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Des pistes à explorer pour analyser l'album

par Martine Hausberg,
[octobre 2011]

Mots clés : littérature de jeunesse, album

Dans l'album tout fait sens et tout ce qui est donné à voir donne matière à interprétation. Il convient donc de s'interroger sur un certain nombre d'éléments.

1. Le format

Il constitue une première approche du livre. Depuis la création des éditions Delpire tous les formats sont possibles. La fonction de la dimension de l'album est à la fois réelle et imaginaire.

  • Le petit format : il apprivoise le lecteur et crée une intimité avec lui.
    • Exemples : Les petits délices ou encore Ces petits riens d'E. Brami, illustrés par P. Bertrand, consacré aux petites joies du quotidien, aux confidences toutes simples. Ces albums destinés aux plus petits se révèlent d'excellents embrayeurs d'écriture pour les plus grands.
  • Le grand format : il a généralement une fonction de mise à distance, le sujet du livre devient un tableau, un spectacle que l'on regarde.
    • Dans Yakouba de T. Dedieu le lecteur part dans un petit village d'Afrique où il va assister à l'épreuve initiatique qui attend le jeune garçon pour intégrer le monde des adultes... Le grand format est une image de marque, le livre ressort, «s'impose» parmi les autres ; il permet aussi de rentrer dans l'histoire, de susciter le rêve, l'évasion.
  • Le format rectangulaire en hauteur (ou format «à la française») est le plus classique et le plus conventionnel, il permet souvent un juste équilibre texte/image. Parfois il concourt à la figuration d'un élément fort de l'album et suggère une matérialité.
    • Exemples : Le balai magique de C. Van Allsburg, véritable héros du livre ou le Royaume des parfums de M. Nickly illustré par J. Claverie qui «préfigure» un flacon empli de fragrances subtiles.
  • Le format rectangulaire en largeur (ou format «à l'italienne») permet également de traduire une réalité, de la rendre plus sensible.
    • Exemples : L'épave du Zéphyr de C. Van Allburg avec ce bateau couché par des vents violents au milieu des flots déchaînés. Il illustre une traversée, un chemin et rend compte de la notion de durée. D'ailleurs l'expression anglaise qui désigne ce format, «lanscape» (« paysage ») indique bien qu'il se prête à la figuration horizontale, panoramique. L'ogre le loup la petite fille et la galette... de P. Corentin et dont on va suivre les multiples traversées !
  • Le format carré : c'est le plus abstrait, le plus moderne ; il permet une concentration du texte et de l'image et de ce fait une concentration du lecteur.
    • Exemple : les albums publiés par Le Rouergue.

Le format donc, ainsi que la couverture de l'album, qui parfois réserve des surprises quand le livre est ouvert, sont matière à réflexion et participent déjà à l'élaboration d'un horizon d'attente.

2. La page

C''est le travail sur la double page qui caractérise l'album, qui devient un espace de création privilégié et spécifique. L'image et le texte peuvent alors se répondre et se joindre sous des formes multiples, différents «agencements». Sophie Van der Linden distingue 4 types de mises en page : la dissociation, l'association, le compartimentage et la conjonction.

Traditionnellement -c'est vraisemblablement l'héritage des livres illustrés- le texte est placé sur la page de gauche et l'image sur celle de droite, celle que l'œil va découvrir en premier. Dans ce cas-là, la page de droite est la plus importante car c'est celle qui est dévolue à l'action, y compris dans les albums sans texte. Cela permet de jouer sur l'alternance page de gauche/page de droite et parfois de rompre ce rythme, produisant alors un effet de surprise chez le lecteur. C'est la mise en page dissociative.

La plus utilisée aujourd'hui est la mise en page associative. L'illustration occupe la plus grande place, fréquemment toute la page, et le texte est le plus souvent en-dessous ou au-dessus. Le compartimentage est une séparation de la page un peu comme dans la bande dessinée, avec moins de cadres. Enfin, la mise en page associative fait que texte et image ne sont pas séparés mais bien entremêlés, se donnant à lire en même temps.

Un autre rythme vient s'ajouter à celui de la double page : celui de l'alternance des pages entre elles qui vient également produire du sens.

3. Le fond de la page

Le fond de page est également signifiant. Avec le blanc par nature abstrait  le personnage ou le paysage est mis en valeur de façon naturelle. Le fond noir est beaucoup plus rare, il provoque une théâtralisation et du texte et des images. Exemples : Simon sans nuit de N. Bianco-Levrin ou Le loup de Sara.

Le rapport du fond et du cadre est aussi à interroger : quel effet provoque une image qui sort du cadre ? Quelle signification possible quand le cadre change de couleurs dans le même album ? C'est le cas de Remue-ménage chez madame K. de W. Erlbruch.

4. La figuration du texte

L'écrit est mis également en scène : des onomatopées, des bruits vont devenir des illustrations, l'écrit devient image et va alors être mis en valeur, parfois de façon spectaculaire. Le choix d'une typographie spécifique à chaque personnage souligne les différents points de vue et la personnalité des quatre protagonistes dans Une histoire à quatre voix d'Anthony Browne. Dans Victor Hugo s'est égaré de P. Dumas, les trois niveaux de narration(et d'illustration sur la même page (le poème de V. Hugo, les différents commentaires de la famille d'ânes chez qui le poète est accueilli ) se juxtaposent pour provoquer un effet comique mais requérant une lecture exigeante.

5. Le rapport de sens entre texte et image

L'image va pouvoir révéler le texte ; celui-ci est prolongé par des illustrations qui proposent une interprétation, un univers particulier. C'est le cas des transpositions modernes ou simplement personnelles de certains contes traditionnels.

Exemples : Le Petit Chaperon Rouge d'A.-L. Cantone propose une illustration assez drôle, avec des éléments du décor volontairement anachroniques comme un frigidaire ou encore Fleur de cendres d'A. Romby qui propose une version japonaise de Cendrillon. L'image éclaire, facilite la compréhension du récit.

Le texte et l'image s'enrichissent l'un de l'autre, c'est le rapport des deux, mais aussi les apports différents de l'un et de l'autre en matière d'informations, de détails, qui permettent au lecteur une compréhension plus fine, un ressenti d'émotions et au final l'accès à l'univers parfois complexe créé par l'auteur. Exemple : L'été de Garmann de S. Hole.

L'image peut aussi dire autre chose que le texte, elle peut d'ailleurs avoir le dernier mot ! Exemples : Le géant de Zéralda de T. Ungerer ou encore Le déjeuner de la petite ogresse d'A. Vaugelade. Dans ces deux cas c'est la fin du livre et son interprétation qui sont modifiés par la dernière image.

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