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Par Anne Francou,
CRDP de Lyon,
avec l'aimable participation de
Kim Soon-Ae en qualité d'interprète.
[juillet 2007]
Mots clés : bibliothèque , Corée du sud , international
Le
collège-lycée Jungang est un établissement privé situé en plein coeur de la capitale coréenne. Il possède une bibliothèque d'environ 330 m2. Sa responsable, Suh Kyung Un, était présente au 72ème Congrès de l'
IFLA organisé en 2006 à Séoul. Elle nous a accueillies dans son établissement pour présenter son métier et expliquer plus généralement le rôle du documentaliste d'établissement secondaire en Corée du sud. Des problématiques somme toute très proches de la réalité française.
Suh Kyung Un : Notre établissement est une structure privée, subventionnée par l’Etat. L'inscription est donc payante. Il va de la maternelle jusqu’au lycée. cette année, il y a environ 2000 élèves inscrits au collège et au lycée.
Pour mieux le situer, l’établissement est implanté en plein cœur de Séoul, dans le quartier de la mairie.
Suh Kyung Un : On peut dire que sur les 10000 écoles, collèges et lycées qui couvrent le territoire coréen, 8000 sont dotés d’une bibliothèque. En fait, il n'existe pas de texte officiel à ce sujet, il ne s'agit que de simples recommandations.
Suh Kyung Un : Nous sommes trois personnes à travailler à temps plein à la bibliothèque, ce qui n'est pas le cas partout ! Je suis la responsable ; une collègue s’occupe de la partie administrative ; la troisième personne est aide-bibliothécaire. Il existe un concours d’Etat spécifique pour exercer cette profession, créé il y a 40 ans. Le problème, c’est qu’il y a peu de postes ouverts chaque année : par exemple, pour l’année 2007, il y avait seulement 150 places. C’est donc un concours difficile. Environ 500 bibliothèques scolaires disposent de personnel qualifié. Pour le reste, il s’agit de personnel au statut précaire.
En septembre 2005 a eu lieu un rassemblement des bibliothécaires devant le ministère pour protester contre le manque de personnel qualifié. Mais, même si les bibliothèques scolaires ont connu un essor important en Corée, il n’y a pas de vraie prise de conscience dans l’opinion publique de la nécessité d’un personnel qualifié...
Je voudrais rajouter que nous faisons appel aux élèves volontaires pour travailler avec nous. C'est une bonne expérience pour eux je pense.
Suh Kyung Un : La bibliothèque possède environ 25000 livres, environ 70 abonnements et 1500 ressources audio-visuelles (cd audio, cd-rom, dvd). On prête les livres et revues, sauf les ouvrages de référence et les bandes dessinées. Les élèves peuvent emprunter deux documents pendant une semaine, renouvelables une fois.
En Corée, on utilise dans les établissements du secondaire une classification décimale spécifique appelée la KDC, largement inspirée de la Dewey. La KDC a été créée en 1964 par les coréens, qui souhaitaient se démarquer ainsi de la classification américaine. La Dewey est utilisée en revanche à l’université.
Suh Kyung Un : Oui, l'informatisation est terminée. Nous n'avons pas intégré les documents remontant à avant 1988, qui apparaissent toujours dans le catalogue manuel. Les débuts de l’informatisation de la bibliothèque remontent en fait à 1993. On utilise un logiciel en réseau, qui s’appelle DLS, et qui relie toutes les écoles. En fait, en raison de lourdeurs techniques indépendantes de notre volonté, nous utilisons ici un logiciel dérivé, appelé DLSC...
Les élèves disposent de deux ordinateurs dédiés à la consultation de la base documentaire. Ils peuvent chercher des titres, réserver des livres. Les six autres ordinateurs sont utilisés pour la consultation d’Internet.
Suh Kyung Un : Nous accueillons systématiquement les élèves de première année du collège une heure par semaine pendant toute l’année. Ils bénéficient d’une formation qui est inscrite dans leur programme d’études. Nous répondons aux demandes des enseignants, qui peuvent venir avec leurs classes. Nous mettons en place d'autres activités, comme les club-lecture. Au lycée, les élèves viennent faire des recherches de documents, emprunter des ouvrages, mais aussi organiser des sorties dans les musées, les salles d’exposition de Séoul, etc. Il s’agit plus d’initiatives d’élèves volontaires pour monter ce genre de projet.
Suh Kyung Un : A Séoul, il n’ existe pas de réseau de bibliothèques de quartier digne de ce nom. Il existe seulement 25 bibliothèques municipales à Séoul, une mégapole de 12 millions d’habitants ! Il s’agit d’une initiative des collectivités locales : 38 écoles à Séoul sont ouvertes au public extérieur. Chez nous, depuis 2006, les riverains bénéficient d’un accueil le dimanche toute la journée, ainsi que les après-midis, sauf le lundi qui est réservé aux élèves. C’est un service gratuit.
Les parents d’élèves sont présents dans l’établissement car nous considérons que les impliquer dans les études de leurs enfants ne peut être qu’une excellente chose ! Ainsi j’ai mis en place un club-lecture où les parents viennent discuter de leurs lectures, et peuvent emprunter des livres. Ils publient même une brochure ! Certaines mamans sont particulièrement motivées. Ainsi elles peuvent encourager leur enfant à lire chez eux. Car les jeunes coréens ne sont pas de gros lecteurs, ils préfèrent lire des manhwa [1] ! Il faut donc les pousser. Mais les jeunes français, lisent-ils plus volontiers ?!
Suh Kyung Un : Il faut savoir qu’en Corée, la société est très hiérarchisée. L’enseignant bénéficie encore d’un statut privilégié, en tant que détenteur d’un savoir. La notion de respect de l’enseignant est une réalité. Le respect des personnes plus âgées est aussi une composante de notre société. De plus, la scolarité est un véritable enjeu pour les coréens : les élèves subissent de fortes pressions pour réussir leurs études, la concurrence est rude. Donc, les élèves travaillent beaucoup, avec des différences de niveau bien sûr.
Par contre, je rencontre des soucis par exemple dans l’utilisation détournée d’Internet par les élèves. Je pense que c’est une tentation universelle, n 'est-ce pas ?
[1] Equivalent coréen des mangas japonais