La revue TDC propose tous les quinze jours un dossier complet consacré à un thème à dominante arts, littérature, histoire, géographie, sciences ou éducation à la citoyenneté.
« DalÍ » au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 25 mars 2013.
En lien avec « La révolution surréaliste »,
TDC n° 830 du 15 février 2002.
Le département des Arts de l’Islam : ouverture des nouveaux espaces au musée du Louvre à Paris
En lien avec « les arts de l’Islam »
TDC n° 1047 du 1er janvier 2013
« Walid Raad, Préface à la première édition », au musée du Louvre du 19 janvier au 8 avril 2013.
En lien avec « Les arts de l’Islam »
TDC n° 1047 du 1er janvier 2013.Histoire - instruction civique et morale / cycle 3
Par Marie-Jeanne Ouriachi et Olivier Szwaja, professeurs d’histoire-géographie à l’IUFM de Franche-Comté
L’école au service de la République
DOC A Alfred Mézières, Éducation morale et instruction civique à l’usage des écoles primaires, cours moyen et supérieur, Delagrave, 1897 (7e édition).
L’élaboration du « roman national »
DOC B Ernest LAVISSE, Manuel d’histoire de France, cours moyen, Armand Colin, 1912.
DOC C « Kellermann et les volontaires de 1792 », illustration extraite de Désiré Blanchet, Histoire de France, cours moyen, Belin, 1894.
Le panthéon national des livres d’histoire
DOC D Ernest Gauthier-Deschamps, Cours élémentaire d’histoire de France, Hachette, 1904.
DOC E Ernest Lavisse, Manuel d’histoire de France, cours moyen, 1912 et Ernest Lavisse, Manuel d’histoire de France, cours moyen, Armand Colin, 1916.
DOC F Lionel-Noël Royer, Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César, 1899. Huile sur toile, 421 x 321 cm. Le Puy-en-Velay, musée Crozatier.
DOC G Place de la République, à Paris, le 14 juillet 1883. Image populaire anonyme. Paris, musée Carnavalet.
DOC H Ernest Lavisse, Manuel d’histoire de France, cours moyen, Armand Colin, 1912.
La défaite de 1870 et l’épisode de la Commune sont à l’origine d’un volontarisme éducatif fondé notamment sur l’histoire : il s’agit de former des citoyens qui puisent dans le souvenir du passé des raisons de vivre ensemble, capables d’utiliser « le vote plutôt que le fusil ». L’auteur de ce manuel scolaire, Alfred Mézières (1826-1915), né et mort à Réhon, en Moselle, docteur ès lettres, professeur à la Sorbonne et membre de l’Académie française, est un homme politique de centre gauche qui a occupé le siège de député de Meurthe-et-Moselle de 1881 à 1900, puis celui de sénateur – de la même circonscription – de 1900 jusqu’à sa mort. Dans ce texte, la référence à Metz n’est pas anodine : l’auteur sait que le souvenir des provinces perdues est vivace et renvoie à une blessure qui justifie l’appel à l’union de tous les Français pour permettre le « relèvement de la patrie ». Or cette union nécessite que l’on fasse abstraction des divisions politiques, encore très marquées en 1883 (date de la préface du manuel), puisque la république, proclamée en 1870, n’a été organisée – le texte le rappelle – qu’en 1875 par le vote de l’amendement Wallon en janvier (portant sur l’élection du président de la République) et par les trois lois constitutionnelles des 24 février (organisation des pouvoirs), 25 février (organisation du Sénat) et 16 juillet (rapports des pouvoirs publics).
Dans le corps de la leçon, l’auteur insiste sur le fait que la république est le « gouvernement légal de la France », ce qui sous-entend qu’elle n’est pas née d’une révolution. La suite du texte insiste d’ailleurs sur le fait que ce régime est le meilleur rempart contre tout soulèvement (« le vote plus fort que le fusil » est un thème déjà présent en 1848). Il s’agit de rassurer une population, notamment rurale, restée majoritairement conservatrice, pour qui république et révolution sont synonymes. Or, dans cette entreprise de légitimation du régime républicain, l’école a joué un rôle non négligeable : les élèves y apprennent qu’ils sont des « citoyens » et non des « sujets », ayant des devoirs mais aussi des droits. En développant cette « pédagogie des droits » (Pierre Albertini), l’école républicaine devient l’un des piliers du régime. Par ailleurs, elle a cherché à prouver que la république était à la fois modérée mais porteuse d’un projet égalitaire, fondé sur le mérite, qui a profondément imprégné un pays jusque-là marqué par l’idéologie aristocratique. • Proposer les activités 1 et 2 dans TDC « École et nation », n° 1005, 15 décembre 2010, p. 37.
L’affirmation de la république dans les dernières décennies du XIXe siècle s’est accompagnée d’un fort investissement dans l’histoire à travers l’édification d’un roman national qui a pour but d’affirmer une identité commune. Rappelons toutefois que la IIIe République s’inscrit dans la lignée de la monarchie de Juillet, dont le ministre de l’Instruction publique de 1832 à 1837 n’est autre que François Guizot, historien, promoteur d’une politique mémorielle parce que « la société pour croire en elle-même a besoin de ne pas être née d’hier » (Du gouvernement de la France depuis la Restauration et du ministère actuel, Ladvocat, 1820).
