La revue TDC propose tous les quinze jours un dossier complet consacré à un thème à dominante arts, littérature, histoire, géographie, sciences ou éducation à la citoyenneté.
Le printemps de la Renaissance : la sculpture et les arts à Florence, 1400-1460, au musée du Louvre
Du 26 septembre 2013 au 6 janvier 2014
En lien avec « Humanisme et Renaissance »
TDC n° 1039 du 1er septembre 2012
Georges Braque au Grand-Palais
Du 18 septembre 2013 au 6 janvier 2014
En lien avec « Le cubisme »
TDC n° 940 du 15 septembre 2007Histoire - instruction civique et morale - français / cycle 3
Par Françoise Picot, IEN, et Claude Picot, conseiller pédagogique
DOC A Horace Vernet, Philippe Auguste à la bataille de Bouvines, le 27 juillet 1214, 1827. Huile sur toile, 958 x 510 cm. Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon.
DOC B Léon Cogniet, La Garde nationale de Paris, rassemblée sur le Pont-Neuf, part pour l’armée, septembre 1792, 1833-1836. Huile sur toile, 204 x 189 cm. Versailles, châteaux de Versailles et du Trianon.
DOC C L’ordonnance de Villers-Cotterêts signée par François Ier au parlement de Paris, 10-15 août 1539.
DOC D Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789. Articles I, II, III, VI.
DOC E La Constitution de 1958
Expressions de la conscience nationale
DOC F Affiche de la tour Eiffel pour l’Exposition universelle de 1889.
DOC G Équipe française de handball au palais des sports de Paris.
DOC H Manifestation du 1er Mai 2005 à Niort.
DOC I Lancement de la fusée Ariane le 5 août 2008.
Doc A. Philippe Auguste à la Bataille de Bouvines d’Horace Vernet (1789-1863) est une commande du roi Charles X pour les salles du Conseil d’État au Louvre. Elle est actuellement conservée dans la galerie des Batailles du château de Versailles. Elle renvoie à un événement de l’histoire de France, le moment qui précède l’affrontement du dimanche 27 juillet 1214 avec l’empereur allemand du Saint Empire romain germanique, Otton IV, allié du roi d’Angleterre et soutenu par Guillaume, comte de Salisbury. Au centre du tableau, le roi Philippe Auguste (1165-1223) tend les mains en direction de sa couronne déposée sur un autel. Mis en cause par plusieurs de ses vassaux, il les met au défi de s’en saisir s’ils s’en estiment plus dignes que lui. Il est finalement acclamé : les pointes d’épées dirigées vers le sol, l’inclinaison de l’étendard et la position révérencieuse du personnage central le suggèrent.
Plusieurs historiens, dont Ernest Lavisse, personnage clé de l’école républicaine, ou plus récemment Georges Duby, considèrent que cette bataille est la première manifestation emblématique de l’idée de nation. Pour la première fois dans l’histoire de France, l’armée du roi s’était vue renforcée par la présence de milices communales spontanément assemblées aux forces royales contre la coalition montée par Jean sans Terre – roi d’Angleterre – et conduite par Otton IV, au côté des vassaux. La bataille eut lieu entre Tournai et Lille. En dépit des 25 000 hommes que Philippe Auguste opposait aux 80 000 soldats de la coalition, la victoire revint au roi de France.
D’après le chroniqueur Guillaume le Breton, chapelain à la Cour, le retour du roi fut accompagné jusqu’à Paris d’importantes manifestations populaires : interruption du travail des champs et acclamations des paysans tout au long du cortège contre « Ferrand », le comte de Flandre considéré comme un traître, enfermé dans une cage et enchaîné ; chant des Parisiens jusqu’à la nuit au milieu des flambeaux. Il convient de moduler ces témoignages, mais il n’en demeure pas moins que cet événement est un exemple de ferveur patriotique liée à l’appartenance à un territoire. On en vit d’autres exemples durant la guerre de Cent Ans.
Cette unification se fortifie sous le règne de Philippe le Bel (1285-1314) grâce à la publication d’édits et de règlements renforçant l’administration royale. • Expliquer le contexte de la bataille et faire l’activité 1 dans TDC « École et nation », n° 1004, 15 décembre 2010, p. 32.
Doc B. Cette œuvre de Léon Cogniet (1794-1880) commandée par le roi Louis-Philippe pour célébrer la réconciliation nationale est une scène d’enrôlement qui se serait déroulée en septembre 1792 à Paris, sur le Pont-Neuf. La statue du roi Henri IV a été retirée par les révolutionnaires et remplacée par un immense étendard tricolore. La représentation rend compte de l’enthousiasme des volontaires qui contribuèrent à la victoire de Valmy et à la proclamation de la République. Au premier plan se trouvent Joseph Maison, futur maréchal de France, et, à droite, debout sur le parapet, en robe noire et brandissant son chapeau, Théroigne de Méricourt, figure féminine emblématique de la Révolution.
