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par Marie-France Blanquet,
[janvier 2008]
Mots clés : CAPES (certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement secondaire) , commentaire critique
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Lire des analyses critiques est intéressant pour plusieurs raisons. Cela permet de :
Une méthode, parmi d'autres : la lecture d'un texte critique peut se faire autour de trois principaux axes
1 Relever les problématiques et les idées, sources de réflexion
2 Relever les informations : auteurs, projets, réalisations cités., pour construire sa culture personnelle
3 Déterminer la nature des jugements de valeur et leur portée.
Consigne : Au cours de vos lectures dressez une typologie des jugements de valeur émis par l'auteur de la critique (celle-ci est toujours signée) de façon à établir votre propre grille d'analyse
POULAIN, Martine. Critiques : « Parler comme un livre : l'oralité et le savoir, XVIe-XXe siècle » de François Waquet. BBF [en ligne], 2003, t.48, n° 06, [1] p.
http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2003-06-0125-011
Réhabilitation de l'oral comme instrument majeur de la constitution de la pensée est une idée qui va un peu à contre courant de nombreuses études « brillantes » portant sur l'écrit comme étape déterminante de l'humanité accédant grâce à elle, à la faculté d'abstraire. On cite toujours dans ce débat le philosophe Platon regrettant l'invention de l'écriture accusée d'affaiblir les facultés humaines, mais surtout de déformer l'information.
L'auteur rappelle également le cas de grands chercheurs, hommes influents ayant marqué leur discipline, et n'ayant en fait que peu écrit
Limites de l'écrit et plus spécifiquement du livre
Enfin on peut retenir l'expression de jugements sévères sur les livres considérés comme « des moyens inférieurs, voire pauvres » par les Académies savantes ou désignés « comme mouvement languissant et faible. ». Ce texte offre des arguments peu souvent entendus sur le livre que l'on a un peu tendance a ne considérer que les aspects positifs.
La typologie proposée est intéressante à retenir, entraînant à poser le rôle de l'oralité pédagogique mais aussi celui des congrès, témoins des besoins d'oralité, qui se multiplient au cours des ans
La tradition de la cérémonie d'ouverture des universités d'Ancien Régime peut également être retenu : le livre ouvert lui rappelait de pas négliger l'étude à l'avenir ; le livre fermé lui signifiait que tout le savoir n'est pas contenu dans les livres.
Ne pas oublier non plus de relever le titre : parler comme un livre
Les auteurs cités doivent ouvrir la curiosité du lecteur et en cas de méconnaissance faire l'objet d'une rapide recherche documentaire principalement quand ils sont cités au titre des sciences de l'information. Ici Bruno Latour, Woolgar.
Leurs citations peuvent être notées pour illustrer un commentaire
Paul Ricoeur : « la parole est mon royaume »
Michelet : « la parole, c'est la personne »
Il y a peu de jugements de valeur exprimés dans cette analyse critique. Cependant toutes ces lignes expriment implicitement le caractère érudit du travail de F. Waquet, son intérêt. Ces lignes expriment aussi l'actualité et l'originalité du sujet
La critique externe porte sur l'auteur connue et reconnue déjà à travers une publication citée en introduction et au titre savant
Elle porte également sur le public ciblé à travers le titre du document hôte : BBF et d'autre part par la phrase de conclusion qualifiant le bibliothécaire comme métier de médiation.
JOLLY, Claude. Critiques : « Les métamorphoses du livre : entretiens avec Jean-Marc Chatelain et Christian Jacob » de Henri-Jean Martin. BBF [en ligne], 2004 t.49, n°04, [2] p.
http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2004-04-0142-006
La première problématique que l'on peut extraire de ce texte est donnée dans son titre et tient dans le terme de « méta-morphose » pris au sens étymologique du terme impliquant l'idée de changement de forme, de nature, de structure du livre. Connaître le passé, analyser le présent pour comprendre le futur et son inconnu : quel avenir pour le livre imprimé à l'heure du numérique ? Quelle nouvelle transformation va connaître ce type de document omniprésent dans nos vies quotidiennes ? La connaissance des chemins qui ont conduit jusqu'au livre imprimé tel que nous le connaissons est-elle indispensable pour entrevoir la réponse à cette question ? Les métamorphoses du livre découvertes par l'historien peuvent-elles aider à réfléchir sur le livre à venir ? Et dans quelle mesure ?
