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Tramway à Göteborg (C. Delmas)
Tramway à Göteborg (C. Delmas)

Les visites d'études : une autre façon de s'ouvrir à l'Europe. Trois enseignantes-documentalistes ont accepté de rendre compte de ces expériences originales : Clara Delmas, professeur-documentaliste au collège Eric Tabarly à Pavillon sous Bois (93) nous fait part de son enthousiasme, puis Laurence Tranchand-Granger et Natacha Robert, enseignantes-documentalistes aux LEGTA [1] de Bourg-en-Bresse Les Sardières (01) et LEGTA Auch-Beaulieu/Lavacant (32) apporteront leur témoignage conjoint.

La visite d'étude : quesako ?

Claire Delmas : "Ce sont des amis de retour de visite d'étude qui m'ont fait découvrir ce programme. Les visites d'études sont organisées au niveau européen et  impliquent plusieurs organismes, chacun avec son propre site Internet : l'agence Europe Education Formation (2e2f), le Cédéfop, la plate-forme Penelope... J'ai découvert la (longue) liste des propositions de visites d'études, qui change tous les ans. Ces visites s'adressent plutôt à des « spécialistes et décideurs » au sein du monde de l'éducation, mais des professeurs de discipline peuvent être retenus s'ils motivent leur demande. Les grands thèmes sous lesquels sont regroupées les visites sont transversaux, et tournent autour de la formation continue, de la communication entre les mondes de l'entreprise et le monde de l'éducation... On trouve aussi des thèmes plus centraux au métier d'enseignant. Les visites ont lieu dans toute l'Europe, durent 3 à 5 jours, sont en anglais, en français et parfois en espagnol.

Pour postuler, on remplit un dossier de candidature (2 sessions de dépôt de candidature par année sur le site du CEDEFOP), avec lettre de motivation rédigée dans la langue de l'une des visites demandées (jusqu'à 4). Le dossier est à envoyer 5 mois minimum avant la date effective de la visite. Il y a une grille d'éligibilité à respecter ; votre dossier est ensuite évalué. Retenu, vous recevez une bourse, dont 80% est versée avant la visite. Lors de la visite d'étude, vous rencontrez des spécialistes locaux du thème traité, visitez des écoles ou des institutions, discutez et débattez avec les différents intervenants et avec vos collègues européens...  Vous disposez de temps avec le reste du groupe afin de rédiger l'obligatoire rapport de groupe – accessible en ligne pour tous après la visite. Chaque participant de retour chez lui devra rédiger un rapport individuel, et l'envoyer avec différents documents à son agence nationale (2e2f pour la France) afin de percevoir le reste de la bourse.

J'ai choisi de postuler à une seule visite d'étude,  ce qui est rare : en général, les postulants en demandent plusieurs, et ne sont retenus que pour une, ou aucune. Ma visite s'intitulait : « Media literacy - An important democratic issue for all students », un sujet au coeur de ma pratique. Cette visite se déroulait en Suède, à Göteborg, en anglais. J'ai demandé à ma principale avant d'envoyer ma candidature : elle a accepté que je sois absente du collège une semaine.

La visite d'étude fut très concluante. Nous étions un groupe de 14 européens de 11 pays différents. Chaque participant présente brièvement son système éducatif national, aspect très instructif : que de différences entre chaque pays! Chacun présente aussi son métier, apportant ce faisant sa propre perspective sur le thème de la visite. Il y avait beaucoup de managers de plate-forme numériques de travail, (les fameux ENT que la France peine à mettre en place), des principaux, directeurs et proviseurs, des enseignants de discipline (peu), des personnes issues des ministères et autres instances décisionnelles de l'éducation de leur pays...

Nous avons rencontré des professionnels locaux, visité des écoles, des organismes chargés d'encadrer les établissements désireux de se lancer dans des projets impliquant des technologies ou de mettre en place un ENT, visité l'unité dédiée à la formation des futurs enseignants aux TICE et à leur usage, assisté à des cours impliquant ces technologies... Des enseignants sont venus témoigner de leurs pratiques. Certains qui avaient renâclé devant l'usage imposé des technologies ne tarissaient plus d'éloges après trois ans d'usage intensif.

