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Mettre en place la politique documentaire du lycée

par Christine Morin,
[octobre 2002]

Mots clés : politique documentaire

Sommaire

Entretien avec Jean-Paul Nomade, proviseur du Lycée polyvalent Jérémie De La Rue Charlieu (Loire)

Monsieur Nomade, vous êtes proviseur du lycée polyvalent Jérémie De La Rue à Charlieu et depuis quelques années vous avez conduit la restructuration de cet établissement et réfléchi avec la documentaliste et l'équipe enseignante à la mise en place de la politique documentaire de votre établissement. Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par politique documentaire ?

Monsieur Nomade : La politique documentaire est un des aspects de la politique de l'établissement, au même titre qu'il y a une politique de prévention, d'éducation à la citoyenneté, ou une politique d'orientation par rapport aux élèves. C'est un axe de sa politique générale, plus important que les autres parce qu'il est transversal.
Souvent la politique documentaire n'est pas formalisée, mais à Charlieu, elle a été formalisée grâce surtout à la documentaliste et après une réflexion collective,. Et nous sommes d'ailleurs en train de la revoir puisque, le lycée ayant changé de structure administrative, le projet d'établissement est en cours de redéfinition. Nous n'allons pas changer fondamentalement les choses, mais essayer de dépoussiérer le projet d'établissement parce qu'il a 6 ans, qu'il ne correspond plus exactement aux évolutions pédagogiques nouvelles. Il faut redéfinir la politique générale de l'établissement. Et la politique documentaire sera bien au cœur du nouveau projet.

Comment s'est-elle mise en place ? Quels en sont les principaux axes ?

Monsieur Nomade : Cela a été d'abord la politique d'aménagement des locaux puisqu'une restructuration était prévue avec la Région. L'un des principaux enjeux était de réussir la restructuration des locaux et le centre de documentation et d'information a été mis "au cœur" de cette restructuration.
Ensuite c'est tout ce qui concerne la politique d'équipement de l'établissement.
Puis, c'est toute la politique de communication de l'établissement. Le CDI rayonne sur tout, à travers les nouvelles technologies, à travers les publications qui peuvent être faites. Je prends un seul exemple : nous faisons actuellement une brochure d'établissement destinée aux parents d'élèves et à nos partenaires. Sur la première page, symboliquement, le CDI est au centre de la plaquette, avec cette idée que c'est le pôle autour duquel tourne la politique générale de l'établissement.
C'est aussi tout ce qu'on appelle l'accès aux ressources, l'utilisation qu'en font les professeurs, la gestion du temps et de l'accès des élèves au CDI. Voilà 4 grands axes.
Il y a la politique de partenariat dans laquelle le CDI est impliqué. A Charlieu, nous sommes excentrés et nous essayons de développer au maximum les relations extérieures pour avoir autour de nous des ressources.
Enfin, il y a la politique de formation des élèves, ainsi que celle des enseignants. Cela fait six axes.

Trois concepts définissent l'établissement :

    Un lycée de proximité ouvert aux nouvelles technologies de communication et d'information.
    Un lycée polyvalent, centre de ressources pour son territoire
    Un lycée innovant avec une politique documentaire justement.

Tout cela est formalisé par écrit, et tous les ans, en fin d'année, un rapport est fait principalement par Véronique Wozniak la documentaliste, sur la gestion de la politique documentaire de l'établissement.

Il y a donc une réflexion qui dépasse largement le cadre du seul projet CDI. Vous faites bien une différence entre politique documentaire et projet CDI ?

Monsieur Nomade : A mes yeux, effectivement, le projet CDI n'est pas la politique documentaire.
La politique documentaire s'inscrit dans la stratégie globale, la volonté politique de l'établissement.
Le projet CDI est plus axé sur le développement, pour une période donnée, des ressources, des équipements, des locaux, etc.… Je dirais que c'est un projet plus technique mais qui doit s'inspirer absolument de la philosophie de la politique documentaire.
En terme de temps, la politique documentaire est une vision à long terme, disons cinq ans. Un projet CDI a plutôt une durée de deux ou trois ans ; il doit pouvoir s'adapter aux évolutions, peut-être pas de façon permanente, mais dans un délai court et être réajusté par le documentaliste et les professeurs.

La mise en œuvre de cette politique permet d'élargir le rayon d'action du documentaliste et de créer des cadres de réflexion entre l'équipe pédagogique et l'équipe de direction. Cela suppose des temps de concertation. Et ces temps de concertation, comment sont-ils négociés ? Comment et à quel moment les gens se rencontrent-ils ?

