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Entretien avec Jean-Pierre Véran

Par Savoirs CDI,
[novembre 2012]

Mots clés : blog

Jean-Pierre Véran est Inspecteur d'académie (h) et formateur associé à l'Université Montpellier 2, il est également l'animateur d'un blog sur Médiapart : Opens external link in new windowblogs.mediapart.fr/blog/jean-pierre-veran. SavoirsCDI l'interroge sur cet aspect de son activité.

 

Bonjour M. Véran, comment pourriez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Formateur associé à l'université Montpellier 2, où je suis notamment responsable d'une unité d'enseignement de master sur la gouvernance des organisations éducatives, membre du directoire du CAPES de documentation, j'ai été pendant 10 ans, inspecteur d'académie chargé des établissements et de la vie scolaire. Ces dernières années, j'ai contribué à un ouvrage coordonné par Jean-Paul Delahaye, Le conseiller principal d'éducation, de la vie scolaire à la politique éducative, j'ai coordonné chez le même éditeur un ouvrage consacré aux emplois du temps dans le second degré, De l'emploi du temps aux emplois des temps : pour une approche globale du temps scolaire, et coordonné avec Denis Tuchais un ouvrage à paraître en novembre 2012, Guide du professeur –documentaliste - enjeux numérique, publié par le SCEREN.

Pouvez-vous nous donner les raisons qui vous ont motivé pour vous exprimer dans la sphère du « privésionnel » ?

Je ne crois pas avoir fait le choix du « privésionnel », mais plutôt celui d'une expression professionnelle hors champ institutionnel, de manière à entretenir avec ceux qui partagent les mêmes centres d'intérêt éducatifs que moi, une conversation continue sur les sujets d'intérêt commun : la documentation, la vie scolaire, l'éducation et sa gouvernance à l'ère du numérique.

Le choix de Médiapart est-il délibéré ? Si oui, pouvez-vous nous dire pourquoi ?

J'ai longtemps hésité à m'engager dans la rédaction d'un blog, tant j'étais trop souvent consterné par la teneur de nombreux commentaires affligeants, qui déprécient leurs auteurs, mais aussi, par ricochet, les blogs sur lequel ils figurent.

Le club de Médiapart, dont l'accès aux commentateurs est circonscrit par le statut d'abonné, limite les risques de ce point de vue, même s'il ne l'élimine pas.

En faisant le choix de Médiapart, premier titre de presse français exclusivement numérique, j'ai voulu aussi prolonger mon engagement au sein d'une communauté de lecteurs abonnés, et participer pleinement à l'aventure d'un journal collaboratif.

Enfin, le fait que Claude Lelièvre, Jean Baubérot, pour ne citer qu'eux, participent à cette démarche collaborative me paraît en outre un gage de qualité de l'information éducative disponible avec le club de Médiapart. Les échanges que j'ai avec d'autres membres du club –il s'agit dans certains cas d'une conversation continue de billet en billet- apportent aussi à chacun de nous, je crois, un enrichissement dans l'information et la réflexion.

Ecrire dans un blog ne vous pose-t-il pas un problème en ce qui concerne le devoir de réserve des fonctionnaires de l'Etat ?

J'ai attendu pour ouvrir mon blog d'être dégagé de mes engagements de fonctionnaire d'encadrement de l'éducation nationale. En me consacrant désormais essentiellement à la formation, j'ai jugé compatible ce mode d'expression publique personnelle avec ma situation. Je crois cependant que la célèbre formule de Michel Debré : « le fonctionnaire est un homme de silence : il sert, il travaille, il se tait » ne correspond plus à la responsabilité et l'engagement qui sont attendus de chaque fonctionnaire. Si le fonctionnaire s'exprime toujours en veillant au caractère éthique et déontologique de ce qu'il écrit, je ne crois pas que cette expression publique puisse incommoder l'institution. Au contraire, elle participe de sa gouvernance démocratique.

