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par Jean-Pierre VERAN,
IA-IPR EVS de l’Académie de Montpellier
[19 mai 2006]
Mots clés : politique documentaire
Conférence prononcée à Lyon le 19 mai 2006 lors de la journée académique des documentalistes de l'académie de Lyon. Cette journée avait pour thème "la politique documentaire d'établissement scolaire : une utopie ?"
Bonjour chers collègues, je suis ravi d’être parmi vous pour cette matinée de travail et j’espère par ma contribution apporter un élément d’expérience qui peut servir d’outil de réflexion. Il se trouve que votre académie est engagée dans la mise en œuvre d’une politique documentaire académique et que l’académie de Montpellier s’est mise dans cette situation en 2003, d’où l’intérêt de faire le point, 3 ans après, dans l’académie de Montpellier, sur ce qu’il en est de la dimension utopique ou de la dimension pragmatique, réaliste de la mise en œuvre de politique documentaire d’établissement dans un cadre académique.
Je vais vous présenter, non pas le plan de classement, mais le sommaire de cette intervention avec une présentation du cadre académique et de son contexte, de la relation entre politique académique et politique d’établissement et ensuite plusieurs éléments consacrés à la définition, dans l’attente d’une très prochaine circulaire de mission, de l’enseignant documentaliste, de ses missions, de ses fonctions dans l’établissement. Je vous présenterai ensuite le dispositif académique d’appui et j’évoquerai le partenariat avec les collectivités et le bilan d’étape 3 ans après.
Les acteurs académiques, vous les connaissez : le recteur d’académie, entouré des inspecteurs d’académie, directeurs des services départementaux de l’éducation. J’insiste beaucoup là-dessus parce que, vous le verrez, c’est dans le fil conducteur de mon propos : il ne peut y avoir de politique documentaire d’établissement que s’il y a un engagement extrêmement fort des personnels de direction et notamment des chefs d’établissement et, par conséquent, il importe que ceux qui sont des acteurs de la mobilisation des chefs d’établissements, donc le recteur et les inspecteurs d’académie, directeurs des services départementaux de l’éducation nationale, soient très fortement impliqués dans une politique documentaire académique. On verra comment au cours de cet exposé.
Evidemment les inspecteurs d’académie établissements et vie scolaire, dont un, dans l’académie de Montpellier -moi-même, en charge de la documentation et les inspecteurs d’académie chargés des disciplines. C’est très important aussi, on verra comment, dans l’académie de Montpellier, nous essayons d’associer très étroitement les inspecteurs d’académie, inspecteurs pédagogiques régionaux de disciplines à la promotion auprès des documentalistes, comme auprès des enseignants de disciplines, d’une politique documentaire d’établissement. Le réseau professionnel des documentalistes, je pense qu’il est équivalent dans l’académie de Lyon à ce qu’il est dans l’académie de Montpellier, avec l’importance notamment de ce que nous appelons les correspondants documentalistes, correspondants de bassins qui animent la vie des bassins, on y reviendra dans le cours de l’exposé. Les établissements et les réseaux d’appui: l’IUFM, le réseau CRDP, le CLEMI, la mission académique TICE et l’Université. Je pense qu’il est très important, pour fonder l’importance et donner de la richesse à notre réflexion sur la politique documentaire d’y associer les universités, les départements de science de l’information et de la communication, de science de l’éducation, le SUFCO (Service universitaire de formation continue) avec des dispositifs possibles de formations professionnelles ouvertes et à distance sur les questions documentaires.
Le cadre académique global est défini par le projet académique : l’académie de Montpellier s’est dotée d’un projet académique, le 1er septembre 2005, pour les trois années à venir. Je signale, dans la politique académique, ce qui est en référence avec la politique documentaire d’établissement et la mission des professeurs documentalistes dans chacun des établissements.
Ce projet académique définit des priorités et notamment les suivantes : développer l’usage des centres de documentation et d’information, généraliser la préparation du brevet informatique et internet, introduire un volet orientation dans chaque projet, organiser des lieux d’études et de travail hors temps scolaire, promouvoir le travail autonome. Il va de soi que ces éléments là ont fait l’objet dès la rentrée d’une circulaire de l’inspection pédagogique régionale à l’intention des chefs d’établissements et à l’intention des documentalistes pour attirer l’attention des professeurs documentalistes sur la manière dont ils pouvaient s’appuyer sur le projet académique pour construire leur proposition de politique documentaire d’établissement. Evidemment, dernier axe du projet important : éduquer le futur citoyen en terme de valeurs, en terme de prévention. Je me permets d’actualiser mon propos par le contenu de ce que sont les compétences, capacités et connaissances définies par le socle commun de connaissances qui doit être atteint par chaque élève avant sa sortie de notre institution scolaire. J’attire votre attention sur les domaines 6 et 7, il y a 7 champs définis par le Haut conseil. Sur ces 7 champs, il y en a 5 qui relèvent grosso modo de champs couverts par les enseignements disciplinaires et puis il y a 2 champs, les deux derniers, les 6e et 7e, qui relèvent de l’intervention très forte de ce que j’appellerai l’ensemble des personnels qui ressortent de l’inspection pédagogique régionale établissements et vie scolaire. C’est-à-dire d’une part les documentalistes et d’autre part les personnels de vie scolaire, compétences qu’il faut que nos élèves aient atteintes et pour lesquelles les documentalistes sont donc des acteurs de premier plan.
Le cadre académique spécifique pour la politique documentaire d’établissement c’est la politique documentaire académique qui a été définie en 2003, qui a donné lieu à une publication et évidemment une mise en ligne. Cette politique a été élaborée selon des procédures qui, là aussi, d’une académie à l’autre ont des ressemblances. Une procédure qui regroupe sous le pilotage de l’I.A. établissements et vie scolaire en charge de la documentation, un comité de pilotage académique avec des acteurs que vous identifiez facilement. Cette proposition politique à été validée par le recteur puis présentée par lui avec un numéro spécial de la revue académique, la mise en ligne, et des réunions de chefs d’établissements au cours desquelles un point de l’ordre du jour était consacré à la présentation de la politique documentaire académique.
Le point de départ qui a justifié, en 2003, la mise en place de cette politique documentaire est l’analyse d’un contexte considéré comme nouveau, marqué, par l’utilisation croissante des technologies de l’information et en même temps par un contexte où la difficulté scolaire est un obstacle à la réussite des élèves. Donc nécessité politique d’accompagner l’autonomie des élèves et on retrouve là, en 2003, une préfiguration de la compétence 6 du socle commun, l’accès à l’autonomie, ce qui renvoie au projet académique 2005-2008 qui lui aussi insiste sur la nécessité de renforcer l’autonomie des élèves ; et vous êtes bien placés pour savoir qu’il ne peut y avoir de CDI performants sans accession des élèves à l’autonomie. Les nouveaux dispositifs pédagogiques impliquent de s’appuyer sur une recherche documentaire. La recherche documentaire a été pendant longtemps dans notre cursus scolaire, quelque chose qui pouvait être optionnel, facultatif. D’excellents élèves pouvaient réussir excellemment toutes leurs études sans jamais faire, en tout cas dans le second degré, une recherche documentaire particulière.