Monsieur Nomade : C'est presque naturel et pratiquement rentré dans les mœurs à Charlieu. Au départ, cela tient beaucoup aux personnes qui instillent des méthodes : on fait une première réunion ; certains ne viennent pas parce que, pour eux, c'est assez abstrait et puis finalement ils se rendent compte que ceux qui ont adhéré ont un retour, des bénéfices. Ils constatent que cela marche et puis cela s'installe.
Actuellement, la préparation du budget a commencé avec l'agent comptable et parallèlement Véronique Wozniak définit avec les professeurs les besoins et les priorités. En effet, quand on fait de la comptabilité analytique, on s'aperçoit que les moyens sont souvent mal gérés. On observe que parfois les crédits d'enseignement sont dépensés au dernier moment, lors de la date butoir. Et en même temps, chaque discipline ayant des moyens limités,  les enseignants ne peuvent faire d'investissements. Il n'y a qu'une solution, c'est la mutualisation qui peut être organisée et gérée par le CDI. L'acquisition d'un rétroprojecteur ou d'un téléviseur se négocie car chaque professeur ne peut avoir son appareil. La situation est la même pour l'acquisition des ouvrages et des ressources documentaires et pour tous les moyens finalement. En terme institutionnel je tiens à ce que les disciplines aient véritablement un coordonnateur. Il y a donc des réunions de concertation et de réflexion avec les coordonnateurs. Je suis au courant parce qu'il y a un planning des réunions. Et c'est la documentaliste qui fédère, c'est elle qui a la liberté entière d'organisation avec les professeurs. Cela se fait souvent à 17 h voire après 18h. A Charlieu, et je pense que c'est un peu partout ainsi, l'équipe d'enseignants ne rechigne pas aux réunions de travail à partir du moment où elles sont bien cadrées, qu'elles ont un objectif clair et qu'on en sort avec des résultats qui se traduisent effectivement dans la réalité. Si ce sont des réunions où l'on "brasse du vent", les gens se désespèrent, mais quand c'est bien mené, que l'on sait où l'on va, les gens viennent. Ce sont en général des réunions qui durent une heure, pas plus.

Et cette année, sur quelle discipline porte la priorité des acquisitions documentaires ?

Monsieur Nomade : Alors là vous me posez une colle. Je ne sais pas. Et dans ma vision stratégique de chef d'établissement, ce n'est pas la priorité. A partir du moment où ont été mis en place des outils, des méthodes de travail, je dirais que c'est de la responsabilité de chacun. Mon rôle est de trouver des budgets, d'être facilitateur de méthodes, de projets, d'actions. Et puis sincèrement je dirige un lycée polyvalent de 450 élèves, mais en même temps j'ai la responsabilité d'un collège de 750 élèves, j'ai deux bureaux, je ne peux pas aller jusque là. Par contre j'apprécie que la documentaliste, entre autres, car cela se fait aussi dans le secteur social, rédige des documents écrits J'ai souvent un rapport intermédiaire en milieu d'année, et un rapport en fin d'année. Mais sincèrement je ne fouille pas dedans, c'est une question de confiance. Je sais que les gens se sont concertés, qu'ils se sont fixé des priorités, qu'ils se sont donnés des objectifs et ont fixé un calendrier. C'est programmé

Conduire une politique d'acquisition, travailler en partenariat avec les enseignants conduire toutes les activités documentaires, c'est lourd pour une documentaliste dans un établissement, même si elle a des aides. Y a-t-il une programmation des activités de formation des élèves à la maîtrise de l'information ? Cette programmation a-t-elle des conséquences dans la conception de l'emploi du temps des élèves ?

Monsieur Nomade : Il y a une programmation. On a une amplitude de temps qui ne nous pose pas de problème, parce que le temps de présence des élèves est très large. 85 à 90 % de nos élèves arrivent par les transports scolaires. Ils arrivent à 8 h et sortent à 18 h, sauf le samedi. Et on est une petite structure. Par contre là où cela pose problème, c'est au niveau de la personne qui s'occupe du centre de documentation. Parce qu'avec toutes les activités qui sont proposées, le travail avec les professeurs, les TPE, l'ECJS, les PPCP et tout ce qui gravite autour du centre de documentation, je suis un peu inquiet pour la documentaliste. Pour l'instant, nous avons un emploi jeune mais je me demande comment nous allons pouvoir à terme assurer toutes ces missions.
Pour tout gérer, un poste de documentaliste me paraît insuffisant. Il faudrait décharger le documentaliste d'un certain nombre de tâches matérielles pour qu'il puisse travailler efficacement. Parce que la concertation, la rédaction des bilans, la réflexion pour conduire des actions et des projets, cela demande un investissement en temps. Et quand on est impliqué dans les TPE, dans l'ECJS, dans les PPCP, dans les actions de prévention et de citoyenneté, dans les projets B2 i ... ce n'est pas facile. Maintenant, étant un lycée 450, nous ne pouvons pas rêver et espérer un deuxième poste !