Je m'efforce ainsi dans chaque billet de ce blog de poser une question et d'examiner les réponses possibles, dans une approche qui se veut critique, argumentée, et non pas polémique.

Vos prises de positions sont parfois contestées sur internet par d'autres blogueurs qui sont par ailleurs des personnes qui, comme vous,  s'expriment sur leur métier. Est-ce un problème ?

Je me réjouis de ce que le débat soit vif sur la Toile, du moment qu'il demeure une confrontation d'analyses et d'arguments, et ne cède pas aux procès d'intention, aux caricatures, voire aux invectives ou aux attaques personnelles.

La première fois qu'on est ainsi invectivé (je me suis fait ainsi familièrement interpeler par un collègue que je ne connaissais pas, m'appelant par mon prénom, me tutoyant et m'incitant à aller surveiller une permanence), on mesure mieux ce qu'il en est de la netiquette et de sa mise en œuvre par tout un chacun. Et, quand il s'agit de collègues enseignants, on souhaiterait qu'ils s'interrogent sur l'exemplarité de leur comportement sur la Toile. Mais cela, c'est l'écume. L'important, c'est la fait que chacun, sur la Toile, puisse trouver, sur les questions qui l'intéressent, notamment sur le plan professionnel, des points de vue qui commentent, mettent en perspective l'actualité institutionnelle, par exemple.

Pour réaliser cette interview, SavoirsCDI a cherché votre mél sur le web, sans succès. Etes-vous préoccupé par votre identité numérique ? Si oui, quelles sont vos stratégies ?

Mon adresse mel n'est pas secrète, dans la mesure où mon adresse institutionnelle est facilement composable. Mais je ne la publie pas, parce que je suis très attaché au devoir de réponse. Je ne pense pas pouvoir répondre dans des délais corrects et en prenant le temps de la réflexion et de l'échange à plus de sollicitations que celles que je reçois sans publier mon adresse.

Une des raisons qui m'a fait choisir d'écrire mon blog sur Médiapart, c'est que les commentaires ne peuvent être portés que par les abonnés, ce qui permet là encore un dialogue maîtrisé parce que la communauté des commentateurs n'est pas infinie.

On ne vous trouve donc pas sur les réseaux sociaux, pourquoi ?

On me trouve sur des réseaux sociaux professionnels, comme Viadeo ou Linkedin. Mais pas sur Facebook ou sur Tweeter.

Justement parce que mon entrée dans ce domaine reste professionnelle exclusivement. La communauté de mes amis de chair, de sang et d'esprit suffit à constituer mon réseau amical, celle de mes étudiants comme celle des abonnés de Médiapart restent à taille humaine.

D'autre part, je suis réticent devant l'aspect selon moi par moment réducteur d'une pensée condensée en moins de 150 signes, et je redoute le fait que la réaction instantanée prenne le pas sur la réflexivité.

Je souhaite éviter aussi, me connaissant, le risque de la dispersion dans une société où les écrans nous entourent et nous sollicitent en permanence. Je protège ainsi une toute relative disponibilité d'esprit.

Quelles sont vos sources, vos outils de veille ?

Comme tout un chacun, je suis abonné à de multiples infolettres, j'appartiens à des réseaux qui ont leurs propres veilleurs, mes collègues documentalistes ont des portails netvibes fort bien faits, et mes amis ne manquent pas de m'alerter comme je les alerte sur ce que je trouve moi-même. Je crois aussi à la qualité des médias professionnels d'information, et m'appuie beaucoup sur les sites des organes de presse, notamment les sites spécialisés en éducation. Et, par delà la pelote de fils RSS et de signets favoris, je crois enfin au bonheur de la sérendipité, pour éviter l'enfermement dans une information trop calibrée, taillée sur mesure, qui ne laisserait pas leur place au plaisir de l'inattendu qui stimule la réflexion, à la surprise de l'impromptu qui bouscule les représentations établies.

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