Les manuels scolaires jouent un rôle fondamental dans l’élaboration ainsi que dans la mémorisation de ce récit : les auteurs se doivent d’adapter le passé afin de mettre en évidence le processus de construction de la nation et d’élaboration de l’identité française. Le passé est raconté en mettant en valeur certains jalons, temps forts considérés comme symboliques de ce récit. Ainsi, l’insistance mise sur la fête de la Fédération (doc B) plutôt que sur la prise de la Bastille dans la plupart des manuels tient à la volonté de souligner les bienfaits de la concorde et de la fraternité. On y retrouve l’une des valeurs qui inspirent le projet pédagogique de la IIIe République : le rassemblement des énergies nationales.
Quant aux affrontements du passé, ils prennent place dans une construction qui s’apparente à un destin commun. Ainsi, la bataille de Valmy (doc C) s’inscrit « logiquement » dans la longue lignée des épisodes militaires qui témoignent de la cohérence du roman national, à savoir Bouvines, Marignan et Fontenoy. Cette gravure, extraite d’un manuel écrit par Désiré Blanchet, professeur agrégé d’histoire et de géographie et proviseur honoraire des lycées Louis-le-Grand et Condorcet, met en avant le rôle du général Kellermann et des volontaires de 1792. Elle met également en lumière le fait que le roman national, s’il place au premier plan certains moments clés, honore également certains acteurs de l’histoire, célèbres ou anonymes – comme les soldats de l’an II présentés dans le doc D –, entrés dans « l’album de famille de tous les français » (Gaston Bonheur cité par Christian Amalvi) pour former ainsi une sorte de panthéon national. • Proposer les activités 1 et 2 p. 37.
Au cours de la première moitié du XIXe siècle de développe une conception plus « charnelle » de la nation, notamment sous la plume de Jules Michelet. Dans les ouvrages de ce dernier, la France apparaît comme une personne dont le destin est marqué par des moments décisifs, tous incarnés par des personnages fondateurs, comme Jeanne d’Arc (docs E) ou les volontaires de 92.
Ernest Lavisse favorise la transposition de cette vision romantique de l’histoire dans les manuels scolaires. L’histoire sainte, jusque-là dominante, cède la place à une histoire de France peuplée de héros qualifiés de « saints laïques » comme Vercingétorix. Ces figures exemplaires sont proposées en modèles à la jeunesse. À cet égard, le doc D est éclairant parce qu’il dresse la liste des héros – ceux que les élèves se doivent d’admirer, les « martyrs du patriotisme » comme Vercingétorix et Jeanne d’Arc –, ainsi que celle des « bons » rois – Louis IX (qui n’est pas appelé Saint Louis, laïcité oblige) et Henri IV, auxquels il convient d’associer Napoléon, crédité d’une image positive parce qu’il a servi la grandeur de la France. Intervient un second élément, essentiel, puisque cette liste, qu’il faut compléter en citant les volontaires de l’an II, associe des figures issues de l’Ancien Régime comme de la Révolution française : la IIIe République opère la synthèse des héritages de ces deux périodes et réconcilie les Français avec leur passé. Cependant, les manuels, nous l’avons signalé, opèrent un tri : le doc D livre également une liste des « mauvais » rois, tels Henri III et Louis XV…
Ce corpus appelle enfin une remarque à caractère didactique : il convient en effet d’insister sur le poids des images dans ces ouvrages. Jules Ferry et ses successeurs conseillent aux enseignants d’utiliser des illustrations pour prolonger leurs leçons. La plupart des manuels se transforment alors en une succession de gravures commentées qui doivent servir à insuffler aux jeunes élèves l’amour de la patrie et de la république, désormais présentées comme indissociables. Cette iconographie est utilisée pour frapper l’imagination, agir sur les émotions et les sentiments, et pour constituer cette « communauté de rêves » qui, selon Ernest Renan, favorise l’unité morale d’une nation divisée sur les plans politique et religieux. Par ailleurs, les scènes emblématiques, telles que la reddition de Vercingétorix à César ou Jeanne d’Arc délivrant Orléans (doc E), perçues par les élèves-spectateurs, restituent le passé.
Le tableau de Lionel-Noël Royer (1852-1926), Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César (doc F), s’inscrit dans l’œuvre de construction du sentiment national et d’exaltation des grandes batailles de la nation. S’inspirant de récits historiques ou mythologiques, ce peintre a notamment représenté huit scènes de la vie de Jeanne d’Arc (basilique du Bois-Chenu à Domrémy-la-Pucelle). Il prend position en faveur du héros en s’autorisant quelques anachronismes (costume, monture) : la composition picturale confère au vaincu une supériorité sur le vainqueur. • Proposer les activités 1 et 2 dans TDC « École et nation », n° 1005, 15 décembre 2010, p. 37.
