Vous êtes ici :

Entretien avec Françoise Sarnowski

Par Jean-Paul Thomas,
CRDP de Bretagne [septembre 2009]

Mots clés : bibliothèque , document électronique

Françoise Sarnowski est bibliothécaire, chargée des ressources et services numériques à la bibliothèque des Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreChamps libres à Rennes, équipement culturel qui fédère, outre la bibliothèque de Rennes Métropole, le Musée de Bretagne et l'Espace des sciences.

Pouvez-vous en quelque mots présenter votre parcours professionnel ?

Françoise Sarnowski : Un parcours professionnel de 25 ans en bibliothèque publique, dont une première partie de carrière en région parisienne et une seconde en Bretagne, m'a permis de connaître tous les aspects du métier, et toutes ses évolutions. Après avoir créé la médiathèque de Saint-Jacques de la Lande, et géré cet équipement 9 ans, je suis arrivée aux Champs Libres sur un poste nouveau de bibliothécaire chargée des ressources et services numériques, dans le contexte d'une nouvelle Direction à la bibliothèque.

Pouvez-vous nous présenter les Champs libres ?

Françoise Sarnowski : Située au coeur de Rennes, la Bibliothèque de Rennes Métropole est intégrée dans les Champs Libres, l'équipement culturel qui fédère aussi le Musée de Bretagne et l'Espace des sciences.

Grande pyramide inversée à 7 niveaux, complétée par l'Espace Vie du Citoyen, la bibliothèque offre des collections et des services pour tous les publics, enfants, jeunes, étudiants, familles en quête de loisirs, adultes en besoin de formation de base, personnes handicapées en demande de collections adaptées, chercheurs.

Son projet d'équipement est axé sur la valorisation de la littérature, l'éducation à l'image, le développement de la culture numérique, la mise à disposition d'outils d'autoformation et la mise en place de solutions d'accessibilité aux divers handicaps.

La Bibliothèque de Rennes Métropole est aussi :
•    Une Bibliothèque à vocation régionale
•    Un pôle associé de la Bibliothèque nationale de France
•    Une contributrice du Catalogue collectif des fonds patrimoniaux
•    Une Bibliothèque d'intérêt communautaire, complémentaire des bibliothèques des communes de Rennes Métropole

Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp:/www.bibliotheque-rennesmetropole.fr

Pourquoi la création d’un poste spécifique autour des ressources et services numériques ?

Françoise Sarnowski : Si le numérique fait aujourd'hui partie de notre quotidien professionnel en bibliothèque, les ressources numériques restent difficiles à développer en direction du public, à la fois pour des raisons juridiques et économiques, mais également par manque de formation. Créer un poste spécifique, c'est afficher clairement l'importance que l'on souhaite accorder à ces ressources dans tous les domaines traités par la bibliothèque, c'est assurer une veille permanente sur ces questions, c'est aussi se doter d'une capacité de formation interne dans ce domaine.

Comment les ressources numériques sont-elles intégrées dans le projet d’établissement de la bibliothèque des Champs libres ?

Françoise Sarnowski : L'accès de tous les citoyens aux nouvelles technologies est clairement affiché dans la politique des élus de Rennes Métropole.
Le numérique est aussi clairement indiqué dans le projet d'établissement de la nouvelle direction. La création du poste va en ce sens.

Quelle est votre politique de numérisation des collections ?

Françoise Sarnowski : A l'heure actuelle, la Bibliothèque a engagé la numérisation de ses enluminures et dessins, dans le cadre d'une Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrebase d'images commune à la Bibliothèque et au Musée de Bretagne. Une réflexion est en cours pour élaborer une politique de numérisation de textes, qui s'inscrira à la fois dans le projet de Bibliothèque numérique de Bretagne (projet en cours d'étude au niveau du Conseil régional) et dans les réflexions autour de Gallica et d'Europeana.