Je m'attendais à plus d'analyse pédagogique quant à l'emploi des Tice avec les élèves, et aux changements qu'il induit dans l'enseignement. Je pensais en venant en apprendre plus sur l'enseignement de l'intraduisible Media Literacy : comment travailler avec les élèves de telle sorte qu'ils deviennent des experts compétents et critiques dans leur usage des technologies environnantes – Internet, logiciels, réseaux sociaux, contenus numérisés, medias… Je pensais avoir plus de retours d'enseignants qui auraient trouvé des moyens d'enseigner de manière innovante à l'aide des possibilités offertes par toutes les technologies disponibles. Nous avons bénéficié de tels apports, mais moins que ce que je m'étais imaginé. Mais nous avons beaucoup échangé sur ces questions à l'interne, en tant que groupe. Parmi les participants, je pense avoir été celle la moins intéressée a priori par tous les aspects techniques, qui ont été beaucoup traités et m'ont vivement intéressée, à ma grande surprise. Les documentalistes, bon gré mal gré, sont amenés à s'occuper de ces questions : ENT, ressources numériques, y compris dans leurs aspects pratiques (gestion des identifiants, abonnements…). Cette visite m'a permis de voir ce que cela pouvait apporter, et m'a remotivée pour ma propre pratique : j'ai envie de jouer un rôle plus actif dans l'appropriation de l'ENT du collège par tous, enseignants, élèves et parents, et veut me mettre à jour sur des outils en ligne que je méconnais. Et je ressors encore plus convaincue de la nécessité d'accompagner nos élèves dans leurs relations à leur environnement technologique, numérique et virtuel.

Je recommande ce programme, court et intensif. Je vais garder des liens avec le reste du groupe ; d'intéressantes discussions et comparaisons de bonnes pratiques ont été initiées. Nous avons eu des organisateurs accueillants, chaleureux, disponibles et efficaces, et de l'avis de certains qui étaient déjà partis, un groupe qui s'entend si bien et des organisateurs si parfaits, ce n'est pas systématique. Il faut partir pour le savoir !"

Pourquoi participer à une Study visit ?

Laurence Tranchand-Granger et Natacha Robert, enseignantes-documentalistes aux LEGTA [1] de Bourg-en-Bresse Les Sardières (01) et Auch-Beaulieu/Lavacant (32) : Quand on est professeur-documentaliste en lycée, comment continuer à découvrir de nouvelles perspectives professionnelles et initier de nouvelles relations, tout en perfectionnant son anglais ? Première idée : s'inscrire à un stage Comenius, mais c'est difficile, car le catalogue bi-annuel ne laisse que très peu de place aux thématiques propres aux documentalistes. La solution est venue en 2009 grâce à la découverte de la formule « stage d'observation en établissement », formation européenne proposée dans le cadre « Comenius ». Il fallait tout construire de A à Z, ce qui n'est pas évident à distance. Pour ce stage, nous sommes parties à trois collègues documentalistes, en février 2010 dans le district d'Athènes pour explorer les conditions d'exercice du métier dans des lycées grecs, mais aussi à l'université d'agriculture d'Athènes ou en centre de formation des maîtres [2]

Autre dispositif, les “Study visits” ou visites d'étude européennes, quant à elles, sont proposées deux fois par an dans un catalogue publié sur le site du Cedefop [3]. Elles sont classées par grandes thématiques et s'adressent en priorité aux “décideurs” de l'Education, mais quand on a des activités plus larges comme celles qu'on peut avoir au sein du réseau national documentaire Renadoc dans l'Enseignement agricole, ou dans les CRIPT [4], on peut tenter sa chance et être retenue. Le candidat peut faire 4 voeux et doit monter un dossier prouvant sa motivation et son lien avec le thème choisi. Le niveau de langue est bien entendu important : mieux vaut pouvoir argumenter, s'exprimer, réagir et comprendre dans la langue de la visite d'étude. Il n'en reste pas moins vrai que nous nous sous-estimons la plupart du temps et qu'un bain linguistique est une grande chance et un facteur indéniable de progrès.

La même semaine d'octobre 2011, nous sommes donc parties à la rencontre de nos collègues européens. Nos deux destinations étaient la Hongrie (Budapest) et la Pologne (Opole). Nos thèmes étaient respectivement l'e-learning et l'innovation en pédagogie grâce aux TICE. Enseignant toutes deux l'info-documentation en BTS agricole, nous avions en tête le référentiel du module M22 [5] et cherchions de nouvelles recettes pour l'appliquer en cours.

