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Par Prisca Bridault,
[août 2012]
Mots clés : Europe, échanges internationaux en éducation
0. Introduction
1. Les programme européens d'échange et de mobilité
2. Les dispositifs français d'échanges et de mobilité
3. Des projets européens : retours d'expérience
Comenius en lycée
Création d'un court métrage
Journée de l'Europe
Comenius en collège
Les visites d'études : une autre façon de s'ouvrir à l'Europe
Le programme Jules Verne : les professeurs-documentalistes aussi !
4. Bibliographie
Le programme Comenius : témoignage d'Edouard ROUXEL, professeur-documentaliste, coordinateur du projet Comenius autour de l'éducation aux médias (avec Italie et Chypre) pour le Collège Jean ROSTAND à Armentières en 2007-2009.
Edouard Rouxel : Le projet Comenius dont j'étais responsable était axé sur l'éducation aux médias et l'éducation à la citoyenneté. Les élèves ont réfléchi sur eux-mêmes et leurs habitudes de vie, pour les communiquer par le biais de médias (blog, journal scolaire,...), construits par eux. La rédaction commune de ces productions a eu pour objectif, à travers cette confrontation, la construction d'une identité européenne partagée.
Edouard Rouxel : La langue de communication et de travail entre partenaires a été l'anglais. Cependant, nous avons su parler en italien et français avec le partenaire italien, mais exclusivement en anglais avec les chypriotes. [1]
Edouard Rouxel : La coopération a été très bonne. Tout le monde s'est impliqué équitablement. Les tâches respectives ont été respectées. Mon rôle de coordinateur en a été donc très aidé par ce fait. En septembre 2008, la personne partenaire à Chypre a changé d'établissement, mais le rôle a été repris efficacement par la nouvelle personne en place.
Edouard Rouxel : L'évaluation s'est déroulée tout au long des deux années, en s'efforçant de répondre à nos attentes. A l'issue de la 1ère année du projet, en début d'année scolaire 2008-2009, un point général a été fait entre les trois partenaires afin de définir précisément nos objectifs à tenir pour l'année.
Puis, à chaque mobilité, nous avions prévu des travaux bien précis. Lors de ces rencontres, nous en profitions toujours pour nous réunir entre professeurs, pour voir ce qui allait ou pas, et pour projeter les productions futures. L'entente était saine et constructive, toujours dans une ambiance sympathique.
Edouard Rouxel : A l'issue de notre évaluation commune, réalisée par les trois pays partenaires, nous en sommes arrivés à la conclusion que les objectifs visés avaient été obtenus avec plus ou moins de succès.
En effet, nous n'avons pas formalisé cette évaluation à partir de grilles, mais plutôt en nous attachant à corriger les travaux réalisés par les élèves. Tous les professeurs de discipline susceptibles de définir ce travail ont participé : professeurs de français, d'anglais, d'arts plastiques, de musique et d'histoire-géographie ont ainsi collaboré activement.
Nous avons pu aussi noter une réelle évolution positive des réalisations d'élèves durant ces deux années. Ce travail hebdomadaire a permis aux jeunes de fortement progresser dans l'apprentissage de l'anglais, de la maîtrise de l'outil informatique (notamment pour confectionner les productions multimédias), mais encore dans l'investissement personnel donné à ce type de projets.
Edouard Rouxel : Tout le projet a été basé autour de la thématique du « Dialogue interculturel ». En effet, nous n'avons eu de cesse de favoriser ce dialogue entre les élèves.
Au niveau de notre établissement, nous avons beaucoup travaillé sur la culture de l'Italie et de Chypre, en abordant avec la classe Comenius la musique, les traditions, la cuisine, le mode de vie, le sport,... de chaque pays. Cette découverte s'accompagnait de la présentation de notre culture française aux partenaires. Cela a permis aux jeunes français de comprendre les spécificités de chaque pays, proches ou lointaines. Nous avons aussi pu mettre en exergue une certaine culture méditerranéenne au sein de l'Europe.
Au niveau du partenariat, les voyages, surtout, ont permis aux jeunes de dialoguer entre eux. La barrière de la langue a certes pu poser des problèmes de communication au départ, mais dans l'ensemble ils ont fait l'effort de se parler. La différence d'âge n'a elle aussi pas été un obstacle à la communication. De belles amitiés sont nées aussi entre eux : par exemple deux françaises sont devenues amies avec deux italiennes, et continuent de communiquer entre elles en anglais via les messageries électroniques. Un voyage en Italie a même été réalisé l'été dernier pour une élève !