Favoriser la construction autonome des savoirs : on revient avec insistance sur cette question de l’autonomie. La politique académique est maintenant à décliner dans l’établissement. En insistant sur la responsabilité du chef d’établissement en concertation avec les enseignants de disciplines et les acteurs de l’établissement,-quand on dit les acteurs de l’établissement, c’est tous les acteurs, tous les membres de la communauté éducative, bien entendu les personnels qui ne sont pas enseignants, qu’il s’agisse des personnels de vie scolaire, des personnes sociaux, de santé, des personnels techniques, mais aussi les acteurs de l’établissement que sont les élèves ; il n’y a pas d’établissement sans élèves et leurs parents.
En cohérence avec le projet d’établissement et le contrat d’objectif. Au début des années 90 de la fin du siècle dernier, on a commencé à voir apparaître dans les projets d’établissements des annexes « projets CDI », c’était déjà une affirmation de l’existence d’une fonction documentaire dans l’établissement, mais parfois ces projets CDI étaient plaqués sur un projet d’établissement et le projet CDI pouvait avoir été construit sans que soit pris en compte ni les priorités, ni les objectifs affichés dans le projet d’établissement. Maintenant les établissements ont d’une part leur projet, d’autre part dans ce projet il y a un certain nombre de priorités qui font l’objet de contrats d’objectifs, signés entre l’établissement et l’autorité académique dans le cadre de l’application de la loi d’orientation pour l’avenir de l’école de 2005. Et donc il va de soi que la politique documentaire de l’établissement doit être référée, inscrite comme un moyen d’atteindre mieux les objectifs qui ont été définis dans le contrat et dans le projet d’établissement. C’est une politique qui n’est pas confidentielle, le projet CDI n’est pas le projet du documentaliste pour le documentaliste et éventuellement pour l’inspecteur établissements et vie scolaire. C’est une politique qui est portée à la connaissance de tous, à la fois sur le plan matériel, chose qui est souvent assez méconnue par ceux qui ne pratiquent pas la fonction documentaire dans l’établissement. Le documentaliste ce n’est pas quelqu’un qui attend que le chaland se présente pour demander un renseignement. C’est quelqu’un qui a un travail très fort à faire, de gestion et à dimension pédagogique.
L’acteur clé de cette politique, c’est l’enseignant documentaliste. Donc on a cherché en 2003 à décrire la profession aujourd’hui dans l’attente de la prochaine circulaire dont je vous ai parlé tout à l’heure.
Premier élément de définition professionnelle : l’enseignant documentaliste est le responsable du service d’information et de communication interne et externe de l’établissement. Cela veut dire qu’il contribue à la diffusion de l’information. Il est chef de service du CDI par rapport aux personnels qui sont affectés au CDI. De deux choses l’une : ou bien vous considérez que le CDI ne peut fonctionner qu’avec un documentaliste, et un documentaliste qui est seul la plupart du temps dans les établissements et auquel cas il est bien évident qu’il faut renoncer tout de suite à parler de politique documentaire d’établissement parce qu’on ne pourra pas tout faire tout seul ; soit vous considérez que l’établissement se dote d’une politique documentaire et que, se dotant d’une politique documentaire, il se donne les moyens d’avoir cette politique documentaire. Et la politique documentaire, c’est aussi par exemple le fait de pouvoir accueillir les utilisateurs de l’établissement sur une amplitude horaire qui peut être différente de l’amplitude du service du seul documentaliste. Et cela suppose effectivement qu’il y ait un service documentaire piloté sous la responsabilité de l’enseignant documentaliste. Donc dans ce cadre là, le documentaliste est responsable du service. Comme son collègue, conseiller principal d’éducation, est responsable du service des assistants d’éducation.
Deuxième élément : spécialiste de la gestion documentaire et du traitement de l’information et à ce titre là, il est dans l’établissement le seul, quand il est seul, à être ce spécialiste - là. Et donc il doit procéder au recensement des besoins documentaires et pratiquer ce que l’on appelle la veille informationnelle.
Autre élément : il est formateur à la maîtrise de l’information, c’est sa dimension pédagogique. Dimension pédagogique qui s’exerce bien entendu à l’égard des élèves mais qui s’exerce aussi à l’égard de ses collègues enseignants.
Je reprends ces différents points : le documentaliste responsable d’un service spécialisé d’information et de communication. Pourquoi ? Parce que dans l’équipe constituée dans l’établissement, il est le professionnel du traitement de l’information, il est notamment spécialiste des programmes d’enseignement, des ressources pédagogiques informationnelles et professionnelles. C’est lui qui exerce cette veille documentaire sur ces ressources-là qui concernent l’ensemble de la communauté éducative. Il est membre de droit des conseils d’enseignement de toutes les disciplines, il coordonne la politique d’acquisition. Et, en fonction de la politique documentaire de l’établissement, il propose une organisation des services des différents personnels du CDI, et ça c’est l’aspect "chef de service".
La politique d’information et de communication de l’établissement s’appuie sur le centre de documentation et d’information qui dans l’établissement est le lieu central pour un système d’information modernisé. Système d’information modernisé, vous voyez qu’on met en question là, une organisation cloisonnée des établissements dans lequel il y a des micro-systèmes d’information qui, dans la plupart des cas, s’ignorent les uns les autres et qui font que, dans de grandes cités scolaires, très souvent, lorsqu’on rencontre les équipes, on se rend compte qu’il se fait énormément de choses mais, que de l’une à l’autre équipe, on ne sait pas ce qui se fait et ce que fait l’autre. Donc le centre de documentation et d’information peut être cet élément fédérateur. Cet élément où l’information est mutualisée. C’est un lieu de convergence, de communication et d’ouverture sur l’extérieur par rapport à un réseau réel physique et un réseau virtuel également géré par une équipe, une équipe dont fait partie évidemment l’enseignant documentaliste.