Nous connaissions le programme et la liste des participants à l'avance (environ 10, venus de presque autant de pays). Mais nous n'étions peut-être pas préparées à quelque chose d'aussi intense, notamment à cause de l'anglais omniprésent et de la concentration qu'il ne fallait pas relâcher, mais quel bonheur intellectuellement parlant !

Des interventions étaient prévues pour tous les participants : c'était l'occasion d'y présenter les spécificités de notre système éducatif et de notre fonction. Deux aspects incontournables : grâce à cela nous avons pu nous rendre compte qu'il existe autant de systèmes éducatifs que de pays... et que le nôtre n'est pas forcément le plus évident, ni le meilleur ni le pire. Nous avons pu aussi voir que beaucoup d'enseignants finissent par se tourner vers d'autres missions plus éloignées du terrain. Enfin, la réalité européenne des TICE nous est apparue plus clairement : la France fait figure de “dinosaure” en la matière. Comment utiliser cette visite d'étude pour faire évoluer nos pratiques pédagogiques dans l'enseignement des TICE ?

Comment travaillent nos collègues ? Utilisent-ils réellement l'e-learning ? Pour se former ? Former les apprenants ? La plate-forme Moodle [6] est-elle un outil envisageable en lycée ?

L'ambiance était très studieuse : du matin au soir, nous échangions, partagions nos expériences, découvrions nos sites web personnels ou nos outils de travail. Le programme était dense et varié. L'organisme hôte devait justifier son contenu et avoir des preuves de notre travail. Le Cedefop, lui, attendait un rapport individuel de chacun au retour, ainsi qu'un rapport collectif, rédigé en grande partie sur place par les participants guidés par un rapporteur désigné dès le premier jour, puis complété en ligne quelques jours après notre retour.

Quel est l'intérêt pour des documentalistes de s'inscrire à une visite d'étude européenne ? Certainement pas de rencontrer des homologues ou de visiter de belles bibliothèques scolaires... Mais notre mission pédagogique et notre rôle d'expert des TICE dans nos établissements sont mis à l'honneur par les thématiques du catalogue des “study visits”.

De plus, nous avons toutes les deux réussi à faire passer un maximum d'informations sur notre métier (bien méconnu car bien rare en Europe) et sur nos réseaux Renadoc et CRIPT Documentation Rhône-Alpes. Nous avons finalement réalisé qu'avec ces visites d'études nous comprenions mieux l'Europe, son envergure et son intérêt. Ce fut très dynamisant et exaltant. Un seul regret : que ces visites ne soient pas soit plus longues ou suivies d'une deuxième session qui permettrait d'approfondir ce que nous avons compris ou découvert parfois au bout de la semaine seulement. En tirer des évolutions concrètes pour nos pratiques ou nouer plus sûrement de réels partenariats avec nos collègues européens. Quoi qu'il en soit, grâce aux discussions en grand groupe, nous avons tous compris que nous n'avions qu'un seul et même objectif, malgré nos différences : former les citoyens européens de demain avec la meilleure pédagogie qui soit, dans un monde où maîtriser l'information et les technologies est devenu un gage de réussite, voire de “survie” !

Au fait... qui a dit qu'on pouvait se passer d'éducation à l'information ?

Pour aller plus loin

Le site de l'agence nationale 2e2f, ouvert sur la page des visites d'étude :Opens external link in new window http://www.europe-education-formation.fr/transversal.php

Le programme des visites d'études 2012–2013 :
Opens external link in new windowhttp://www.cedefop.europa.eu/EN/Files/4111_fr.pdf

La fiche-action expliquant la marche à suivre pour postuler :
Opens external link in new windowhttp://penelope.2e2f.fr/fiche-action.php?fiche_action=KA101&fiche_appel=2012#1

Notes de bas de page

[1]LEGTA : lycée d’enseignement général et technologique agricole (public)

[2]voir notre article (Renadoc infos, oct. 2010, n°48) : http://issuu.com/renadoc/docs/renadoc_infos48

[3] http://studyvisits.cedefop.europa.eu/

[4]CRIPT : Complexe Régional d’Ingénierie Pédagogique et Technique

[5]voir le document d’accompagnement du module : http://www.chlorofil.fr/fileadmin/user_upload/diplomes/ref/btsa/docsaccomp/BTSA-DA-IEA_M22.pdf

[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Moodle

 

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