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1- En quoi le fait d’enseigner la documentation dans un LP serait-il si spécifique ?

1-1 Du point de vue du fonds

Lorsque l’on forme un élève au CDI, l’objectif est qu’il puisse réinvestir ce qu’il a appris et intégré par la pratique dans un autre centre documentaire.
Donc, être professeur documentaliste dans un LP ne devrait pas être si particulier.

« Un CDI reste un CDI ! »

Toutefois, si le classement et l’organisation générale correspondent à des normes appliquées dans tous les CDI, le contenu même des rayonnages offre quelques particularités, en fait quelques surprises et en l’occurrence pour le thème qui nous occupe aujourd’hui, je cite quelques titres d’ouvrages :

  • Lecture de plans de bâtiment, technologie du gros œuvre : ouvrage en béton armé,
  • Construire parasismiques (…)
  • Abonnement à Bétons, Bâtirama qui développe des sujets tels que «  les panneaux sandwich chevronnés » ou « le trophée de la truelle d’or »

Nous plongent dans le vif du sujet et nous donnent une idée des sujets que vont devoir maîtriser les élèves de ces sections.

Ce qui demande, en effet forcément un petit temps d’adaptation et de familiarisation avec ce fonds qui diffère bien d’un fonds d’enseignement général classique.

L’intérêt de devoir gérer un fonds aussi spécifique, c’est que l’on a absolument besoin des collègues des disciplines d’enseignement professionnel pour assurer une veille pertinente. On ne s’improvise pas spécialiste du BTP, les documentalistes sont tjrs à l’écoute de collègues munis de références bibliographiques pointues. De plus, si les documents ne correspondent pas aux attentes des enseignants, ils se détournent du CDI. Une chose qui est envisageable, c’est que le coordonnateur de la discipline professionnelle veuille mettre à la disposition de ses collègues et parfois des classes des ressources à avoir à  portée de main pour le cours. Donc certains ouvrages sont saisis dans la base de données du CDI et confiées à ce qu’on peut appeler une bibliothèque de section.

Si les prescriptions des collègues sont précieuses, cela n’empêche pas la documentaliste d’être attentive aux sujets dérivés et qui ne relèvent pas du technique, du professionnel.
Car il y a un intérêt pour l’élève à avoir une appréhension globale de son sujet d’étude, en variant les angles d’approche et en ayant une vue plus étendue de son sujet. Ça lui apporte un soutien, un complément dans la constitution de sa culture professionnelle et vu que ces élèves de LP en sont encore à l’élaboration de leur projet professionnel ça peut les aider, les conforter ds leur choix d’orientation.
Par exemple, ns mettons à la disposition des élèves un abonnement à « Art et décoration », des ouvrages sur l’architecture, le patrimoine architectural local.

Certaines années, des élèves appréciaient de surfer sur des sites de présentation de maison, de construction de maisons ou édifices.
(Je me souviens de Ianis, dont le site favori permettait la visite de somptueuses villas ; peut-être , sans doute n’en fera-t-il pas son métier, mais le rêve permet aussi de se construire !)

Il est important pour ces élèves, qui n’ont en général aucune culture sur ce sujet de se confronter  à ces domaines, du bâtiment, de l’architecture, de la décoration, de la création de lieux de vie, d’en mesurer l’importance et l’impact.

1-2- Profil des élèves de LP

Aujourd’hui, cette motivation a tendance à s’émousser (pourquoi ? conscience de la crise, de la compétition, de la difficulté de trouver une place pour chacun en Martinique. Peur des lendemains qui ne chantent guère etc ou immaturité ?)

Il reste qu’il  faut bien mesurer l’enjeu de l’accueil des élèves dans un LP. Certains ont choisi cette voie ou ont été orientés dans cette voie pour avoir un cursus d’étude a priori plus court et débouchant sur une formation concrète.
Mais, paradoxe, ce n’est pas un gage non plus chez eux d’une vision plus pragmatique et plus réaliste du monde. Leur monde qu’il soit proche ou lointain a parfois des contours flous et il est important de les aider à le maîtriser. Ils vivent au jour le jour et se projettent très peu.
Et c’est notre rôle de les raccrocher à une réalité, à l’apprentissage de choses utiles et notamment rentables au CDI !

D’où l’importance de les accueillir en début d’année. Et j’aimerais que cette visite traditionnellement encadrée par le collègue des matières littéraires soit initiée par des collègues d’autres disciplines (dans mon LP les collègues de vente, de CSS sont d’ailleurs demandeurs) afin que l’élève comprenne que le CDI est un lieu, un outil transdisiplinaire.