Y-a-t-il une politique de formation des professionnels spécifique dans ce domaine ?

Françoise Sarnowski : Cette question fait partie des priorités du plan de formation de la Bibliothèque. En outre, des formations internes sont très régulièrement organisées, notamment sur chaque ressource numérique proposée au public.

Quel est l’usage de l’internet par les bibliothécaires notamment du web 2.0 ?

Françoise Sarnowski : Les bibliothécaires eux-mêmes ne sont pas tous familiers du web 2.0. Le plan de formation vise à développer leurs compétences sur ce sujet essentiel pour l'avenir du métier.

Comment voyez-vous l’évolution des métiers en bibliothèques ?

Françoise Sarnowski : Il dépendra, il me semble, de la capacité des élus et des professionnels à saisir les enjeux qui se posent à nous : quelles collections, quels services, pour quels publics ? Et... avec quels moyens ?

Quelle politique de gestion de l’Internet avez-vous ! Quels sont les types de demandes et les problèmes posés (filtrage, chat, réseaux sociaux…) ?

Françoise Sarnowski : Une Charte de l'utilisation d'Internet est en vigueur, et explicite les filtres opérés sur certains sites. Elle est cependant régulièrement remise à jour, grâce à un travail mené conjointement par les bibliothécaires, les services informatique et juridique, puisque les usages et les règlementations évoluent.

Quelles médiations proposez-vous concernant l’utilisation d’Internet et l’accès aux ressources en lignes ?

Françoise Sarnowski : La bibliothèque n'est pas un immense cyber-café. Trois ans d'utilisation par le public de postes pour le seul accès à Internet ont montré les limites du système. Un travail de fond est donc actuellement entrepris pour retrouver un équilibre entre l'accès libre à Internet, les accès à des outils bureautique et traitement de fichiers multimedia, et la valorisation de contenus directement en lien avec les ressources documentaires, c'est-à-dire les ressources numériques auxquelles la bibliothèque s'abonne pour ses usagers, et les Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtresites recommandés.
Il nous semble par exemple essentiel aujourd'hui de dédier des postes à des outils d'autoformation, particulièrement pour des publics en besoin de formation aux savoirs de base, avec des accompagnements personnalisés. C'est dans ce sens que des Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtresignets sur des sites particulièrement recommandables pour des formations de base en apprentissage du français langue étrangère, en informatique, en maths, etc, ont été placés sur Delicious, qui est un outil collaboratif, accessible de tout poste connecté à internet.

Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrePour les ressources numériques, telles ArteVOD, MEDIAplus, Publie.net, etc, j'ai commencé à organiser des séances publiques de démonstration, des samedis après-midi. Le numérique, on ne peut pas en faire une table de nouveautés, comme les livres ou les DVD, il faut montrer autrement, et démontrer aussi... que ce n'est pas si difficile, si technique que ça.

Au-delà de l’accès à Internet, quelles sont les ressources et les services numériques proposés ? Pouvez-vous faire un bilan de leur utilisation ?

Françoise Sarnowski : Services accessibles à distance : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreArteVOD, un catalogue très riche, mal connu du public. Nous communiquons en ce moment sur l'entrée au catalogue de 70 films de cinéma indépendant d'UniversCiné. La pratique de la VOD est encore peu développée, et pourtant, c'est une alternative aux bacs de DVD toujours sortis en bibliothèque ! Et on peut connecter son ordinateur sur la télé du salon !
Autre ressource essentielle à distance : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreMEDIAplus, la plateforme de formation personnalisée en bureautique. Apprendre méthodiquement Word, Excel, Outlook, ou les équivalents en OpenOffice. Et gratuitement, alors que ces formations coûtent très cher ailleurs.

Services accessibles uniquement depuis les postes de la bibliothèque : des outils de recherche dans la presse, comme Europresse ou Indexpresse, des bases de référence en musique classique, le Kompass, etc.
Et, nos deux nouvelles ressources : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrePublie.net, la littérature contemporaine à lire en ligne, en mode feuilletage dynamique, et la Cinémathèque de Bretagne, tout le patrimoine audiovisuel breton...