Le CDI est un espace pédagogique original où circule l’information, un lieu central de recensement de toutes les ressources. Il ne s’agit pas d’avoir aujourd’hui l’ambition utopique et je pense, à terme, négative, de vouloir concentrer l’exclusivité de toutes les ressources disponibles dans l’établissement. Nous sommes passés entre le siècle dernier et le présent siècle d’une conception centralisatrice de l’information à une conception distributrice de l’information. Donc, la logique est la logique de l’usager, il faut que l’information soit là où elle rendra le plus facilement service à l’usager. Il va de soi que dans un lycée professionnel, certaines ressources documentaires seront plus efficaces si elles sont disponibles à proximité des ateliers que si elles sont situées dans un CDI qui est éloigné de plusieurs centaines de mètres des dix ateliers où on en a besoin. Mais encore faut-il que ces ressources soient recensées sur une base unique qui est la base effectivement gérée par le documentaliste. Donc le CDI est ce lieu central de mise à disposition de l’essentiel des ressources documentaires et un lieu aussi doté d’espaces spécifiques. Il est difficile de concevoir aujourd’hui le CDI comme une simple grande salle de lecture comme les bibliothèques de jadis. C’est un outil pédagogique, outil d’apprentissage de l’autonomie des élèves, de travaux disciplinaires, interdisciplinaires ou pluridisciplinaires qui peuvent être concomitants.
Le documentaliste acteur de la formation à la maîtrise de l’information et participant à son évaluation : le documentaliste a une priorité d’intervention pédagogique dans les dispositifs pédagogiques interdisciplinaires, les dispositifs éducatifs comme l’éducation à l’orientation, comme le B2i ; il favorise la connaissance de l’environnement culturel économique, pratique l’éducation aux médias, contribue aux dispositifs d’aide et de soutien aux élèves en difficulté et au développement des relations inter-cycles notamment entre le CM2 et la 6e, la 3e et la 2nde. Et j’ajoute qu’il peut former les enseignants. L’enseignant documentaliste est, par exemple, un acteur incontournable de la liaison entre l’école et le collège. On image difficilement qu’il puisse se construire des dispositifs d’échanges entre classe de CM2 et classe de 6e d’où le CDI serait absent et d’où le documentaliste serait absent, parce qu’il peut apporter dans ce domaine sa connaissance des ressources notamment en lecture. Mais en même temps il va de soi, qu’il ne peut pas être présent partout, tout le temps, à tous les moments de la mise en œuvre. Et il est donc souhaitable qu’il opère un transfert de connaissances et de compétences auprès de ses collègues pour qu’il y ait un véritable travail d’équipe et qu’à un certain moment ses collègues puissent conduire des actions «lecture» qui intègrent un certain nombre d’éléments essentiels aux yeux du documentaliste alors que le documentaliste, lui, fait autre chose parce qu’il ne peut pas être disponible tout le temps sur ce terrain là. Donc intérêt de la formation des enseignants.
L’enseignant documentaliste formateur à la maîtrise des langages. La définition qui avait été retenue dans la politique documentaire académique était l’image du passeur culturel. Le documentaliste comme passeur culturel par rapport aux arts, à la culture littéraire, à la culture scientifique, à la culture médiatique. Autant d’éléments pour lesquels, encore une fois, je vous renvoie avec insistance à la définition du socle commun de connaissances. Revenez-y, vous y trouverez j’imagine des éléments d’encouragement pour avoir une politique audacieuse, une politique offensive en terme de documentation, documentation au sens très large : éducation aux médias, lecture, esprit critique, engagement. Donc le documentaliste est un animateur de lecture avec la mise en place de dispositifs d’activités dynamiques suscitant l’appétit de lire et avec comme objectif de créer une culture de lecteurs chez les élèves, une culture de lecteurs et non pas une culture strictement scolaire de lecture. Vous voyez la différence. Utiliser des modes variés, des supports différents. Etre très attentif à ce que l’offre de lecture proposée aux centres de documentation et d’information ne soit pas une offre limitée, une offre segmentée. Il ne faut pas reculer sur la diversification absolue des supports de lecture. Evidemment importance de l’ouverture partenariale avec la lecture publique. C’est un des axes de notre politique documentaire que de dire qu’il est inconcevable que les centres de documentation et d’information et leurs documentalistes travaillent comme si n’existaient pas à leur côté, dans leur proximité, des bibliothèques municipales ou des antennes de bibliothèques départementales de prêts et des bibliothécaires qui sont des lieux et des personnes ressources dont on a tout intérêt à cultiver le partenariat.
Spécialiste aussi des enjeux des technologies de l’information et de la communication : on ne peut plus aujourd’hui effectivement faire l’économie de cette culture là, de cette culture technologique, de cette culture informatique et informationnelle à la fois, quand on a la responsabilité de piloter un centre de documentation et d’information.
Le professeur documentaliste, animateur d’un conseil en documentation, là c’est sans doute une des originalités de cette politique documentaire académique qui a préconisé la création, pour justement construire la politique documentaire d’établissement, dans chaque établissement, d’un conseil en documentation dont le documentaliste est l’animateur. Je dis bien l’animateur, pas le pilote. Donc animation d’un conseil de documentation sous la responsabilité du chef d’établissement. Ce conseil met en cohérence les différentes dimensions de la politique documentaire de l’établissement par rapport à l’information, par rapport à la communication, par rapport à la pédagogie. Il est le cadre d’une réflexion éthique, dans l’établissement, sur l’utilisation des ressources en ligne et il préfigure le conseil pédagogique instauré par la loi d’avril 2005 qui doit être généralisé à la rentrée 2006. Donc nous considérons qu’en ayant incité les établissements à créer des conseils en documentation en 2003, donc à la rentrée de l’année scolaire 2003-2004, nous avons permis aux établissements qui ont suivi cette préconisation de préfigurer la mise en place du conseil pédagogique qui devient obligatoire pour tous les établissements de France et de Navarre à la rentrée 2006.
D’une part le plan académique de formation instaure le droit pour les documentalistes par bassin à trois demi-journées par an pour se réunir de façon à avancer dans l’échange de pratiques et dans la mutualisation de leurs ressources. 5 journées par département, 5 journées parce qu’il y a 5 départements. 5 journées départementales qui sont co-organisées par l’inspection pédagogique régionale et le réseau CR/CDDP avec la contribution de l’inspection pédagogique régionale des disciplines. Je prends l’exemple de cette année : il y avait 3 thèmes au programme des journées départementales.
Un premier thème strictement professionnel pour les documentalistes, qui était celui de la mutualisation, on y reviendra, je l’évoquerai plus loin dans mon propos sur la constitution de bases départementales qui permettent l’import et l’export de notices par département. Ceci fait avec l’appui du réseau CRDP. Deuxième élément : la culture et l’information scientifiques. Nous avons eu là-dessus travail en atelier, échange et communication générale avec l’inspectrice d’académie chargée par le recteur d’une mission de promotion de la culture scientifique à l’école, au collège et au lycée. Et troisième élément : une interrogation sur «qu’est-ce que lire aujourd’hui ?», réflexion portée par l’Inspection pédagogique régionale de lettres. Cela veut dire que les collègues documentalistes ont rencontré à cette occasion leur inspecteur d’académie de référence, cela va de soi, mais aussi des inspecteurs pédagogiques régionaux de disciplines qui leur ont fait le point sur ce que pouvaient être à leurs yeux les exigences d’une politique documentaire visant à promouvoir la culture scientifique. Ou visant à promouvoir la lecture dans la conception qu’on en a aujourd’hui. Et donc réalisation de bases départementales d’importation et d’exportation de notices, c’est ce que j’évoquais tout à l’heure à propos de la dimension mutualisation.