La phrase du texte analysé, citée in extenso par C. Joly, peut-elle être lue en remplaçant le terme de bibliothécaire par celui de documentaliste ? Le documentaliste « voyage » également sur deux axes : techniques et intellectuels. Peut-il faire sienne l'affirmation de H.J. Martin ? Dans quelle mesure ? Avec quelle(s) nuances ou ajouts ? Quelles réflexions sur la profession peut-on avoir en lisant ce passage ?
Même si cette problématique relève franchement des sciences de l'éducation, le verdict posé sur la pédagogie ne peut qu'interpeller l'enseignant documentaliste comme, d'ailleurs, l'enseignant de discipline et tous les acteurs concernés par la pédagogie !
Les métamorphoses du livre invite à découvrir un grand nom des sciences de l'information et de la communication. Historien du livre, enseignant et bibliothécaire, Henri-Jean Martin a signé une quinzaine d'ouvrages fondamentaux. Le premier est intitulé l'Apparition du livre écrit en 1958, le dernier étant celui qu'analyse C. Joly (pour information, Henri-Jean Martin est mort en janvier 2007 et, à cette occasion, de nombreux auteurs lui ont rendu hommage. Signalons le blog du BBF qui a fait l'objet de nombreux articles et de nombreux témoignages confirmant l'importance de cet auteur, incontournable dans toutes les réflexions menées sur le livre). Il est, par ailleurs, important de retenir l'apport essentiel de H.J. Martin dans la publication, à son initiative, des quatre volumes portant sur L'Histoire de l'édition française
On peut retenir la citation synthétique décrivant l'intérêt du travail de l'historien du livre ouvert à l'extrême sur un environnement sans cesse enrichi que traduisent bien les titres de ces études portant sur le « système du livre ».
Il est, en particulier, intéressant de noter l'élargissement du champs de recherche opéré par ce chercheur pensant le livre imprimé de l'époque moderne dans sa totalité, puis en intégrant le système du livre dans le système plus vaste de communication dans le temps comme dans l'espace. Cet élargissement le conduit à croiser d'autres disciplines que la sienne permettant de comprendre la pluridisciplinarité des sciences de l'information et de la communication.
... L'itinéraire de Martin le menant vers la pluridisciplinarité est, en fait, celle de tous les grands chercheurs incapables de s'enfermer et de rester enfermés dans une spécialisation ou une discipline. Il y a là, à travers le témoignage de Martin, non seulement matière à réflexion mais aussi matière pour argumenter et défendre la position des enseignants documentalistes sur ce point.
La critique interne implicite permet de comprendre que ce livre entretien est un livre de synthèse sur les recherches et activités de H.J.Martin mettant en valeur l'originalité de son oeuvre en tant qu'historien du livre, pionnier dans ce domaine, et sa progression intellectuelle. Les citations choisies, « pages à la fois aussi simples et aussi justes », confirment la personnalité intellectuelle riche de ce chercheur fondateur.
La critique interne explicite souligne l'essentiel de l'ouvrage : le cheminement d'une recherche. Les auteurs insistent sur « le grand mérite de cet ouvrage » montrant un chercheur en acte dans un environnement décrit avec réalisme.
Par ailleurs, et même si ces critiques sont déclarées « sans importance », on doit malgré tout déplorer des imprécisions et des erreurs qui risquent d'induire en erreur le lecteur, certainement moins cultivé que les auteurs. On peut d'ailleurs ne pas être du tout d'accord sur ce jugement en terme de fautes vénielles, la vérification de l'information étant une partie forte de l'activité de tout professionnel de l'information.
La critique externe est ici riche. Elle est traduite dans des termes forts : ceux de finesse et d'acuité, par exemple, qualifiant l'entreprise des deux responsables menant l'entretien ; leurs titres permettant de lever les « aspects souvent suspects » de ce type d'ouvrages.
Elle porte également sur la structure de l'ouvrage qui «saute » d'un genre à l'autre avec « aisance et un certain bonheur ». Elle porte également sur la cible : les bibliothécaires étant donné le titre du document hôte dans lequel paraît cette critique.