Quelle complémentarité avec les collections imprimées et audiovisuelles des différents pôles ?

Françoise Sarnowski : Il y a effectivement une logique de complémentarité avec les collections matérielles, mais les ressources numériques sont moins nombreuses, ne sont pas forcément pertinentes ou accessibles au niveau tarif dans chaque domaine. A cette logique j'ai préféré une logique de « bouquets » : un ensemble cohérent sur un domaine, par exemple le bouquet Autoformation, le bouquet Accès aux oeuvres en ligne, le bouquet Enfants, etc.
J'essaie que pour chaque ressource, un ou deux pôles soient « porteurs », c'est-à-dire investis dans la communication et  l'accompagnement du public.

La bibliothèque utilise twitter. Pouvez-vous nous présenter en quelques lignes cet outil ? Pourquoi avez-vous décidé de l’utiliser aux Champs libres ?

Françoise Sarnowski : Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreTwitter, c'est un petit outil de réseau social, c'est du mini-blogging. J'ai trouvé symbolique de le mettre en place, pour montrer une ouverture nouvelle vers ces outils pour lesquels nous expérimentons. Les bibliothèques ont-elles leur place sur Twitter, Delicious, Facebook, Babelio ? Je ne sais pas encore, mais il faut y être, parce que les internautes sont davantage là que sur nos sites institutionnels. Cela n'empêche pas d'avoir un regard critique, de conserver nos outils traditionnels en parallèle et d'évaluer l'impact par rapport au temps passé.

Suivre la bibliothèque des Champs libres
- sur Twitter :
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://twitter.com/bibrennesmetrop
- sur Facebook :
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://www.facebook.com/pages/Rennes-France/Les-Champs-Libres/97969767558?ref=mf
- sur Netvibes, i-Google, Myspace en utilisant le widget Champs libres :
Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrehttp://agenda.leschampslibres.fr/

Les bibliothèques sont souvent évoquées comme lieu d’autoformation pour les usagers, notamment à l’heure de la formation tout au long de la vie. Les Champs Libres proposent un service de ce type. Pourquoi développer ce service ? A qui s’adresse-t-il ?

Françoise Sarnowski : La bibliothèque s'engage résolument dans ce projet dit « Autoformation ». De quoi s'agit-il ? De mettre à la disposition des citoyens, avec une priorité pour ceux qui sont en besoin urgent d'apprentissage des savoirs de base, des outils pour maîtriser ce qui est essentiel pour vivre le quotidien : lire, écrire, compter, communiquer, etc. D'où le choix délibéré d'un fonds restreint mais multi-supports de manuels, DVD, CD-Roms et ressources numériques sur le français, le français langue étrangère, les maths, le code de la route, l'informatique, le repérage spacio-temporel.
MEDIAplus est une ressource de second niveau, mais précieuse pour valoriser un CV. Pour la première maîtrise de l'ordinateur, le clavier, la souris, nous mettrons en place des outils plus basiques encore. Et puis nous travaillons en partenariat avec des structures relais, comme les espaces multimedia rennais, avec des associations et lieux de formation.

Quel rôle joue le numérique pour les publics empêchés ?