2- Idéologie de l’école républicaine

Imaginez la présentation du CDI en début d’année à ces élèves sortant du collège avides de neuf, de changement. Délicate entreprise ! Je dois avouer que ce n’est pas à ce moment là qu’ils vont intégrer des principes, des savoirs faire documentaires.  On leur a déjà expliqué au clg et ils en gardent un vague souvenir, donc c’est plus à la faveur d’une recherche que je leur explique au cas par cas, ou lors de séances de recherche concrètes ultérieures.
Par contre, et toujours dans un souci de donner du sens à leur présence au LP et pour embrayer sur l’intérêt pour eux de fréquenter le CDI, je ne manque pas lors de cette prise de contact de les interpeller sur les programmes de leur cursus, leur demander pourquoi à leur avis on continue à leur faire étudier (à les tracasser selon eux) des matières générales et qu’on met à leur disposition entre autre chose plus de 3000€ d’abonnement au CDI et qu’on leur offre encore la possibilité de s’intéresser à plein de choses variées (toutes les étagères ne sont pas remplies de livres techniques)…au lieu de confier leur apprentissage directement à une entreprise ?

C’est donc encore une occasion de leur montrer, qu’ils sont pris en charge ou plus exactement qu’ils sont au sein d’un système républicain. 

Je ne manque pas d’interpeller les élèves sur le fait qu’on n’attend pas d’eux qu’ils soient de bons exécutants, mais au contraire des personnes capables de prendre des initiatives, d’endosser des responsabilités.

Qu’il s’agit pour eux de continuer à se constituer un bagage de connaissances, d’éveiller leur conscience, de progresser et surtout de maintenir ainsi leur chance d’intégration et d’évolution.
(Exemple de Dominique élève de BEP Electrotec -qui était un lecteur assidu et qui a écumé le fonds du CDI et lisait toutes les revues- devenu ingénieur)
Bien sûr c’est un exemple extrême mais extrêmement positif et c’est une manière de signaler à nos élèves que leur passage au LP peut leur permettre de « rebondir ».

ON S’EFFORCE DE DEPOSER DE PETITES CLES SUR LEUR PARCOURS D'APPRENTISSAGE.

2-1 Favoriser les échanges informels et en profiter pour valoriser les élèves

2-1-1  Les faire parler sur ce qu’ils ont appris depuis leur arrivée dans l’établissement, s’intéresser à ce qu’il font lorsqu’il sont sur le terrain dans la cour de la cité scolaire à prendre des mesures. Se positionner en ignorante et c’est eux qui expliquent le fonctionnement du théodolite.

2-1-2 Autre Petit exemple : je valorise leur ingéniosité, lorsque parfois je dois faire des montages de matériels. Je leur fais remarquer leur esprit astucieux et leur dextérité.

2-1-3 Se mettre à leur portée, ne pas tenir de propos pontifiants !

Exemple de l’effet râté de la GO attitude : Exemple de la présentation de livre ou de la presse : une présentation d’un enthousiasme excessif a pour conséquence de les « lâcher ». Le prosélytisme littéraire doit se faire par des voies détournées !

Exemple des trois comédiens, qui lors d’une lecture au sein des classes, à l’occasion de “Lire en fête” ont expliqué que leur parcours de comédien avait démarré en LP et l’un d’entre eux, Eric Delor a brillamment utilisé le Cours de comptabilité qui restait au tableau pour se remémorrer, devant les élèves, ses activités comptables et avouer aux élèves qu’un jour il eu envie de se réaliser et d’entamer une reconversion.
Ce type de rencontre démontre qu’une vie se fabrique petit à petit, que leur choix actuel n’est pas un projet fini, pas forcément figé. Les élèves sont ainsi invités à avoir plusieurs centres d’intérêt, entretenir leur curiosité.
Et je pense que cela renvoie une image positive du futur, sans faire de triomphalisme ou d’angélisme pour autant.

Notre rôle est de les intéresser, de manière à ce que leur parcours au LP soit aussi un temps de remise en selle, de se repiquer à la chose scolaire, de reprendre confiance en eux.

2-2 L’espace Autodoc

Heureusement, pour faire le lien entre le culturel et le concret, existe le pôle orientation au CDI. Je me rends parfois ds les classes avec la CO PSY pour souligner le lien et la continuité entre les deux ; ils peuvent retrouver des compléments d’info au CDI et en plus la Co Psy passe régulierement au CDI et s’intéresse systématiquement aux élèves. Bien souvent on échange des infos sur un élève que l’on suit etc. J’ose espérer que cela renvoie une image à l’élève qu’il est pris en compte, que sa réussite nous importe.

3- Qui dit CDI dit Lecture !

Si nous restons toujours dans l’optique du travail à réaliser au et avec le CDI, dans la majeure partie des cas, l’élève va être amené à se confronter avec ce qu’il abhorre : la lecture (qu’il redoute, vu parfois le problème d’illettrisme auquel on est confronté).

