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par Christophe Dubois,
[mai 2011]
Mots clés : communication, McLuhan, Marshall : 1911-1980
1911 : naissance au Canada
1951 : La Fiancée mécanique. McLuhan montre que le machinisme a engendré une conception mécanique de la vie humaine, physique et spirituelle.
1962 : La Galaxie Gutenberg. L’imprimé a fragmenté la société en incitant les hommes à lire et à penser individuellement, à se centrer sur eux-mêmes.
1964 : Pour comprendre les médias. L’universitaire aborde sa thèse principale : « Le médium, c'est le message » : le contenu de la communication est secondaire ; le véritable message étant le medium lui-même.
1967 : The Medium is the Message (traduit sous le titre de Message et massage). Gros succès commercial dans lequel McLuhan développe sa thèse principale.
1968 : Guerre et paix dans le village planétaire
1977 : D'œil à oreille
McLuhan naît le 21 juillet 1911 à Edmonton, au Canada (Alberta). Il obtient son baccalauréat et sa maîtrise en arts, dans le contexte de la crise de 29, à l'Université du Manitoba. Il part poursuivre ses études à Cambridge, en Angleterre, où naîtra son intérêt pour l’analyse des médias.
En réfléchissant sur ses années d’études à Cambridge et sur la longue histoire de cette institution, il en vient à conclure que l’objectif principal de l’enseignement pourrait être d’entraîner les apprenants à développer des compétences de perception. Cette notion de perception sera le fil rouge de sa carrière.
C’est le choc qu’il ressent lorsqu’il est confronté à son premier poste d’enseignement d’anglais à l’Université du Wisconsin qui l’amène définitivement vers la question des médias : comment expliquer le fossé générationnel qu’il constate entre lui et ses étudiants, qui sont plus jeunes que lui de seulement cinq à huit ans ? Il émet rapidement l’hypothèse que l’explication réside dans la façon d’apprendre et réinvestit ce que ses professeurs de Cambridge avaient évoqué quelque temps auparavant sur la perception. Plus tard, il enseigne à l'Université St. Louis, première d'une série d'institutions catholiques. Il se marie en 1939 et retourne à Cambridge poursuivre des études doctorales. En 1944, McLuhan revient au Canada. Il enseigne de 1944 à 1946 au Collège Assumption à Windsor (Ontario), puis donne des cours de littérature anglaise au collège catholique St. Michael, Université de Toronto. Il reste à Toronto jusqu'en 1979.
McLuhan est membre de l'école de communication de Toronto, ainsi que Harold Innis, Eric Havelock et Edmund Carpenter, chercheurs convaincus de l'influence des technologies sur la communication.
Progressivement il développe une théorie de l'histoire de l'évolution de l'humanité à travers les bouleversements culturels qu'engendre le déterminisme technologique des médias.
Théoricien de la communication, le Canadien Marshall Mac Luhan est parfois qualifié de prophète des temps modernes ! Il a en effet décrit la notion de village planétaire bien avant l’heure et exhorté à apprendre à contrôler les médias dont la puissante influence sur notre civilisation nous place devant l’alternative de les maîtriser ou de se laisser dominer par eux. Selon McLuhan, « l'homme n'est pas conscient de l'influence qu'exercent sur lui les médias, ou s'il la découvre, il la découvrira trop tard et ne se rendra pas compte qu'il est passé de l'âge de Gutenberg à l'âge de l'électricité qu'une fois qu'il aura quitté l'âge de l'électricité ». C’est bien dans cette perspective que sa formule-phare, titre de son ouvrage paru en 1967, The medium is the message, a marqué les esprits et nous interpelle plus particulièrement, nous qui sommes professionnels de la documentation, gérons des médiathèques, promouvons l’éducation aux médias et intégrons dans nos pratiques l’évolution des technologies de l’information et de la communication.
Voilà donc un des concepts-clés de la pensée de McLuhan.
Le livre imprimé, le télégraphe, le téléphone, la télévision, … transportent des contenus mis en forme vers leurs destinataires : ils sont donc des médias, des intermédiaires.
Mais qu’entend plus précisément McLuhan par médium ? « Est medium toute extension de l'homme : livres, vêtements, automobiles ; l'homme emprunte ces médias pour prolonger ses sens [1] ». Les médias sont définis comme des extensions de l’homme : le livre est une prolongation de l'œil, le téléphone et la télévision sont l'extension du système nerveux. Or, il est logique que le moyen de transmission qui fait appel à l’oeil agisse en nous différemment d’un moyen qui ferait appel à l’ouïe. D’où cette affirmation : l’outil de diffusion de la connaissance finit par avoir plus d’influence que le message lui-même : cette analyse est résumée par l’affirmation « The medium is the message ». « Les matériaux sur lesquels les mots sont inscrits importent davantage que les mots eux-mêmes [2]».
Notre perception de l’information est impactée par le moyen de transmission du message et notre civilisation évolue sous l’effet de sa force subliminale. « La transformation-révolution de l'instrument de communication entraîne une révolution dans le processus de perception et dans la nature humaine elle-même. [3]»
Le canal de transmission crée un milieu qui agit en profondeur sur nos perceptions et nous transforme en tant qu’individu, dans notre personnalité et dans notre comportement et transforme aussi notre société.
