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par Stéphane Moronval,
Documentaliste au collège Jean-Moulin (Moreuil 80)
[janvier 2007]
Mots clés : politique documentaire

Sommaire du dossier
Etat des lieux
Document préparatoire
Réalisation d'un diagnostic
Synthèse du projet
Progression indicative
Projet CDI
La rentrée 2004 voit un renouvellement important du personnel du Collège, avec l’arrivée d’une nouvelle équipe de direction, d’une nouvelle CPE et d’un nouveau documentaliste.
Dès septembre-octobre 2004, un nouveau projet CDI était défini. Ses objectifs étaient :
L’exécution de tous ces objectifs a été mise en œuvre avec la plus grande ouverture possible vis-à-vis de l’ensemble de la communauté éducative (au niveau communication et coopération), les choses restant toutefois très informelles, et progressives. Ainsi, la participation du documentaliste aux heures d’ATP et de lecture en 6ème a été réorientée dans ce sens. Par ailleurs, un certain nombre d’activités relevant du champ documentaire avait lieu dans l’établissement, en dehors de toute intervention du documentaliste : le collège est en effet richement doté en matériel informatique, bénéficie d’un réseau performant et de l’accès à certaines ressources en ligne, par le biais d’abonnements, entretient un site… toutes activités dans lesquelles s’investissaient plus ou moins certains collègues.
Il importait donc d’essayer d’apporter un peu plus de « punch » et de cohérence à l’ensemble.
C’est dans ce contexte que l’idée du développement d’une politique documentaire menée collectivement à l’échelle de l’établissement a fait son chemin. Les incitations réglementaires, les débats dans la profession, et surtout les interventions lors du colloque du 17/11/05 sur ce thème (au CRDP d’Amiens) ont été déterminants en ce sens. A la fin 2005, et après consultation du Principal du collège, le documentaliste a donc décidé d’intégrer les projets concernant le CDI dans l’objectif plus large du développement d’une politique documentaire d’établissement, officielle, reconnue par tous et si possible investie par le plus grand nombre.
La notion de « politique documentaire », si elle était globalement comprise, restait néanmoins à définir dans le détail, au niveau de ses constituants et de ses modalités d’application. Cela a été l’objet d’un premier travail de la part du documentaliste. En est issu le document évoqué ci-dessous.
La politique documentaire étant par définition le fruit d’un travail collectif, restait à définir l’instance qui pourrait être amenée à en débattre et à l’animer, entre les officialisations régulières en Conseil d’Administration. De la concertation entre le chef d’établissement et le documentaliste a très vite découlé que cette instance devait avoir un caractère officiel et semi-permanent, des incitations de la part du documentaliste seul (même «couvert») risquant en effet de se heurter à des limites, classiques, en terme d’audience, et de conduire par ailleurs à une personnalisation et à une confiscation de la politique documentaire par le tandem CDI-documentaliste qui auraient été totalement inappropriées.
Dans cette optique est très vite ressorti l’intérêt du Conseil Pédagogique du Collège. Celui-ci, composé de l’équipe de direction et d’un membre d’à peu près toutes les disciplines, avait été constitué en septembre 2005. Une gestion satisfaisante de l’épineuse question du protocole de remplacement lui avait donné une certaine légitimité aux yeux des personnels, d’abord plutôt méfiants.
Après discussion préalable avec le Principal du Collège, et avec son accord, la mise en place d’une politique documentaire propre à l’établissement a donc été un des thèmes abordés lors du Conseil Pédagogique du 12 janvier suivant. Le documentaliste a apporté les précisions nécessaires concernant la nature de cette politique et proposé des modalités de mise en œuvre (voir Document préparatoire à la mise en place d'une politique, qui a été remis aux participants).
L’accueil des collègues a été globalement positif. Après discussion, les étapes suivantes ont été définies :
Le programme étant fixé, il ne restait plus qu’à s’atteler à la tâche.
Il était évident qu’il restait, à cette heure, un travail de réflexion plus fine à mener, visant à préciser, à structurer et/ou à formaliser les différents points de la politique déjà en place ou simplement esquissés. La réactualisation du projet d’établissement, à la mi-juin, fut l'échéance que nous décidâmes de nous donner. Une officialisation du projet de politique documentaire du collège dans celui-ci s'imposait en effet rapidement, tant que le sujet était «chaud», et pour permettre une mise en application rapide. La contrepartie était la brièveté de l'échéance, qui amena très vite à deux constatations complémentaires :
C'est dans ces conditions que le document destiné à être soumis au CA a été élaboré entre la fin mai et la mi-juin (cf Progression indicative des différentes compétences documentaires, organiser la gestion collective des ressources, Faire acquérir aux élèves des compétences documentaires). Dans la droite ligne de ce qui avait été fait jusqu'ici, il s'organise autour de deux grands thèmes :
Un premier progrès a néanmoins été enregistré suite à la réunion du 13 mai, dans le cadre de la commission « aide et soutien » : l’abandon de la participation du documentaliste à l’ATP, ce qui va libérer 5h/semaine l’année prochaine ; l'intervention du documentaliste auprès des 6ème devrait se limiter à une heure/sem./classe, auprès de demi-groupes, l’autre partie de la classe restant avec le professeur de Français (nouvelle organisation de l’heure anciennement de « Lecture »). Je décidai donc de consacrer cette heure à une première initiation aux savoirs et savoirs-faire documentaires de base, en essayant au maximum de mettre cet apprentissage en liaison avec les apprentissages documentaires.