Une autre dimension de la politique académique est le partenariat avec les collectivités territoriales. Partenariats qui sont incontournables comme vous le savez, compte tenu de la mise en place depuis les années 1980 d’une décentralisation. Alors évidemment en matière d’équipement : immobilier, mobilier, matériel et de crédit et en matière de coopération éducative. Je prendrai juste deux exemples : le premier, celui d’une collectivité départementale, elle est responsable de la construction des collèges et donc, quand on ouvre un collège tout est en place : les salles de classe, les matériels, les tables et chaises, le matériel informatique, ça c’est l’affaire du département. Les personnels sont en place, ça c’est l’affaire de l’Etat, et donc de l’académie, c’est-à-dire qu’il y a des enseignants, des CPE, des personnels et notamment des documentalistes. Mais le documentaliste, lorsqu’il arrive dans l’établissement à la rentrée, fin août, trouve un CDI effectivement fort bien aménagé mais vide ! Et cela veut dire qu’au moins le premier trimestre de cette rentrée-là, le documentaliste est tout à sa politique d’acquisition et que les élèves ne disposent pas d’un centre de documentation et d’information. Donc avec le département de l’Hérault nous avons monté un groupe de travail avec des documentalistes d’établissement de collège qui ont réalisé ce que pouvait être le fonds de base de l’équipement d’un collège et on en a mesuré les effets à cette rentrée puisqu’il y a eu l’inauguration d’un collège en 2005 à Montpellier qui a ouvert avec un CDI qui disposait de ce fonds de base déterminé en concertation par les documentalistes de collège et avec le département. C’est un exemple de ce qui peut se faire en terme de coopération, donc d’appui à l’exercice du métier et évidemment de coopération de lecture publique - CDI, c’est-à-dire que nous avons fortement, dans nos journées départementales, sollicité les bibliothèques départementales de prêt qui participent régulièrement et cela permet d’une année sur l’autre d’avancer dans des projets communs qui font que nos documentalistes de CDI participent à des comités de lecture de bibliothécaires et de documentalistes, comme en Lozère,, que l’information circule sur les nouvelles parutions, sur ce qui marche et aussi sur la mise en place d’animations, de projets communs, comme l’opération menée dans le département de l’Aude avec la BCP, d’un livre à l’Aude. Tout cela peut se faire plus facilement parce que justement on a l’habitude de travailler ensemble.
Trois ans après, où en sommes nous ? L’évaluation qu’on peut faire du conseil en documentation, c’est l’évaluation qu’en font les documentalistes parce que c’est bien évidemment à eux que je demande, en même temps qu’aux chefs d’établissements, ce qu’ils en pensent. Le conseil en documentation est considéré comme un temps privilégié pour aborder les questions suivantes : les acquisitions, en terme de matériels, d’outils, de documents hors manuels ; les manuels étant évidemment abordés en conseil d’enseignement disciplinaire ; la pédagogie documentaire : passer de l’idée d’une progression des apprentissages documentaires à l’idée d’un référentiel, la mise en place du B2i qui devient du coup une opération moins confisquée qu’elle ne l’est le plus souvent par tel enseignant de telle discipline. Dispositifs institutionnels et dispositifs spécifiques. Les dispositifs institutionnels, ça c’est la politique générale. Les dispositifs spécifiques, c’est la politique d’établissement : quelle peut être la contribution du centre de documentation et d’information à la mise en place de tel ou tel dispositif spécifique ? Commémorations et manifestations en lien avec l’actualité. Là aussi, ça facilite le travail des documentalistes : il est plus facile lorsqu’on a un conseil en documentation de mobiliser l’ensemble des acteurs. Parce qu’en conseil de documentation on a les représentants de chaque discipline, on a les CPE. On peut plus facilement déterminer quelles sont les priorités de l’établissement pour mettre l’accent sur telle ou telle commémoration, cela est plus efficient que de mettre une affiche en salle des professeurs sur le panneau CDI en disant «voilà la liste des commémorations, faites-moi signe si vous voulez faire quelque chose ».
Deuxième élément du bilan d’étape : sont également particulièrement discutées en conseil en documentation les orientations du projet d’établissement touchant à l’aide aux élèves à l’éducation et à l’orientation, à la charte internet et aux TICE, à l’éducation aux médias. Vous voyez comment le conseil en éducation peut servir d’espace de dialogue sur des axes importants d’une politique d’établissement qui relèvent plus ou moins directement de la fonction documentaire mais dans laquelle la fonction documentaire est concernée. Le conseil en documentation permet également de parler des horaires d’ouverture du CDI, pardonnez-moi d’aborder cette question sensible, mais je le fais... Les horaires d’ouverture du CDI et son mode d’utilisation en relation avec d’autres espaces. Comment ? Quelle est la spécificité de l’utilisation du CDI par rapport à une salle d’étude, par rapport au foyer, par rapport à la salle informatique ? Evidemment par rapport au service. Comment s’articule l’utilisation du CDI par rapport aux préoccupations d’un service de la vie scolaire ou d’un service de gestion ? C’est important que toutes ces questions là puissent être débattues, discutées dans la sérénité au sein d’un conseil en documentation.
Troisième partie du bilan d’étape : le conseil en documentation, disent les documentalistes, favorise la connaissance réciproque des démarches disciplinaires et de la fonction documentaire. Evidemment puisqu’on est autour de la table et que chacun y expose ses objectifs, ses ambitions, ses projets, ses priorités et qu’à partir de ces exposés - là on essaie de construire une politique pédagogique commune. Dès 2003, parce que le conseil pédagogique instauré par la loi de 2005 était en l’air depuis pas mal de temps, on en parlait depuis très longtemps, on l’avait appelé "conseil scientifique et pédagogique". Les documentalistes et les chefs d’établissements d’ailleurs me disaient « de cette façon là, nous préfigurons le conseil pédagogique ». Lorsqu’on interroge le chef d’établissement sur leur rôle dans ce conseil en documentation, il préside le conseil, c’est lui ou son adjoint, et il revendique la conduite de la politique documentaire comme toute la politique de l’EPLE . Voyez qu’il n’y a pas sous-traitance. On ne dit pas : « la politique documentaire c’est l’affaire du documentaliste et puis on ne s’en occupe plus ». C’est une dimension de la politique de l’établissement et c’est donc toute l’affaire du chef d’établissement.