Durant les voyages, nous avons beaucoup visité les pays, découvrant ainsi une culture spécifique à chaque partenaire. Ces échanges ont été véritablement enrichissants, tant pour les élèves que pour les professeurs.
La thématique « Promouvoir l'apprentissage précoce des langues étrangères, favoriser la diversité linguistique et l'enseignement d'une matière intégrée à une langue étrangère » faisait également partie des thématiques choisies lors de notre candidature. A ce titre, durant les 2 ans du projet, la classe concernée par le projet disposait d'1 heure de plus dans la semaine pour réaliser des productions en anglais. Ainsi, les élèves ont pu développer et mettre en application leur apprentissage linguistique au profit du projet.
De plus, les différents partenaires ont pu échanger dans leur langue maternelle (grec, français et italien), au fil des voyages et ont constitué de petits dictionnaires en commun. La diversité linguistique fut forte, surtout avec la découverte de l'alphabet cyrillique à Chypre.
Enfin, certaines passerelles ont été créées entre différentes matières au sein de l'équipe pédagogique du collège. En effet, les professeurs de discipline (anglais, français, éducation musicale, éducation artistique et histoire-géographie) ont occasionnellement ou périodiquement travaillé ensemble avec la classe concernée par le projet.
Enfin, la troisième thématique visait à « S'assurer que les filles/femmes et garçons/hommes participent de façon égale au partenariat » L'égalité des sexes a été respectée tout au long du projet, tant au niveau des élèves que des enseignants. La classe Comenius était composée de 27 élèves : 12 garçons et 15 filles. Nous étions 3 professeurs impliqués directement dans le projet : 1 homme et 2 femmes. Au niveau de nos partenaires, cette égalité fut aussi respectée par Chypre, moins par l'Italie, puisque la classe concernée était principalement composée de filles (l'établissement était un lycée professionnel spécialisée en secrétariat et en paramédical.).
Edouard Rouxel : Concernant mon rôle, j'étais donc le coordinateur de tout le projet. Avec une certaine appréhension au départ, je me suis vite rendu compte que cette tâche n'était ni chronophage ni trop « administrative ». Je devais m'assurer que l'on communique le plus souvent possible avec les partenaires étrangers, qu'on garde un contact permanent. Ce rôle de coordination fut facilité car tout le monde était impliqué de façon égale. Au niveau de mon établissement, mon rôle était le même, en plus de réfléchir en partenariat à des idées de séances (1 heure par semaine) avec la classe concernée.
Ma position de professeur-documentaliste fut un atout évident. Mon temps de présence dans l'établissement (30 heures) permettait à mes collègues de me voir souvent pour discuter du projet, jouant ainsi un rôle centralisateur. Notre bonne connaissance des outils informatiques, pour les transmettre aux élèves et pour communiquer avec les partenaires, était aussi une qualité essentielle à la bonne marche du projet au quotidien.
Edouard Rouxel : L'impact sur les élèves est grand, au niveau des compétences d'apprentissage : linguistiques (anglais), en TICE (réalisation de vidéos, du blog, de documents numériques,...),...
Lors des voyages, ils ont aussi pu améliorer leurs compétences relationnelles tout en développant une découverte des pays partenaires et de leurs cultures.
Les trois professeurs qui ont suivi le projet tout au long des deux années ont pu améliorer leur anglais écrit et oral, développer aussi des nouvelles compétences en TICE pour apprivoiser des logiciels tels que Open Office ou Windows Movie Maker. De ce fait les compétences pédagogiques ont pu être étoffées.
Concernant la gestion au quotidien du projet, la répartition des tâches entre les trois professeurs concernés s'est très bien déroulée, ce qui a permis une gestion optimale, tant dans l'organisation des voyages que dans la gestion financière du projet.
Lles voyages nous ont permis à tous les trois de découvrir le pays de Chypre, magnifique île méditerranéenne, mais aussi de mieux appréhender la culture italienne grâce à l'organisation sur place.
Nous avons travaillé sur deux ans avec la même classe (niveau 5ème puis 4ème). Les trois professeurs ont travaillé avec elle deux heures par semaine la première année, puis une heure la deuxième. Cela a permis de mettre en place une organisation interne afin de dégager des horaires de travail fixes pour le projet Comenius.