Cet impact du médium qui outrepasse l’effet du message lui-même explique, selon le théoricien, que les innovations technologiques ont bouleversé les civilisations, engendré des modifications du dispositif sensoriel et intellectuel de l'homme.
McLuhan détermine trois étapes du développement du processus de communication, liées à l’impact du médium.
D’abord, il décrit un stade primitif, où l’on communiquait sans écriture et dans lequel l’ouïe était sollicitée pour percevoir la parole.
Apparut ensuite « la Galaxie Gutenberg » : l’imprimerie déplace la communication de l’ouïe vers l’œil : les informations visuelles sont multipliées et peuvent être parcellisées. C’est la civilisation de l'imprimé.
Puis, troisième stade, l’ère numérique, « la Galaxie Marconi » est la civilisation de l'audiovisuel qui réintroduit dans la communication la proximité présente dans les sociétés orales. L’ère numérique « propose un message simplifié mais global et reconstitue la famille humaine en une seule ‘tribu mondiale’ [4]». Cette nouvelle ère fait appel à un troisième sens : le toucher. « […] La ‘galaxie Marconi’, […] joue, à partir du toucher, sur l'ensemble du clavier sensoriel. Grâce à la fée électricité, les médias et, en premier lieu, la télévision invitent l'homme-machine, solitaire et aliéné de l'ère passée, à sa propre renaissance, à un plein engagement dans le monde et à des relations instantanées avec ses semblables. Il participe désormais d'un tout organique, un ‘village global’ qui renoue in fine avec le tribalisme des origines. [5]» « […] Les circuits électriques recréent en l'homme l'orientation multidimensionnelle du primitif et la configuration électrique du monde moderne a contraint à passer de l'habitude de classification des données à un mode d'enregistrement global. [6]»
En affirmant que le medium serait le seul facteur véritablement déterminant du processus de la communication et de l'évolution socio-culturelle dans son ensemble, Marshall McLuhan a lancé l'idée selon laquelle : « Le message, c'est le medium. » Cette théorie reste une référence, même si son caractère scientifique n’a pas vraiment été assis. « Énoncée en des termes qui ne favorisent ni la validation empirique, ni même à vrai dire une discussion précise, la thèse de McLuhan a eu le mérite de montrer l'absence d'une théorie valable du medium et, par le succès qu'elle a obtenu, l'attente du public en ce domaine [7]».
Les archives de Radio Canada proposent une émission qui modère cette assertion plutôt négative :
Les médias ayant un effet déterminant sur nos vies, notre culture et le cours de l'histoire, nous sommes donc amenés à nous poser les questions suivantes dans nos pratiques professionnelles :
Le site de Radio Canada (
http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/medias/dossiers/323/), propose les projets pédagogiques suivants :
McLuhan : prophète ou imposteur ?
McLuhan : voyage dans le village global
McLuhan : la télé l'a dit, donc c'est vrai !

[1] François Vieillescazes, Encyclopaedia Universalis
[2] Jacques Gerstlé, Encyclopaedia Universalis
[3] François Vieillescazes, Encyclopaedia Universalis
[4] François Vieillescazes, Encyclopaedia Universalis
[5] Éric Letonturier Encyclopaedia Universalis
[6] Jean Toulet, Encyclopaedia Universalis
[7] Olivier Burgelin, Encyclopaedia Universalis

McLuhan, prophète des temps modernes. In Radio Canada, site de Radio Canada, [en ligne]. archives.radio-canada.ca/arts_culture/medias/dossiers/323/ (page consultée le 13 mai 2011)
Larochelle, Renée. Retour vers le futur. In Université Laval, site de la direction des communications, Université Laval, [en ligne]. www.scom.ulaval.ca/Au.fil.des.evenements/1998/11.26/mchulan.html (page consultée le 13 mai 2011)
Wolton, Dominique. McLuhan ne répond plus. Communiquer c'est cohabiter. Editions de l'Aube, 2009
Les références suivantes nécessitent un abonnement pour y accéder.
Vieillescazes, François. « Marshal McLuhan ». In Encyclopaedia Universalis [en ligne], www.universalis-edu.com/encyclopedie/marshall-mcluhan/; (page consultée le 13 mai 2011)
Letonturier, Éric. «La galaxie Gutenberg ». In Encyclopaedia Universalis, [en ligne], www.universalis-edu.com/encyclopedie/la-galaxie-gutenberg/ (page consultée le 13 mai 2011)
Burgelin, Olivier. « La communication de masse ». In Encyclopaedia Universalis, [en ligne], www.universalis-edu.com/encyclopedie/communication-communication-de-masse/ (page consultée le 13 mai 2011)
Mattéi, Jean-François. « Le choc des culture ». In Encyclopaedia Universalis, [en ligne], www.universalis-edu.com/encyclopedie/culture-le-choc-des-cultures/ (page consultée le 13 mai 2011)
Jean Toulet, « Livre et communication ». In Encyclopaedia Universalis, [en ligne], www.universalis-edu.com/encyclopedie/livre/ (page consultée le 13 mai 2011)
Gerstlé, Jacques. « Sociologie des médias ». In Encyclopaedia Universalis, [en ligne], www.universalis-edu.com/encyclopedie/medias-sociologie-des-medias/ (page consultée le 13 mai 2011)