Quatrième élément du bilan d’étape : le conseil en documentation n’est pas généralisé. Tous les établissements ne se sont pas lancés et en général ceux qui se sont lancés c’est parce qu’il y avait un, une, des documentalistes dynamiques dans l’établissement et puis parce que ces documentalistes - là ont trouvé auprès du chef d’établissement quelqu’un qui a vu tout l’avantage qu’il pouvait tirer pour la conduite de la politique pédagogique de l’établissement d’une instance comme celle-là. Mais ceux qui ont instauré ce conseil en documentation disent que de cette façon là, les nouveaux conseils pédagogiques ont déjà pris la dimension de la politique documentaire et que, la politique documentaire, qui je le rappelle, dans la nouvelle circulaire de rentrée pour la rentrée 2006 est inscrite dans les priorités des établissements, quand on a pratiqué un conseil en documentation depuis trois ans, on sait à peu près à quoi elle ressemble.
Je vous propose pour terminer cette communication d’aller faire un tour sur le site d’un établissement qui est le lycée Jules Fil de Carcassonne. Je vous conseille d’aller voir ce site, l’adresse est simple : lyceejulesfil.com. Vous allez sur ce site, vous cliquez sur « CDI » et là vous avez le conseil en documentation, vous pouvez voir concrètement de quoi il est question, vous avez les comptes rendus de réunions, projets, etc. Vous voyez effectivement à quoi cela ressemble. J’ai voulu terminer par-là pour donner un exemple extrêmement concret.
Il nous reste à peu près une demi-heure pour l’échange, je suis à votre disposition.
Est-ce que le discours que vous avez tenu, qui est intéressant, est tenu aux chefs d’établissements en particulier ? Est-ce qu’ils ont la même approche que vous nous faites ici ?
Jean-Pierre Véran : Les chefs d’établissements de l’académie de Montpellier font partie de mon cercle rapproché de fréquentation professionnelle, donc il va de soi qu’en dehors de la présentation qui a été faite par le recteur, en son temps, de la politique documentaire académique, toute occasion est bonne pour moi, dans le cadre notamment de la formation des personnels de direction, d’intervenir sur ces questions et d’essayer de faire avancer cette conviction. Quand bien même, je ne le ferais pas, je pense que les chefs d’établissements se tourneraient vers moi compte tenu de l’appel qui leur est fait à la mise en place d’une politique documentaire d’établissement à l’occasion de la circulaire de rentrée 2006, compte tenu aussi de la définition du socle commun de connaissances. La question de la politique documentaire est posée aux chefs d’établissements, certains d’entre eux se sont emparés de la problématique depuis quelques années déjà et ont donc bien avancé avec leur équipe sur cette question. D’autres sont sans doute moins avancés, mais en tout cas, depuis plusieurs années, la formation initiale des chefs d’établissements fait une place non négligeable à la réflexion sur la dimension de la politique documentaire d’établissement.
Les conseils en documentation ont été mis en place depuis deux ans dans votre académie. Avez vous fait un bilan et en particulier quelle proportion d’établissements ont répondu à ces injonctions, à ces propositions, combien de conseils en documentation pour l’académie ?
Jean-Pierre Véran : On doit approcher les 40 % de conseils en documentation créés ; des conseils en documentation qui fonctionnent effectivement et qui vivent on est à 25 %. En deux ans on a convaincu 25 %, il reste 75 % à convaincre. Il y a encore du travail pour nous.
Vous parlez de documentalistes dynamiques. Pouvez-vous préciser un peu plus ?
Jean-Pierre Véran : Je vous parle de mon expérience professionnelle. Je vois chaque année bon an, mal an en visite personnelle une quarantaine de documentalistes et je passe au moins une demi-journée avec eux. Ces professionnels sont très divers mais il y a, lorsque je fais le bilan de ces entretiens professionnels, des lignes de force ; et ce que je vais dire est schématique, c’est caricatural et donc c’est faux à la limite, mais en même temps c’est une ligne de force. Je dirai qu’il y a deux attitudes possibles globalement soit une attitude résolument tournée vers l’offensive : « Oui je suis porteur de la préoccupation informationnelle, de la préoccupation documentaire, de la préoccupation de l’éducation à l’information, aux médias et par conséquence je ne cesse de promouvoir des propositions de dispositifs, de travail d’équipe, auquel cas je suis par définition un documentaliste dynamique ». Deuxième profil : « Je déplore que mes collègues de disciplines ne viennent pas assez souvent au CDI, je déplore que les élèves viennent parfois au CDI sans avoir au préalable élaboré leur équation de recherche booléenne. Je déplore ! Je déplore ! Je déplore ! ». Et alors évidemment quand on est documentaliste "déplorant" eh bien on perd une part de ce dynamisme que je découvre avec plaisir chez beaucoup d’autres. Voilà !
On parlait tout à l’heure des chefs d’établissements. Je voudrais savoir si les professeurs de disciplines ont une formation en IUFM à la nouvelle politique documentaire d’établissement. J’avais une stagiaire IUFM cette année qui n’était pas du tout au courant donc je lui ai fait découvrir cette notion-là et c’est vrai que les professeurs de disciplines ignorent complètement cette notion, les anciens et les nouveaux.
Jean-Pierre Véran : Vous posez là une question fondamentale qui est celle des contenus de la formation. Là aussi soyez attentifs au nouveau cahier des charges qui va être donné par le Ministre aux IUFM. Vous y verrez avec intérêt apparaître là aussi, pour les IUFM, l’importance de former les enseignants aussi à cette dimension là d’une politique d’établissement et notamment d’une politique documentaire, c’est en toutes lettres dans le texte du projet d’arrêté et également la nécessité pour les documentalistes, les futurs enseignants documentalistes, de disposer d’une formation spécifique qui leur permet d’être les animateurs de cette politique.
Donc on avance là aussi, mais c’est vrai que jusqu’à présent, les politiques de formation mises en place ne tiennent évidemment pas compte de cet arrêté. Que cette politique de formation mise en place est encore très fortement marquée par la distinction entre ce que l’on appelle la formation disciplinaire et la formation générale. Une formation disciplinaire qui a des obligations, une formation générale qui est plutôt optionnelle, ce qui fait qu’on a beaucoup de mal jusqu’ici à mettre le pied dans les formations disciplinaires pour aborder des questions de type de politique d’établissement. Je pense que le nouveau cahier des charges des IUFM va nous y aider.
Est-ce que la mise en place d’un conseil pédagogique est l’occasion à ne pas manquer pour mettre en place une politique documentaire dans un établissement ?