Le défilé des bataillons scolaires (doc G) montre un épisode de la communion républicaine et patriotique auquel participent des écoliers. Le 14 juillet 1883, place de la République à Paris, la grande statue de Marianne dominant deux sculptures, la Liberté et l’Égalité (la Fraternité, derrière, est ici cachée par le socle), est inaugurée. Elle symbolise le régime politique triomphant. À ses pieds, le lion placé près d’une urne représente la force du peuple souverain qui s’exprime par le suffrage universel. Les drapeaux tricolores donnent une tonalité qui est celle des couleurs de la République. L’ensemble des symboles, fête nationale, devise, drapeau, est choisi en 1879-1880 pour inscrire le nouveau régime dans l’héritage de la Révolution, désormais pleinement achevée.
La dimension patriotique est indissociable de la dimension politique. Le mot « patrie » est clairement lisible. Cet élan est encore tributaire du traumatisme de 1870. Les hommes politiques au pouvoir appartiennent à la génération de la défaite, annonciatrice d’une revanche prochaine. L’enjeu est de montrer que la république défend la patrie, notamment en éduquant les futurs soldats.
L’école, autre pilier de la république mis en scène sur l’image, est naturellement le lieu de cette éducation patriotique et militaire pour les jeunes garçons. Les bataillons scolaires sont créés par la loi de 1882. S’y emploient les instituteurs, les communes et les vétérans des armées qui initient les élèves aux exercices physiques, à la discipline et aux rudiments de l’instruction militaire. Un bataillon scolaire réunit 50 garçons de plus de 12 ans. Ils reçoivent un uniforme, de petits clairons et tambours, des fusils en modèles réduits. Des diplômes récompensent les élèves. À partir de 14 ans, les garçons peuvent s’exercer au tir. Le moment fort dans la vie de ces bataillons est le défilé du 14 Juillet, préparé avec soin. Coûteuse, cette institution disparaît toutefois dès 1892.
Le patriotisme est également véhiculé par l’enseignement de l’histoire et de l’instruction civique. Lavisse réunit en un tout la patrie, la république et la liberté. La république qui a mis fin au despotisme a donné à la France les principes de sa nouvelle grandeur. Elle en fait un modèle universel, à aimer et à défendre. Dans ses manuels, Lavisse définit la patrie : « C’est la France dans le Passé, la France dans le Présent, la France dans l’Avenir. » L’histoire nationale devient sous sa plume une suite d’exemples édifiants pour l’instruction civique. Elle doit susciter l’amour de la patrie. Il s’agit aussi d’asseoir la légitimité de la république en en faisant l’héritière d’un glorieux passé. La mémoire des ancêtres qui ont combattu pour la France, entité éternelle définie autant par son histoire que par sa géographie, est exaltée. Si l’histoire événementielle est surtout une « histoire-bataille », c’est pour proposer aux jeunes écoliers l’idéal martial, omniprésent dans les manuels. L’héroïsme guerrier s’incarne génération après génération. Comme leurs ancêtres, les jeunes Français doivent donc être prêts à prendre les armes pour défendre leur pays, voire laver l’humiliation de 1870 (doc H). • Proposer les activités 1 et 2 p. 37.
1. a. Ce défilé a lieu le 14 juillet, jour de la fête nationale. Ce sont les bataillons scolaires qui défilent.
b. Le bonnet phrygien est à l’origine un symbole d’origine grecque puis romaine, repris par les insurgés lors de la guerre d’Indépendance en Amérique. Il devient sous la Révolution symbole de liberté, et est depuis l’un des symboles de la Révolution française. Le drapeau tricolore est le symbole de la France. Marianne est le symbole de la République.
c. RF signifie « République française ».
e. Le personnage politique qui a réorganisé l’école en 1881-1882 est Jules Ferry.
f. Les écoliers, de jeunes garçons, sont en uniforme (béret de marin avec pompon, veste bleue, pantalon blanc). Les plus jeunes jouent du tambour ou du clairon, les autres arborent un fusil et défilent en rang, au pas.
h. Pour la connaissance et l’amour de la république : le premier paragraphe du doc A ; deux derniers paragraphes du doc H. Pour l’amour et la défense de la patrie : deuxième paragraphe du doc A et les trois premiers paragraphes du doc I.
2 a.
ANTIQUITÉ | MOYEN ÂGE | TEMPS MODERNES | ÉPOQUE CONTEMPORAINE | ||
|---|---|---|---|---|---|
Révolution française | XIXe siècle | XXe siècle | |||
Vercingétorix | Charlemagne, saint Louis, Jeanne d’Arc, Charles VII | Henri III | Fête de la Fédération, 14 juillet 1792 | Napoléon La défaite de 1870 |
|
b. Cette histoire de France recouvre toutes les périodes. On étudie encore aujourd’hui Vercingétorix, Charlemagne, Saint Louis, Jeanne d’Arc, Henri IV, Napoléon.
c. Les points communs entre ces différents documents sont les attitudes héroïques lors des batailles.
d. L’ensemble des documents évoque la grandeur, la beauté et la force de la France.
e. Les valeurs enseignées sont la bravoure et l’amour de la France. Le lien est l’instruction patriotique.