Pour les 5è-4è-3è, une solution est vite apparue comme la plus viable pour l'instant, car la plus simple et la plus immédiatement « inclusive » dans les enseignements disciplinaires : mener, par classe, un projet de recherche de bout en bout, ce qui permet d'aborder toutes les étapes de la démarche, en mettant l'accent sur certaines (un projet étant bien sûr un minimum, et pas une limite). D'année en année, l'objectif est d'affiner et d'approfondir les compétences mises en oeuvre.
Toutes ces propositions ont fait l'objet des documents de synthèse. Présentées aux collègues présents lors du conseil pédagogique du 19 juin, elles ont rencontré leur approbation, ou tout au moins n'ont pas suscité d'opposition.
Le Conseil d'Administration de l'établissement s'est réuni le 27 juin suivant. Il était essentiellement consacré à l'examen du projet d'établissement 2006-2009, qui a été présenté par M. le Principal. Etant représentant élu du personnel, le documentaliste a apporté les précisions nécessaires concernant la notion de politique documentaire et le projet de l'établissement ; le volet pédagogique de celui-ci a suscité quelques questions des parents. Le projet d'établissement a finalement été voté à l'unanimité des présents.
Le texte étant voté, il reste maintenant :
La présentation du projet de politique documentaire du collège doit faire l'objet d'une intervention du documentaliste lors de la réunion-bilan de fin d'année qui réunira l'ensemble du personnel le lundi 3 juillet après-midi. Il va également s'efforcer d'intervenir dans les conseils d'enseignement pour rappeler ce qui est attendu des collègues.
Ce qui devrait être le cas à partir de la rentrée 2006... Concernant le volet pédagogique, le documentaliste a opté pour une mise en place progressive, dans un souci de cohérence pédagogique, et aussi pour avoir le temps de « tâter le terrain »...
Concernant le volet « gestion », contrariété qu'il n'y ait guère de prise en compte du site internet du collège, de l'imprécision dans la définition des acteurs, peu de critères d'évaluation... ; concernant le volet pédagogique, l'expérience montrera si le modèle proposé est intéressant ; et là aussi, des modalités d'évaluation devront être définies rapidement...
Même si nous n'en sommes donc qu'au début de la mise en application d'une politique documentaire formalisée, de premières conclusions peuvent être tirées des conditions de sa définition.
Il est clair, du point de vue du documentaliste, que celle-ci peut être un facteur de progrès dans l'accomplissement de ses missions, parce qu'elle intègre le potentiel du CDI dans une approche plus globale, à l'échelle de l'établissement ; elle peut permettre de « désectoriser » l'action du documentaliste : la mutualisation des ressources et la réflexion collective sur les conditions de leur exploitation peut permettre une meilleure utilisation de celles du CDI ; la mise en place d'un apprentissage documentaire gradué donne à celui-ci une cohérence que nos conditions d'exercice rendaient jusqu'ici assez illusoire. D'un point de vue plus général, être le maître d'oeuvre d'un tel projet (comme les textes nous y incitent, et comme cela a été le cas au collège) ne peut que renforcer la position du documentaliste dans l'établissement, et peut être une pierre en plus apportée au renforcement d'une image professionnelle pas forcément encore bien claire (eh oui !) aux yeux de certains collègues...
Cependant, ces évolutions peuvent par elles-mêmes avoir un effet pervers, si on n'y prend garde. En effet, la mise en place d’une réelle (c’est à dire officielle et collective) politique documentaire d’établissement, si elle fait l’objet d’incitations réglementaires fortes, ne peut pas être ressentie comme une obligation incontournable par toutes les composantes de la communauté éducative. Pas encore, en tout cas : pour l’instant, à notre connaissance, rien n’oblige vraiment les équipes disciplinaires à s’y intéresser, et à s’y impliquer : quelques recommandations plus ou moins appuyées au hasard des inspections peut-être, mais pas de circulaire des IPR des disciplines d’enseignement, pas de texte réglementaire du Ministère... Et, si la majorité des collègues ont indéniablement le sens du collectif, certains peuvent difficilement percevoir l’intérêt de s’investir dans une action consommatrice de temps, alors qu’elle ne semble justifiée par aucune urgence (comme pourrait l’être un problème de vie scolaire par exemple), et que ses effets peuvent apparaître comme initialement limités. En pratique, sa mise en place repose donc sur l’investissement du documentaliste, qui est supposé être le plus sensibilisé à la chose, et sur le bon vouloir du chef d’établissement, sans lequel rien n’est possible.
Pas forcément perçue comme indispensable, la politique documentaire n'intéresse pas forcément ; sa nature reste mystérieuse aux yeux de certains collègues, et son caractère collectif, fort limité. Le corollaire de cela est que le documentaliste a tendance à en être l'unique promoteur (avec la somme de travail que cela représente). Etre élevé au rang d'expert en documentation à l'échelle de l'établissement, pourquoi pas ? Le problème est que cette charge de travail vient s'ajouter à toutes celles déjà engendrées par la gestion du CDI (pour lequel un projet continue d'exister, même s'il se conforme aux orientations du projet de politique documentaire ; (cf Projet CDI) comme pôle de ressources et lieu pédagogique ; et peut s'exercer (expérimenté cette année) à leurs dépens...
Nous n'en sommes, il est vrai, qu'au début de l'action, et les choses peuvent évoluer. Mais à ce stade, deux points me semblent donc demander amélioration :