme réducteur. Le roman à énigme et mystère (type Agatha Christie) fait partie du roman policier (il y a crime et un détective pour tenter de le résoudre).
Mais, pour faire un peu d’histoire de la littérature policière, en 1920, aux USA, c’est la prohibition. Interdiction de vente, fabrication et consommation d’alcool. C’est la porte ouverte à tous les trafics, d’autant plus que la corruption des policiers et des gouvernants est possible grâce au système américain qui fait que les shérifs et autres « district attorney » (équivalent d’un procureur) ne sont pas des fonctionnaires mais élus par les habitants des villes. A nouveau crime, nouveau flic : naissance des incorruptibles.
C’est aussi la naissance du roman noir, qui au-delà de l’élucidation du crime, va rechercher le pourquoi et comment on est arrivé à ce crime, accompagné d’une analyse de la société. Le roman noir est ensuite arrivé en France, notamment grâce à Jean-Patrick Manchette. C’est  à cette famille-là qu’appartient plus Oppel. Et « Piraña Matador » est un roman noir classique.

Question : subissez-vous l’influence d’auteur ou du cinéma, pour lequel vous avez-travaillé ?

Evidemment mais l’écriture cinématographique est  bien antérieure au cinéma. La description de la scène reste indispensable. Il faut donner le plus à voir en écrivant, plus qu’une écriture cinématographique, c’est une écriture visuelle.
Evocation du roman de Süskind « Le parfum » dans lequel il y a la description de mille et une odeurs. Et en lisant, le lecteur peut presque sentir la scène. Il y a le même désir chez Oppel de transmettre les sensations physiques vécues par les personnages.
Le cinéma et la littérature ont chacun leur propres forces. Par exemple dans le film « The full Monty », la scène de l’Anpe : un plan fixe où les hommes font la queue avec une musique de fond entraînante, sur laquelle ils ‘s’entraînent et inconsciemment, ils miment leur chorégraphie au milieu de la file d’attente, à la grande stupeur des autres personnes présentes, qui provoque le rire des spectateurs. Oppel déclare qu’il lui aurait fallu 6 pages écrites pour décrire la scène dans sa totalité alors qu’au cinéma, un seul plan fixe suffit, sans aucun effet spécial.
A l’inverse, il y a en littérature des phrases dont le cinéma ne pourra jamais rendre la puissance évocatrice. Exemple : « longtemps, je me suis couché de bonne heure » (Marcel Proust dans « A la recherche du temps perdu ») est une phrase qu’on ne peut pas filmer. Simenon offre une écriture qui peut-être filmée. Mais au cinéma, il y a la nécessité d’un acteur pour jouer un personnage, c’est-à-dire imposer un physique à ce personnage. Nul besoin de cela dans l’écriture, ce qui renforce le mystère. On peut parler d’un personnage uniquement avec « il « , décrire ses actions et ses sentiments sans jamais donner une indication de ce à quoi il ressemble.

Question : comment vous est-venue l’idée de « Piraña Matador » ?

Pourquoi le Brésil ? parce en totale opposition avec le roman d’inspiration. Il fallait un endroit qui soit à la fois le bout du monde, un désert mais aussi humide que l’Arizona est sec. Ajouté à cela le côté aventure et on tombe assez vite sur la forêt amazonienne. Il y a également au départ la volonté de reprendre dans le contrat d’un tueur à gages le côté casseur de grève, d’où nécessité de créer un syndicat, chose qui en est encore à ses débuts dans certaines régions isolées. Le dernier déclic a été la vision d’un documentaire de la série « Derniers far west » qui montrait une ville minière en Colombie, ville minimale, future ville fantôme, semblable à celles qui se créèrent et disparurent pendant la Ruée vers l’or.

Question : Combien de temps vous faut-il pour écrire un livre ?

Ca dépend, de la taille du livre (nombre de pages), mais également des histoires. Il y en a des plus faciles à écrire que d’autres, pas moins complexes dans le scénario pour autant. Pour « Piraña Matador », il a fallu 2 mois. La mécanique de l’histoire se déroulait facilement. Pour « Zaune », il a fallu autant de temps mais le livre compte moins de pages. La difficulté était d’écrire le rythme, de trouver le bon. « Ambernave » a nécessité 3 à 4 mois.
Donc, une fourchette de 2 à 6-8 mois d’écriture quotidienne pour un livre.  Mais on n’écrit pas tous les jours non plus, à côté il y a la vie.
Pour donner un autre exemple, il a fallu 3 semaines pour une nouvelle de 8 pages alors que quelques semaines plus tard 4 à 5 jours ont suffi pour une autre de 24 pages.

Question : Y a-t-il une influence de la société contemporaine sur vos romans ?

 

Oui, bien sûr mais il y a toujours un décalage dans le temps. « Cartago » parle de l’assassinat du président de la République un 14 juillet. Sauf que ce n’est pas le même président, c’était presque prémonitoire ! « Cartago » a été écrit en 1999, « Chaton trilogie » entre 2000 et 2001, se nourrit de l’actualité et de la campagne électorale. Des envies d’écrire sur les sous-marins (français, y’en a marre que ce soit toujours les mêmes qui rencontrent des aliens et qui ont des sous-marins qui sauvent le monde) ont été reportées suite au 21 avril 2004 à 20 h 01 (rappel : Jean-Marie Le Pen arrive au 2ème tour des élections présidentielles). Depuis cet instant un nouveau livre est en chantier, qui parle d’histoire et de mémoire, de vigilance  également, tout en maintenant la lecture-plaisir. C’est  utiliser le roman pour « dénoncer », (le mot ne plaît pas), pour réfléchir et rester vigilant tout en se faisant plaisir. Citation des auteurs John Harvey, Hugues Pagan et Mouloud Akkouche qui reflètent cet état d’esprit.