Jean-Pierre Véran : La réponse est oui évidemment.
J’ai bien aimé votre division entre les documentalistes dynamiques et les autres. Ce que je voudrais savoir c’est comment font les documentalistes dynamiques pour convaincre. Car le problème c’est que nous n’avons pas de délais, il faut toujours quémander auprès des professeurs. Il faut toujours demander au chef d’établissement de stimuler la politique documentaire. Pour ma part ça fait plusieurs années que j’en parle à mon chef d’établissement, il ne me met aucun frein mais il faut que je fasse tout. Je voudrais savoir comment une documentaliste dynamique fait pour ne pas se buter à chaque fois contre un mur puisqu’on a une liberté très faible.
Jean-Pierre Véran : Un des éléments de réponse, c’est justement le conseil en documentation qui amène les coordonnateurs de disciplines, les responsables du service vie scolaire, le responsable du service de gestion, le documentaliste à être réunis, sous l’autorité du chef d’établissement, pour définir des priorités de politique, politique de ressources bien sûr, mais politique pédagogique aussi, qui font que le documentaliste, étant informé des priorités pédagogiques des différentes disciplines, peut aussi mieux articuler son offre aux besoins des disciplines. Et réciproquement les disciplines connaissant mieux l’offre et les priorités du documentaliste peuvent mieux aussi accorder leur projet. Et on peut arriver à dégager à ce moment là des espaces de travail commun. On ne passe plus d’une démarche interpersonnelle qui conduit finalement des documentalistes à travailler avec un nombre limité de professeurs qui est le nombre de professeurs avec qui on a établi des liens de sympathie personnels, ce qui est toujours effectivement quelque chose de positif et de possible. On en vient à une démarche beaucoup plus politique, puisqu’en effet, il ne s’agit plus de Madame Intel qui travaille avec Madame X., documentaliste, qui, parce qu’elles s’entendent bien, ont envie de travailler ensemble pour le bienfait de leurs élèves, mais il s’agit du projet de telle discipline, qui à tel niveau, va effectivement consacrer des heures d’enseignement de la discipline avec des heures de travail régulières au CDI, non pas pour faire du dédoublement sauvage qui fait que le professeur de discipline travaille avec la moitié des élèves pendant que l’autre moitié est prise en charge par le documentaliste, peu importe ce qu’ils font avec lui puisque ce qui compte c’est simplement le dédoublement, mais parce qu’on a un projet construit qui fait que les élèves qui travaillent, par exemple en demi-classe avec le documentaliste pendant que le professeur de discipline travaille avec l’autre moitié des élèves, vont faire des travaux qui vont être réinvestis en classe alternativement ; et donc là il se construit un vrai travail pédagogique et là on est dans la politique documentaire d’établissement. Donc, je crois que si on a inventé le conseil en documentation dans notre académie c’est parce qu’on ressentait le besoin de cette instance de dialogue et d’échanges entre les documentalistes et les autres professionnels de l’établissement pour établir une politique commune partagée.
Avez-vous, dans l’académie de Montpellier, une politique volontarisme de recrutement de personnels d’aide pour les CDI ? Je voudrais savoir, d’autre part, par rapport au bilan que vous avez pu faire, si il y a eu des études plus fines qui ont permis de mettre en lien la présence de personnel d’aide dans les CDI et la réussite de la mise en œuvre d’une politique documentaire ? Avez-vous pu réfléchir aux conditions qui favorisent réellement sur le terrain la mise en place d’une politique documentaire. ?
Jean-Pierre Véran : Vous posez une question qui mérite de longs développements, non pas pour noyer le sujet mais parce que le sujet est infiniment complexe. Je vais essayer de donner quelques éléments de contexte pour approcher un début de réponse.
Premier élément : vous le savez, vous êtes comme moi un citoyen français et donc vous connaissez le contexte politique général en France, le contexte économique et vous savez dans quelle contrainte notre ministre de l’Education Nationale est amené à gérer les crédits de son ministère. Ce qui se traduit évidemment par des contraintes pour les recteurs dans chaque académie. Ce contexte est donné et en tant que fonctionnaire de l’Etat français nous en prenons acte et nous agissons dans le cadre de ce contexte. Vous me reprocherez peut-être d’accepter ce contexte mais je n’ai pas le choix, je le fais en toute conscience professionnelle. Donc ce contexte est ce qu’il est. On peut rêver effectivement de multiplier par deux, par trois, par quatre le nombre de documentalistes mais c’est de l’utopie. Le nombre de documentalistes par établissement et par élève a progressé. Si vous avez lu attentivement le rapport de Jean-Louis Durpaire, vous avez vu effectivement qu’il y avait eu un effort de l’Etat dans ce domaine, mais bien évidemment par rapport aux besoins de politique documentaire d’établissement on ne peut pas dire qu’un documentaliste seul puisse suffire ou que deux documentalistes dans un établissement à effectif plus important puissent suffire. D’où l’intérêt de se poser la question de l’organisation d’un service documentaire avec des personnels qui ne sont pas documentalistes certifiés.
Cette question est effectivement posée et vous savez que actuellement nous sommes évidemment en quelque sorte tributaire des politiques de l’Etat qui met en place des dispositifs : politique ministérielle qui a fait qu’ont été créés les assistants d’éducation il y a quelques années ; politique plus inter-ministérielle, plus gouvernementale qui fait qu’ont été mis en place des contrats d’accompagnement à l’emploi avec, notamment dans l’Education Nationale, ce que l’on a appelé les emplois vie scolaire. Là, il y a donc eu, pour les académies, nécessité de répondre à une commande gouvernementale qui était de favoriser la solidarité autour de ceux qui sont en recherche d’emploi. Les académies ont été sollicitées. A partir de là, des chiffres ont été donnés, des moyens financiers ont été accordés et donc les académies ont incité les établissements à procéder à ces recrutements.