La langue de communication étant l'anglais, il n'y a pas eu de modification de la politique de l'enseignement des langues.
Par ailleurs, le projet a eu pour effet de créer une certaine émulation très positive entre collègues, tous les trois très impliqués dans la réussite collective.
Finalement, nous n'avons pas beaucoup sollicité l'aide de la communauté locale. En effet, nous n'avons pas eu de problèmes budgétaires ni logistiques. Nous l'avons tout de même tenu au courant du déroulement du projet par le biais de la presse et de nos productions. Seuls les parents ont été mis à contribution, notamment lors des voyages afin de faciliter la logistique.
Edouard Rouxel : Au niveau de l'établissement, j'avais une relation privilégiée avec le gestionnaire pour toutes les questions de budget, et avec le Principal pour le tenir informé de l'avancement du projet au fil du temps. Au niveau de la communauté locale, nous avons fait l'objet d'articles de presse dans le quotidien local (La Voix du Nord) afin de faire découvrir notre projet, notamment au moment des voyages. De plus, grâce à notre blog (http://comenius2007-2009.over-blog.com/) et au site Internet du collège, nous avons pu régulièrement informer les gens intéressés de l'avancement du projet.
Edouard Rouxel : Le blog du projet (http://comenius2007-2009.over-blog.com/) est à mon avis un exemple de diffusion d'informations sur un projet Comenius intéressant à connaître. Ainsi, d'autres établissements pourraient y trouver des idées et des améliorations pour leurs propres projets.
Certaines de nos productions y sont montrées. Par contre, les vidéos réalisées et les grandes affiches réalisées dans le cadre d'expositions n'y sont pas. Mais il donne un aperçu et peut servir d'exemple de mise en ligne d'un travail de partenariat.
Edouard Rouxel : Nous n'avons pas rencontré de problèmes majeurs durant le partenariat. Le seul véritable souci s'est produit au début de l'aventure, où nous n'avons su qu'en Janvier 2008 que le Portugal et la Roumanie ne participeraient pas au projet. Cela nous a donc empêché de commencer le projet dès Septembre 2007. Mais à part cela, le projet s'est parfaitement déroulé, tant au niveau de la communication que du budget.
Les informations nécessaires à son bon déroulement avaient été données lors d'une journée à Paris, en octobre 2007, au lycée Louis Legrand. Cette réunion est à notre avis essentielle pour dissiper tout le flou qui peut entourer un tel projet au début, surtout au niveau financier (16 000 euros de budget à gérer tout de même).
Edouard Rouxel : Ce type de projet, sur 2 ans, permet indéniablement d'apprendre à mener un projet avec engagement financier. Il s'agit d'une expérience intéressante, quand il faut connaître les différents rouages et les obligations quant à l'organisation de voyages à l'étranger, le droit à l'image, la mise en place d'activités sur 2 jours lors des réceptions des partenaires en France,...
Cela m'a permis aussi de développer des habitudes de travail avec mes collègues de discipline que je continue à avoir aujourd'hui (et on sait que le travail en interdisciplinarité n'est pas toujours facile à mettre en place...). Cela donne une certaine dynamique autour du C.D.I., qui n'est pas négligeable.
Enfin, Comenius m'a permis de me perfectionner dans l'usage des TICEs : création d'un journal scolaire, montages vidéos, diaporamas,... Toutes ces connaissances me sont aujourd'hui toujours utiles pour les nouveaux projets menés.
Edouard Rouxel : Je dirai qu'il s'agit de projets - évidemment - très intéressants et enrichissants à mener. L'ouverture culturelle, les échanges multiples et divers, les relations différentes avec les collègues professeurs et les élèves, sont autant d'intérêts aux actions européennes. Il ne faut pas avoir peur de se lancer, c'est au final assez simple, et comme je le disais, le côté administratif n'est pas du tout pesant. Tout a été simplifié pour ne penser au final qu'au côté pédagogique en lui-même. Et puis pouvoir voyager dans des pays comme Chypre et l'Italie, où on vous fait découvrir le quotidien des gens, la cuisine, la musique, en enlevant le côté touristique basique habituel, c'est très agréable... Lancez-vous !

[1] La langue de travail est celle qui a servi pour les échanges et les productions de tous les partenaires, les langues de communications sont celles qui ont été utilisées occasionnellement par une partie des acteurs du projet.