Vous êtes ici :
Si l’on dit ici « élèves à besoins particuliers », il ne faudrait bien sûr pas comprendre « élèves en difficultés ».
Le principal point commun des ENAF, c’est qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment le français et notamment le français de scolarisation. Pour le reste, on trouvera parmi eux, comme parmi l’ensemble de la population scolaire, des élèves brillants, des élèves moyens et certains élèves qui rencontrent des difficultés cognitives ou comportementales.
D’autre part, le statut d’ENAF de ces élèves est par définition provisoire et leurs besoins particuliers transitoires. Ceux-ci se déclinent en termes de besoins langagiers et linguistiques, besoins relationnels et sociaux, institutionnels et plus largement relatifs à la culture scolaire française et au « langage » des disciplines.
ENAF ou Primo-arrivants ?
Bien que la dénomination primo-arrivants soit encore usuelle, nous faisons ici le choix d’utiliser l’acronyme ENAF (« Elèves nouvellement arrivés en France ») pour désigner les publics scolaires non francophones scolarisés dans nos établissements. En effet, c’est ainsi qu’ils sont désignés par la
circulaire n°2002-100 du 25-4-2002 qui organise la scolarité « des élèves nouvellement arrivés en France sans maîtrise suffisante de la langue française ou des apprentissages ».
On utilisera également le terme d’allophone, par simple opposition à francophone.
Pour plus d’information sur la question des dénominations, voir la page «
Définitions du public ENAF », publiée par le CASNAV de Grenoble.
Ce constat amène à une réflexion pédagogique, c'est-à-dire à poser des objectifs, prévoir des actions et leur évaluation. Ce que l’on proposera aux élèves doit être à la fois motivant et efficace. Puisque souvent ces élèves sont intégrés à des actions qui impliquent dans le même temps des francophones, il s’agira de prévoir un traitement différencié.
Présents dans l’établissement, les allophones ont des besoins qui doivent être pris en compte dans le projet du CDI et dans la politique documentaire de l’établissement : acquisition de manuels, de logiciels, d’ouvrages adaptés en termes de niveau de langue ou de contenus culturels.
Ouvrages adaptés, en quel sens ?
"L’aide doit viser la compréhension rapide de la complexité et non l’aplanissement des textes en en simplifiant le contenu. Il vaut mieux par exemple constituer une bibliothèque bilingue (voir L’Harmattan) qui permette de faire des allers-retours de la langue d’origine au français plutôt que de reformuler en appauvrissant les textes littéraires. Il est souhaitable aussi de se procurer des versions audio et vidéo associées ou plusieurs éditions d’un même ouvrage comme par exemple : Le Petit Prince édition papier, éditions illustrées par l’auteur, édition BD Johann Sfar. Ce principe est appliqué par Dominique Carré au CASNAV de Bordeaux pour la constitution d’une
bibliothèque mobile empruntable pour les CLA."
Claude Sabrier, CASNAV de Bordeaux
Il n’est pas pertinent de voir chez les ENAF un groupe homogène : « les non francophones », ni même des groupes plus catégorisés tels que « les Chinois » ou « les Roms bulgares ».
Françoise Carraud de l’INRP, dans son article « Langues, culture et soupes », paru dans les Cahiers pédagogiques n°473, de mai 2009 s’interroge ainsi : « Pour accueillir un enfant étranger à l’école, on pense parfois qu’il faut connaître sa culture d’origine, comprendre « ses différences ». Ne peut-on pas privilégier la singularité de chacun et se donner pour ligne de conduite une grande vigilance pour échapper aux assignations identitaires et aux jugements hâtifs ? »
Ainsi, chaque ENAF de l’établissement doit être considéré en tant qu’individu, et non pas en tant qu’appartenant à un groupe-type, en fonction de son origine par exemple. Cela permet la mise en place d’un projet personnalisé pour chaque élève, en fonction de son âge et de son niveau d’études.
On pourra donc déterminer pour chacun une approche différenciée : a-t-il été scolarisé antérieurement, a-t-il une connaissance préalable minimale du français, des techniques documentaires, a-t-il un commencement de projet d’orientation professionnelle, quels sont ses centres d’intérêt, connaît-il les usages de l’école, d'un CDI ?...
Cette posture permet de valoriser les connaissances de l’élève, de bâtir sur l’existant. Ainsi, en cours de langue, l’enseignant est souvent amené à construire les savoirs syntaxiques et lexicaux par comparaison de la langue d’origine de l’élève avec le français : l’élève est même placé en position d’ "expert" de sa propre langue (voir le DVD Comparons nos langues..., cité dans notre bibliographie). Il est valorisé, rassuré et encouragé. Dans les actions que nous menons dans nos CDI, nous pouvons nous interroger sur la manière de tenir compte des savoirs et savoir-faire préalables de l’ENAF, élève à besoins particuliers.