A partir de là, en fonction du discours politique qui est tenu par l’autorité académique d’une part, mais en fonction aussi de l’analyse qui est faite par le chef d’établissement et des choix qu’il a fait dans sa politique d’établissement, dans son contrat d’objectif, il va recruter ces personnels-là pour une fonction d’appui aux documentalistes, au centre de documentation et d’information si effectivement cette politique est l’un des enjeux de la réussite éducative dans son établissement. Vous allez me dire : elle est dans tous les établissements, oui, mais qu’elle le soit objectivement, c’est une chose ; que les directions d’établissement en aient vraiment pris conscience, en aient fait leur choix prioritaire, ce n’est pas forcément le cas. D’où une diversité des situations dans les établissements. Je reviens à ce que je vous disais tout à l’heure, dans mes visites d’établissements, je vois effectivement de véritables services documentaires constitués avec notamment des emplois de vie scolaire, dont je rappelle soit dit en passant que la plupart d’entre eux disposent pour le moins d’une maîtrise, voire d’un doctorat, ce qui n’est pas négligeable en terme de compétence certifiée, de certification universitaire. Donc ces emplois là sont affectés directement au centre de documentation et d’information et contribuent à la mise en œuvre de la politique documentaire d’établissement, ne serait-ce parce que c’est une dimension importante pour assurer un accueil éclairé des élèves, en plus du temps de service et de présence au CDI du professeur documentaliste. Quand vous êtes dans un établissement où il y a, par exemple un internat, il est important que les internes puissent être accueillis et pas simplement accueillis par quelqu’un qui a les clefs et qui leur ouvre la porte du CDI mais par quelqu’un qui peut effectivement les accompagner dans leur recherche. Parce que cette personne a une compétence universitaire et que cette personne a été formée par le documentaliste à un certain nombre de gestes professionnels spécifiques qui vont lui permettre d’être un appui à la recherche des élèves. Donc la situation est extrêmement diverse. Dans certains établissements le parti est pris, non pas d’affecter des personnels à temps plein au CDI mais de faire des mi-temps CDI - vie scolaire de façon à changer la représentation qu’on a au sein des services vie scolaire de la fonction documentaire. Et du coup de modifier en quelque sorte la représentation par ignorance qui fait qu’on considère que le CDI a une capacité d’accueil de tant et que par conséquent il faut le remplir tout le temps à cette capacité maximale sans s’occuper de ce que les élèves vont y faire et ensuite c’est au documentaliste de gérer.
Je voudrais m’attarder sur ce qui me semble un peu nouveau et qui semblerait être nouveau pour l’année prochaine, c’est-à-dire votre idée de conseil en documentation qui deviendra la préparation du Conseil pédagogique. La première question : qui fait partie des conseils en documentation qui existent dans votre académie ? La deuxième question : le texte du B.O. dit que le conseil pédagogique réunit au moins un professeur principal de chaque niveau, un professeur par champ disciplinaire, un conseiller principal d’éducation et le cas échéant le chef des travaux. Le conseil pédagogique est présidé par le chef d’établissement, alors comme me dit ma collègue de gauche, on ferait partie des professeurs par champ disciplinaire, mais je ne suis pas sûr que beaucoup de gens nous voient en professeur de champ disciplinaire en documentation. Donc la première question est : qui en fait partie ? Et la deuxième : à quelle sauce on va être mangé dans ce conseil pédagogique ?
Jean-Pierre Véran : C’est vous qui allez faire la sauce ! Premier élément : vous avez peut être lu le rapport qui a été écrit par Ghislaine Matringe, inspectrice générale au groupe « établissement et vie scolaire » sur le conseil pédagogique puisqu’un certain nombre d’établissements ont préfiguré le conseil pédagogique et l’avaient installé à titre expérimental au cours de cette année scolaire. Elle est venue justement dans notre académie pour y rencontrer des établissements qui s’était livrés à cela et pour s’intéresser aussi au conseil en documentation. Les recommandations qu’elle fait, à la fin de son rapport, si je devais résumer d’un mot, se serait « liberté d’initiative », c’est-à-dire que rien ne serait pire que de fixer une liste extrêmement fermée de participants au conseil, mieux vaut donner des indications générales et laisser aux établissements la possibilité de faire le conseil pédagogique qui correspond le mieux à leur politique et leur laisser la liberté de faire participer au conseil pédagogique régulièrement ou à l’occasion tel ou tel participant. Premier point, cette idée de liberté. Et pour ce qui est des conseils en documentation c’est vrai que la structure minimale qu’on retrouve partout, la structure minimale ce sont cinq éléments : direction gestion, documentaliste, CPE, coordonnateurs de disciplines. C’est la configuration minimale, mais pour avoir assisté à un certain nombre de réunions de conseil en documentation auxquelles j’étais invité, j’y ai vu intervenir d’autres participants. Par exemple l’infirmière qui venait à cette occasion présenter son projet d’éducation à la prévention et voir comment, en terme de politique documentaire, on pouvait enrichir ce projet.
Mais dans votre question vous me demandiez à quelle sauce on va être mangé. Il y avait d’une part la question de la discipline, je suis d’accord avec vous. Vous êtes des professeurs de spécialité et non pas de discipline et par conséquent cette appellation de discipline est en quelque sorte un abus de langage à propos des enseignants documentalistes, mais en même temps, quand on sait que chaque établissement doit se doter d’une politique documentaire, ça c’est officiel, on a du mal à imaginer que la politique documentaire de l’établissement puisse être discutée dans une instance dans laquelle ne figurerait pas l’enseignant documentaliste d’autant que l’enseignant documentaliste n’est pas seulement en charge de l’animation de cette politique documentaire mais qu’il doit contribuer à toutes les politiques d’établissements, à favoriser la réussite de l’établissement dans les différents axes de sa politique et par conséquent il est un élément permanent du conseil pédagogique, il n’est pas un élément invité parce qu’on va discuter ce jour là de la politique documentaire. Donc je pense, en tout cas, qu’il ne faut pas redouter d’être mangé, il faut voir dans cette instance que, pour la première fois, je vais jusque là, dans nos établissements une instance s’est créée spécifiquement pour qu’on y parle pédagogie. Jusqu’à présent la discussion pédagogique avait lieu de façon cloisonnée à l’intérieur des différents conseils d’enseignement et en terme collectif elle avait lieu dans le cadre de l’instance démocratique par excellence de l’établissement qu’est le conseil d’administration mais à ceci près que les ordres du jour de conseil d’administration étant ce qu’ils sont, on ne peut pas consacrer le temps qu’il faut à une réflexion pédagogique en profondeur. Donc dans le conseil d’administration on examine des grandes lignes, des grandes directions et puis ensuite le reste de l’opération se fait en dehors du conseil d’administration. Le fait qu’on créé cette instance là fait qu’il s’est créé un espace de concertation où la politique pédagogique est au centre. Donc n’ayez pas peur, allez-y !
Je pose la question de savoir où est l’utopie. Est-ce que l’utopie c’est de vouloir plus d’enseignants documentalistes formés à la fonction de documentaliste dans les établissements ou est-ce que l’utopie c’est de vouloir mettre en place des politiques documentaires d’établissement en faisant comme si, sur le terrain, il n’y avait pas de difficultés ? En réalité est-ce qu’on peut ignorer que, par exemple, quand vous parlez de CDI, lieu central pour un système d’information informatisé, nombre de CDI ne sont pas ces lieux centraux pour un système d’information modernisé tout simplement parce qu’ils sont mal dotés en matériels informatiques ou parce qu’aucune maintenance n’est prévue ? Est-ce qu’on peut ignorer que beaucoup de documentalistes galèrent avec ces problèmes journellement ? Est-ce qu’on peut ignorer que dans nos relations avec les professeurs, même les professeurs coordonnateurs, ce n’est pas parce qu’on leur dira « on veut vous former, on veut former les enseignants de votre discipline » que pour autant tout le monde va venir se former ?