TESNIERE, Valérie. Critiques : « Une politique d'acquisition pour une bibliothèque d'étude et de recherche » de Valérie Travier. BBF [en ligne], 2001, t.46, n°04,[1] p.
http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2001-04-0119-013
Le titre donne le ton avec l'importante problématique liée à la politique d'acquisition. Comment la définir ? Comment la pratiquer ? Avec qui ? Peut-on la confondre avec le concept de politique documentaire ? Dans quelle(s) mesure(s) les principes de constitution et d'acquisition documentaire sont-ils liés à la spécificité de la structure documentaire concernée et à son environnement ? Une politique d'acquisition soulève-t-elle des principes génériques mais aussi spécifiques, différents suivant l'organisme considéré ? En quoi et comment une situation « géographique documentaire » peut-elle avoir une influence donnée, traduite ici par le concept de « fortes contraintes » ?
Cette problématique est diffuse dans ce texte qui rappelle la destruction par incendie d'une bibliothèque universitaire. Les interrogations sur la sécurité et la prévention, fréquemment abordées par les archivistes, sont, au contraire rarement soulevées par les bibliothécaires et les documentalistes. On peut s'interroger sur cette absence de questionnements. Est-ce du à la perception des responsabilités liées aux seuls décideurs (ce n'est donc pas l'affaire du professionnel de l'information)? Si les problématiques liées à la sécurité et à la prévention les concernent, peut-on déterminer la part qui leur revient, la qualifier, la quantifier ? Ces questions sont elles abordées dans les formations initiales comme continues ? La sauvegarde des catalogues a permis, par exemple, à la bibliothèque de Lyon de reconstituer une partie de son fonds.
Certes, cette problématique n'est pas prioritaire dans la vie du professionnel de l'information. Elle se révèle toutefois intéressante au vu de l'actualité. On peut penser, par exemple, à la Martinique soumis dans la même année à tremblement de terre et cyclone.
Le lecteur peut concrétiser les facettes relatives à la politique d'acquisition dans son ensemble (chartes documentaires d'établissements) ou sur des points particuliers développés dans le compte-rendu (classification, cartographie des besoins des utilisateurs.).
Il peut également rechercher, en lisant le texte original, les définitions qui répondent aux questions posées par l'auteur sur les collections de référence ou la signification des concepts d'étude et recherche.
Valérie Tesnière salue le travail de « synthèse inédite » de Valérie Travier. Le thème abordé est connu. Mais les textes qui le traitent sont hétérogènes et dispersés. L'étude de cas est désignée également sous les termes de monographie, d'exercice, de mémoire et d'étude qui en traduisent la richesse. Cette étude est donc considérée comme une première en France pour sa pertinence mais aussi son exhaustivité (rien ne manque dans ce travail) puisque l'on peut suivre le cheminement entier de la réflexion d'une bibliothécaire chargée de la politique d'acquisition.
Toutefois, l'auteur de l'analyse critique semble établir une synonymie entre les concepts de politique d'acquisition et de politique documentaire sans permettre au lecteur de savoir si cette synonymie est également celle de l'auteur analysé
Une autre catégorie de remarque porte sur l'équilibre établi en la théorie et la pratique de ce travail puisque V.Tesnière développe clairement l'intérêt de ce travail pour des catégories de lecteurs différenciés (voir infra).
De plus, cette étude a une portée probante puisque l'auteur prouve à la profession qu'une dialectique bien menée entre demande et offre est toujours praticable. Elle est également stimulante comme leçon de « pragmatisme. politique »
Un point faible est cependant dénoncé qui concerne quelques déséquilibres dus à la rapidité et aux conditions de réalisation du mémoire. (Ce qui ne constitue pas une excuse !)
La critique externe est ici aisée à déterminer
Label de qualité, le lecteur peut remarquer que l'ouvrage est préfacé par Bertrand Calenge, spécialiste de la politique documentaire et auteur de nombreuses études portant, entre autres, sur ce point.
La critique externe porte également sur la reconnaissance exprimée aux Presses de l'Enssib pour la publication de ce mémoire et son intérêt pour des publics différents : les bibliothécaires praticiens, enseignants ou étudiants mais aussi les lecteurs.
Enfin on peut noter que cette « remarquable étude » est écrite « dans une langue limpide » prouvant ainsi que l'on peut écrire dans un style clair, même lorsque l'on parle de sciences.