DES PROJETS MODESTES ET REALISABLES

Hormis quelques exceptions, dans la pratique je constate que la démarche jusqu’au document ne va vraiment pas de soi.

Ce que j’observe de la réalité est loin de l’idéal pédagogique.
Les élèves (comme parfois les collègues) veulent le document répondant à leur recherche maintenant et tout de suite ; l’action du professeur documentaliste se résumerait parfois à une offre de service.
Et je regrette que les étapes de la réflexion, de l’interrogation, de la compréhension du sujet, que la conception de la problématique du sujet soient ainsi vite mises entre parenthèses.

Encore une fois, le souci êtant de se mettre à la portée des élèves et de ne pas les décourager, je me résous à leur mâcher le travail, tout en déposant des balises méthodologiques.

Nous avons tous pour objectif « d’inciter les élèves à la lecture », toutefois il
ne suffit pas simplement d’adapter le niveau du fonds
il s’agit plutôt de les accompagner (concrètement, cela veut dire s’asseoir à leurs côtés, commenter le contenu du doc …)

Et il en va de même pour internet. Il faut bannir le réflexe « clic j’imprime je m’acquitte de ma recherche à peu de frais », éviter cette facilité consumériste !

  • 1°) les obliger à composer un document sous word, pour les obliger à lire, choisir, prélever
  • 2°) leur demander de préciser sur quel type de site ils surfent et leur demander d’avoir la probité intellectuelle de citer leur source. D’ailleurs tous les collègues réceptionnaires d’un travail de recherche devraient évaluer la validité de l’information en exigeant une liste bibliographique.

4- Activités au CDI : viser la faisabilité

Des projets modestes et réalisables

Pour ce qui est des actions pédagogiques menées en direction de nos élèves de LP, je profite de cette table ronde et de la présence des collègues pour leur rappeler que en tant que documentaliste je n’ai pas de pouvoirs magiques.
Il vaut mieux privilégier des exercices simples et réalisables, mais avec des objectifs exigeants !
EXPLE : je peux encore citer l’exemple d’une collègue qui se lamentait, que ses élèves ne lisaient pas telle revue…Or il ne suffit pas, il ne suffit plus de dire « allez lire cette revue, c’est indispensable pour vous etc » il faut mettre en place des radars : c'est-à-dire des séance des travail avec des exercices concrets et pas trop difficiles, qui nous permettent de vérifier les efforts réels que fournit l’élève.
EXPLE : séances sur Libération en HG, (…), élèves absorbés par leur lecture
On pourrait imaginer la même chose sur des revues techniques

Autre séance possible pour coller au sujet du jour : envisager d’orienter la lecture vers des articles ayant trait au domaine du bâtiment, de l’architecture, en prenant en compte : les offres d’emplois, articles sur la santé économique de ce domaine.
Sans oublier le développement durable qui va offrir nombre de perspectives ds ce domaine de la construction.

Pour ce faire, Il y a un minimum de pré requis pour mettre en place une collaboration et un travail plus fructueux pour nos élèves, comme vous le verrez dans la suite de l’exposé avec ma collègue de lettres histoire.
Cette année, par exemple, les profs d’électrotechnique se sont impliqués à leur mesure et avec enthousiasme sur le projet développement durable et les énergies renouvelables ;
Exemple :  je décris le parcours classique : les élèves ont fait des recherches au CDI accompagnés dans les premier tps par la collègue d’histoire-géo, coach du projet, ils ont monté leur dossier sur un thème, ont trouvé écho dans leur cours professionnel et sont allés visiter  la centrale photovoltaïque de la CACEM avec leur professeur d’électrotechnique. Ces mêmes élèves ont bénéficiéd’une représentation théâtrale au CMAC. Ce qui est vrai et réalisable dans cette discipline l’est dans d’autres, à condition de rédiger le projet à plusieurs.

Conclusion

1 : Tout ce qui peut être proposé dans le sens de la culture ne doit pas être négligé. La citoyenneté et le ciment social se construisent en différents lieux y compris et peut-être surtout dans ceux de la culture.

2 : Pour nos élèves qui ont des difficultés à créer un lien logique entre tous les apprentissages, qui ont tendance à morceler le savoir et de dire  régulièrement « ça sert à rien d’apprendre ça » le principe du travail trans et pluridisicplinaires est profitable. De plus, pour les enseignants c’est aussi plus motivant ! En outre, on ne perd rien à valoriser le travail en équipe car les élèves vont devoir s’intégrer dans des équipes au sein des entreprises.

3 : Mon témoignage d’aujourd’hui pourrait sans nul doute être étoffé par celui  des collègues documentalistes présentes.

NB : Félicitations aux collègues qui prennent en charge leurs élèves toute l’année. Je me suis souvent inspirée de leurs qualités : modestie, indulgence, foi et une patience homérique !

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