La distinction que vous opérez entre les documentalistes déplorant et les documentalistes dynamiques ne me satisfait pas du tout. Les documentalistes déplorant mettent le doigt sur les difficultés qui existent réellement et ils peuvent être dynamiques et on peut au contraire paraître dynamique sans l’être réellement, en ignorant la difficulté, en assistant régulièrement à des conseil, en étant un permanent des conseils où on donne des idées, on élabore des dispositifs. Mais finalement, qui les met en œuvre tous ces dispositifs ? Je pense que notre fonction de documentaliste, l’intérêt que je porte à ma fonction, c’est bien d’être sur le terrain, à mettre en œuvre une vraie pédagogie. Donc je trouve que dans le tableau que vous dressez de la fonction pour l’avenir, tout ça est gommé finalement. On devient des gens qui réfléchissent, qui animent, mais qui exécute et qui réalise sur le terrain ? Je crois comprendre que ceux qui finalement travaillent sur le terrain ce sont ces équipes d’aide. Il y a, à la vie scolaire, des gens qui sont doctorant mais en général dans les CDI il y a aussi ces personnels, des personnels précaires. Des gens qui sont là pour 6 mois, pour 1 an, quelque fois pour 5 ans et qui s’en vont au bout de 5 ans. La tendance actuelle d’ailleurs c’est qu’ils sont là pour 1 an ou 6 mois . Moi je regrette, je pense qu’on n’a pas besoin de plus de personnel précaire. Pour faire vraiment du travail documentaire et élaborer des vrais politiques documentaires, il faut beaucoup de documentalistes qui aient la volonté politique et qui la mettent en œuvre eux-mêmes.
Ensuite, juste une dernière petite chose, à propos des conseils pédagogiques : c’est bien qu’il y ait des réflexions pédagogiques qui se mènent à beaucoup de niveaux. Il me semble que là dans ce qui se profile, la réflexion pédagogique va se mener sous la direction du chef d’établissement. Jusqu’à maintenant il me semblait que les réflexions pédagogiques, on les menait sous la direction de nos inspecteurs, beaucoup plus que sous celle des chefs d’établissements.
Jean-Pierre Véran : Il y a beaucoup d’éléments dans votre intervention dont je vous remercie, très sincèrement, de l’avoir faite dans des termes où vous l’avez faite, parce qu’elle était authentique, c’est très bien qu’il en soit ainsi. C’est un vrai échange.
Alors premier élément : à propos de ces personnels et de la mise en œuvre, non, si ce que j’ai dit a été compris comme vous l’avez reproduit cela veut dire que je me suis fort mal exprimé et je m’en excuse auprès de vous. Je n’ai pas dit que c’étaient les emplois de type emploi vie scolaire qui allaient mettre en œuvre la politique académique, j’ai dit que c’était un appui à la mise en œuvre de la politique documentaire. Il est évident que la politique pédagogique de l’établissement dans cet immense fonds documentaire, elle est portée par les documentalistes mais pas par eux seul. Elle ne pourra être portée que si elle est portée effectivement collectivement par le collectif pédagogique de l’établissement. Moi je suis toujours ravi quand, en visite dans un centre de documentation et d’information, j’ai l’occasion de voir le professeur documentaliste intervenir en qualité de professeur et d’enseignant auprès d’élèves. Et puis je vois dans un autre espace du centre de documentation et d’information, un professeur qui est venu conduire son travail sur base de documents utilisés au CDI avec ses élèves. C’est-à-dire que le professeur de discipline x, y ou z est là, il participe bien à la politique documentaire de l’établissement, c’est-à-dire à l’utilisation des ressources du CDI et a sans doute contribué à la conception de l’acquisition de ressources, qui permet ainsi d’avoir des ressources disponibles, éventuellement au CDI, pour ses élèves, pour telles ou telles activités. Donc ce serait une erreur de croire que l’enseignant documentaliste est le seul opérateur de la pédagogie documentaire. Il est l’expert de cette pédagogie, il est le référent et c’est à ce titre là qu’il peut contribuer à la formation de ses collègues.
Vous disiez que les collègues ne se pressent par forcément au portillon lorsque le professeur documentaliste propose une prise en main des fonctions avancées de BCDI par exemple, pour citer un logiciel assez répandu. En effet là aussi, c’est une question de stratégie, vous allez trouver cela sans doute ridicule, mesquin, anecdotique mais je vous le donne parce que cela fait partie des choses qu’on observe quand on va dans les établissements. Une documentaliste me disait récemment « moi j’en ai eu marre de proposer des horaires de prise en main des fonctions avancées de BCDI à des collègues de disciplines qui ne venaient pas. Alors j’ai changé mon fusil d’épaule, je leur propose de le faire sur la période des conseils de classes. Sur la période des conseils de classes ils sont plus captifs, ils attendent leur conseil. Ils sont là et plus disponibles et viennent volontiers au CDI et du coup cela marche. » Voilà, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l’on ne renonce pas à l’objectif mais on l’adapte un petit peu à la situation, à la disponibilité du public. Je ne dis pas que c’est la réponse à tout, je dis que ça participe aussi de cela, cette stratégie là de communication à l’égard des collègues de disciplines.
Troisième élément. J’y reviens quand même. Une des contributions essentielles de l’enseignant documentaliste au bon fonctionnement de la politique pédagogique de l’établissement, et notamment de sa politique documentaire, c’est d’assurer sa dimension de veille informationnelle. Cette veille informationnelle à moins qu’il la fasse hors de son temps de service, il la fait sur son temps de service. Je sais bien que la plupart des documentalistes consacrent une partie de leur temps personnel à cela aussi. Parce qu’ils sont des professionnels consciencieux mais logiquement c’est sur leur temps de service. Cela veut dire que lorsque le documentaliste se livre à ce travail là sur son temps de service si on veut qu’en même temps le CDI soit ouvert et que l’accueil soit assuré au centre de documentation et d’information, il faut bien qu’il y ait d’autres personnes qui assurent cet accueil. Et à ce moment là des étudiants qui sont en deuxième, troisième cycle d’université, qui sont affectés au CDI peuvent, avec l’appui du documentaliste qui les a formés, et qui les accompagne, assurer cette fonction là pendant que le documentaliste est sur des fonctions d’expertise. Voilà je ne dis pas plus que cela. Je ne dis pas que c’est la solution, je dis que dans le contexte actuel qui est celui là, ce n’est pas une utopie.