Le documentaliste vous le voyez comme un coordonnateur de projet et comme un pédagogue ?

Monsieur Nomade : Je considère le documentaliste comme un pédagogue, comme le premier pédagogue de l'établissement, parce qu'il dépasse le cadre disciplinaire. En terme de fonctionnalité, c'est un adjoint pédagogique du chef d'établissement. Mais ça n'engage que moi ! Cela pourrait faire bondir certains documentalistes? Oui dans la réalité c'est bien un conseiller, comme le chef des travaux en lycée professionnel. L'an dernier on m'a supprimé le poste de chef des travaux ; j'ai dégagé 9 h sur ma DHG, ce qui me permet d'avoir un chef des travaux à mi-temps. C'est un professeur, il le vit très bien.

Et on ne peut pas faire la même chose pour les documentalistes ?

Monsieur Nomade : Avec la DHG, nous avons une certaine liberté pour ventiler les moyens. Mais l'enveloppe n'est pas extensible. Car à la limite j'aurais un professeur de lettres ou un autre professeur qui veut s'investir dans la politique documentaire…. d'autant qu'on s'aperçoit que certaines options nous coûtent très cher en terme de DHG pour une efficacité qui reste à prouver. Dans un gros lycée je crois qu'on pourrait dégager des moyens mais dans un lycée comme le notre, non. Pourtant, cela serait une solution.

A votre avis, les nouveaux dispositifs (TPE, PPCP, ECJS, B2i) font-ils évoluer le partenariat pédagogique, la concertation pédagogique ?

Monsieur Nomade : Totalement. Je pense que les TPE en lycée, les PPCP en lycée professionnel et l'ECJS sont une réussite avec des gens motivés et ce rôle fédérateur de la documentaliste. En collège je suis un peu plus sceptique. Mais on voit une évolution et les enseignants travaillent beaucoup plus en interdisciplinarité qu'ils ne le faisaient auparavant, bien que je ne sois pas persuadé que cela soit encore vraiment entré dans les mœurs. On est encore bien "discipliné". Un de nos axes du projet d'établissement au collège c'est que le français devienne la discipline transversale à toutes les disciplines.

Comment se passe l'accès à l'internet pour les élèves, l'accès aux ressources documentaires qu'on trouve sur internet ?

Monsieur Nomade : Je sais qu'il y a une charte d'utilisation qui fixe les règles et qui est appliqué partout dans l'établissement.

Pour faciliter la mise en œuvre des politiques documentaires, qu'attendez-vous du niveau académique ?

Monsieur Nomade : Je pense qu'il faut au niveau académique, qu'on affirme la volonté politique de mettre en œuvre des politiques documentaires dans les établissements. C'est l'un des moteurs de l'innovation et le réaffirmer au niveau académique c'est une chose essentielle pour faire bouger les choses et peut être pour faire sauter un certain nombre de verrous, qui font qu'on a parfois tendance à dire que la documentation est uniquement l'affaire d'un spécialiste, le documentaliste..

En ce qui concerne la politique documentaire de votre établissement quel est l'objectif que vous souhaitez atteindre dans l'année ? ou dans les deux années qui viennent ?

Monsieur Nomade : S'il y avait un mot à donner en terme d'objectif je dirai conforter. Si cela marchait mal je dirais améliorer et si cela n'existait pas je dirais créer. Je dirais conforter la politique documentaire avec d'autres projets. A Charlieu, le lycée est un établissement de proximité. Que le CDI soit ouvert sur l'extérieur, c'est un projet qui me tient à cœur, c'est dommage que cette ressource ne serve pas pour l'école primaire par exemple.
Et puis, on est en train de travailler avec la communauté de pays, qui nous sollicite pour créer dans le lycée un espace public numérique accessible à tous les publics. J'y suis très favorable, d'abord parce que c'est une ouverture sur l'extérieur et puis cela permet de mutualiser les moyens (ADSL, valises pédagogiques..).
Dans l'avenir, nous sommes "condamnés" à progresser, en terme de qualité, en terme de mutualisation des moyens et en terme d'ouverture.

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