Françoise Sarnowski : Mon poste comprend aussi une mission sur le handicap. Je m'occupe de tout ce qui est accessibilité de la bibliothèque, au niveau des fonds, des services, des outils informatiques, de la programmation culturelle, etc. C'est un sujet qui me passionne et pour lequel je m'investis aussi au niveau national.
Les aides techniques sont un atout précieux par rapport au handicap. Je crois que le rôle d'une bibliothèque est de former les usagers concernés à l'utilisation de ces outils, or ce public est encore plus démuni que le public dit « non handicapé ». Il manque d'information, et de budget, car ces matériels adaptés sont généralement coûteux.
Nous avons donc du « gros matériel » (PC, plage braille, imprimante braille), des logiciels de synthèse vocale et agrandisseur d'écran, avec des cours d'accompagnement ; des petits matériels type Lecteur CD (Daisy) et Lecteur à carte SD ; et une offre de lecture la plus diversifiée possible : livres sonores CD, CD MP3 et MP3 Daisy (Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtreformat spécifique handicap) ; films en DVD audiodescription et sous-titrage sourds et malentendants ; presse en vocal ; Ouvre ce lien externe dans une nouvelle fenêtrebibliothèque numérique Hélène...
Nous avons beaucoup de chemin à faire encore, en prenant en compte le public dit « de culture sourde », les personnes atteints de TSL (troubles du langage type dyslexie), les personnes handicapées mentales.

Une bibliothèque pour tous, mais aussi pour chacun... c'est notre challenge !

Avez-vous des chiffres sur les pratiques des adolescents aux Champs Libres concernant le numérique : usages d’internet, des ressources numérisées ?

Françoise Sarnowski : On peut appréhender à peu près l'utilisation d'internet par les enfants de moins de treize ans, parce que ce sont des postes spécifiques. On sait aussi l'usage important d'Internet par les étudiants, mais pas plus que leur usage des tables et chaises : la bibliothèque est un lieu de travail et de réunion pour eux. Entre deux, il y a l'âge difficile des 13-18 ans, où effectivement nous manquons un peu de visibilité. Les ressources numériques en tous cas ne leur sont pas destinées.

La bibliothèque est entièrement automatisée via la technologie RFID qui  permet l’automatisation du prêt et donc une autonomie du lecteur mais pour certains entraîne une certaine déshumanisation. Pouvez-vous nous présenter plus en détail le dispositif utilisé aux Champs Libres ? Quels bilans tirez-vous en termes de gestion et de relation à l’usager ?

Françoise Sarnowski : La Bibliothèque est équipée de sept automates de prêt (décentralisés : un dans chaque espace qui pratique le prêt) et de trois automates de retour (centralisé dans le hall d'accueil), ce qui permet l'automatisation de 95% des transactions. Les 5% de transactions effectuées hors automates le sont pour des raisons techniques (supports multimédias trop métallisés ou trop complexes). Mais la Bibliothèque n'est pas devenue pour autant un lieu "inhumain", puisque que l'on trouve selon les moments de 18 à 28 agents en service dans les espaces publics. Choisir l'automatisation dans une bibliothèque où l'on fait une moyenne de 7 000 transactions par jour, c'est dégager le personnel des tâches répétitives et sans grand intérêt pour le mettre en situation d'accueil. Le personnel est là pour accueillir, orienter, renseigner, et également pour le rangement, qui se fait au fil de l'eau, d'où une remise en rayon et une disponibilité des documents après retour beaucoup plus rapide. De ce fait, l'usager qui a un problème ou une question trouve presque toujours une personne disponible pour l'aider. Les usagers apprécient également la confidentialité des prêts que leur offre l'automate.

Le numérique peut-il être un levier dans la mise en œuvre de projets communs avec les établissements scolaires et notamment les CDI ?

Françoise Sarnowski : En charge du numérique, j'avoue ne pas m'être encore beaucoup penchée sur cette question, en-dehors de l'aspect élèves avec handicap particulier. L'Education nationale a un cahier des charges à remplir concernant la maîtrise des TIC par les jeunes, je ne sais donc pas bien comment offrir une offre complémentaire, dans l'état actuel de ce qui existe sur le marché en terme de ressources numériques. Il y a aussi la question de la responsabilité : ArteVOD comporte beaucoup de programmes intéressant pour des collégiens et lycéens, mais l'inscription nécessite d'avoir 16 ans. Aux parents et enseignants en ce cas d'être prescripteurs.

Recherche avancée