Question : le début de « Piraña Matador» est très soigné mais la fin est plus abrupte. On ne sait pas ce que va devenir le héros..

Vous auriez préféré qu’il meure, qu’il y ait une fin qui déroule, vous êtes frustrés ? Oui ? C’est fait exprès, cette frustration est voulue. Et on reparle de la manipulation de l’auteur, qui sait avant d’écrire la première ligne comment sera la dernière. Le personnage est un salaud, il n’y aura pas de rédemption par la mort. C’est aussi une frustration pour le personnage.

Question : A la relecture de votre roman, qu’en avez-vous pensé ?

Très fier. L’auteur connaît le monde qu’il a créé et ses personnages et il sait si ça correspond à ce qu’il a voulu écrire, à l’idée qu’il avait au départ. Après, la seule inconnue, c’est l’accueil du public. On est libre de ne pas aimer l’histoire mais on ne peut pas dire que c’est mal écrit. Oppel est content de son ouverture, qu’il a mis du temps à écrire et à peaufiner pour lui donner l’ambiance exacte.

Question : connaissez-vous la fin en écrivant le début ?

Oui, on sait d’où on part et où on arrive. Le plan existe, plus ou moins détaillé selon l’histoire. Quelque fois, il y a des changements en cours de route mais ça ne change pas fondamentalement le déroulement du roman. Par exemple, le personnage Orchidée n’était pas prévu au départ dans « Piraña Matador ».

Question : Comment avez-vous trouvé le titre ?

Curieusement, il s’est imposé tout de suite. Même s’il ne veut rien dire, il sonne bien. C’est l’association de deux univers qui se rencontrent : le piraña, poisson emblématique de l’Amazonie, carnivore mais animal, faisant partie de la nature et matador (qui signifie le tueur, de matar=tuer en espagnol), pour qui la mort d’autrui est un choix qui n’a rien à, voir avec la nature.
Et puis Oppel aime bien les titres mystérieux qui ne dévoilent rien du roman.
 De même, tous les noms de personnages ou de lieu dans le roman sont choisis pour renforcer l’atmosphère que l’on souhaite donner. Par exemple, la ville où se déroule l’action ne s ‘appelle pas Santa Cruz de la Natividad par hasard.

Question : Pour créer vos personnages et mieux les comprendre, est-ce que vous vous mettez dans leur peau, vous arrive-t-il de changer votre mode de vie ?

Non, l’auteur se met à la place d’une seule personne : le lecteur. C’est aussi la raison pour laquelle il n’écrit jamais à la première personne du singulier. Il n’imagine pas ce que vit le personnage, il l’invente. Une illustration cinématographique : sur le tournage de « Marathon man », Dustin Hoffman court avant chaque prise pour paraître essoufflé. Laurence Olivier pas. Mais, dès que le clap retentit, sa respiration est aussi courte que s’il avait couru 40 km. Dustin Hoffman pose la question : comment faites-vous ? Et Laurence Olivier de répondre « Mais moi, je joue, tout simplement ! » Il n’y a pas de processus d’identification. Bien sûr, il y a parfois recherche d’information. Mais tout l’art du faux consiste à « faire croire que ». De même dans Matrix, Keanu Reeves s’agite le plus clair de sont temps devant un écran vert pour que puissent être intégrés ensuite les décors sur informatique. La puissance  de l’acteur apparaît dans ce cadre.
La puissance de l’imaginaire et du trucage, ce sont la force et  le privilège du cinéma et de la littérature. S’il n’y a pas de truc, c’est beaucoup moins drôle, comme dans la prestidigitation. Le trucage est plus fin.

Question : Pourquoi êtes-vous devenu écrivain ?

C’est un métier sympa, on peut raconter quelque chose. Il y a aussi un côté frime, un statut d’immortalité, le fait de laisser une empreinte. C’est aussi donner, transmettre, partager. Il y a une liberté de travail dans les horaires par exemple. On dit que devenir écrivain, c’est devenir célèbre, faire des voyages, avoir du fric et se faire des filles. La seule confirmation, c’est pour les voyages. L’argent, c’est beaucoup moins évident. La célébrité, ça dépend du succès et les filles : une seule !
Précision : un auteur gagne 5 % du prix de vente hors-taxe du livre. C’est-à-dire moins de 20  centimes d’euro pour « Piraña Matador » (prix de vente éditeur : 4 €). Sur ce même prix, le libraire gagne 20 à 25 %. Mais il faut savoir que le libraire achète le livre à l’éditeur. C’est un métier à défendre. De plus, les politiques de vente de certaines maisons d’éditions sont très critiquables. Ceux qui gagnent le plus, ce sont les distributeurs, qui prennent une commission à l’aller comme au retour des livres sur le trajet éditeur – libraire.

 La séance s’achève sur une séance de dédicaces…

 

 

Recherche avancée