Depuis le 20 avril 1792, la France est en guerre contre l’Autriche et la Prusse, deux monarchies solidaires de la famille royale. De victoire en victoire, face à une armée désorganisée, les alliés avancent vers Paris. Devant cette menace d’invasion, le 11 juillet 1792, l’Assemblée législative déclare la patrie en danger et décide de lever 50 000 volontaires issus des gardes nationales. Nombreux sont les engagés venus renforcer l’armée malgré leur mauvais équipement. Le 20 septembre 1792, ces « soldats de la Révolution » se rassemblent sur les hauteurs de Valmy et, conduits par Kellermann au cri de « Vive la nation ! », arrêtent l’avance prussienne.
Se développe ainsi, avec des actes décisionnels qui ne sont plus seulement l’apanage des dirigeants, un sentiment national fortement enraciné dans le peuple. • Expliquer le contexte de la levée en masse et faire l’activité 1 p. 32.
Doc C. Entre le 10 et le 15 août 1539, François Ier signe à Villers-Cotterêts une ordonnance de 192 articles. Elle institue ce qui deviendra par la suite « l’état civil », et stipule que tous les actes légaux et notariés doivent désormais être rédigés en français et non plus en latin, langue des érudits de l’époque. Le français devient donc langue officielle, et les sujets du roi peuvent comprendre les documents administratifs et judiciaires sous réserve qu’ils lisent et écrivent la langue d’oïl. Contrairement à d’autres nations européennes, comme l’Angleterre, l’Allemagne ou l’Espagne, la France est, à l’origine, une construction politique sans unité linguistique. À l’exception de l’Île-de-France et du Val de Loire, toutes les provinces ont usé de langues plus ou moins éloignées du français de Paris dans la vie quotidienne jusqu’au début du XXe siècle. En effet, l’unité linguistique, patrimoine commun et principal facteur d’unité du peuple, n’a été véritablement achevée qu’au milieu du XXe siècle, grâce à la pression exercée sur les enfants du peuple par les instituteurs de l’école laïque.
En France, la Révolution fait de la nation une idée centrale, née de la volonté populaire. Ce désir conscient relève d’un « contrat social » par lequel la communauté des citoyens se donne des règles et un État. Ainsi une Constitution, des lois et un système de gouvernement représentent la souveraineté populaire. C’est ce que signifient l’article VI de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et l’article III de la Constitution de 1958.
Se pose cependant le problème de la définition du citoyen. Pour les révolutionnaires, le mot « citoyen » s’oppose au terme « sujet » et désigne tout homme sans notion de hiérarchie sociale – cependant les femmes étaient exclues du droit de suffrage. Il faudra attendre la Constitution de 1946 pour que soient définies l’égalité des hommes et des femmes ainsi que celle des citoyens quelles que soient leur origine, leur race ou leur croyance religieuse, la citoyenneté étant acquise par filiation, par naturalisation ou par option.
Pour Ernest Renan, « former une nation, c’est avoir fait des choses ensemble et vouloir en faire encore ». Cette volonté s’appuie sur un mode affectif autant que sur la raison. Différents critères peuvent être ou non retenus pour définir une nation. Certains d’ordre matériel : un territoire avec des frontières (au-delà desquelles vivent les étrangers), une langue commune qui permet de développer un espace social de communication et de véhiculer une culture et un patrimoine communs. D’autres, ethniques ou religieux, et non retenus par tous, définissent des nations qui seraient constituées d’individus de même origine, de même sang et/ou pratiquant la même religion. D’autres encore définissent la nation comme un ensemble d’individus ayant un passé et une mémoire collectives. D’une manière générale, le sentiment d’appartenance à un même groupe se construit avec des liens de solidarité noués à partir d’un vécu commun, produit de luttes, de malheurs, d’espoirs qui forgent la conscience nationale. La nation définit ses valeurs, fixe ses règles de fonctionnement et choisit ceux qui auront pour tâche de les faire appliquer.
En France, la République, « indivisible, laïque, démocratique et sociale », se confond avec la nation et touche à l’universel, puisque ses lois, construites sur le principe « d’égalité » sans distinction d’origine, de race ou de religion, ne peuvent être que « l’expression de la volonté générale ». Volonté générale qui ne peut naître que de l’échange, du débat, du consensus. Cette résultante analytique ne peut se confondre avec une somme arithmétique de volontés individuelles. La République va donc au-delà de la simple démocratie. • Faire l’activité 2 p. 32.
Doc F. Cette affiche de l’Exposition universelle de 1889 à Paris témoigne de l’une des manifestations prestigieuses organisées par certains pays afin de célébrer les avancées techniques – ici en lien avec l’industrialisation du XIXe siècle et les formes architecturales – et le génie national. Les participations ou les refus diplomatiques relèvent de la politique étrangère d’un pays. Ainsi, l’Exposition de 1889, qui célébrait le centenaire de la Révolution, a été marquée par l’absence des grandes monarchies européennes, qui ont décliné l’invitation. Aujourd’hui, ces manifestations, organisées sur des thématiques humanistes dans des lieux choisis par un bureau international, demeurent des opérations de prestige où les nations trouvent l’occasion d’affirmer leur puissance économique. • Faire l’activité 3 p. 32.
Doc G. Ces jeunes femmes, d’origines différentes et visiblement épanouies, constituent une équipe féminine de handball apparemment soudée et solidaire, sélectionnée pour représenter la France dans les compétitions internationales. Le sport est une activité culturelle dont la mission est d’entretenir des liens amicaux entre les nations tout en respectant une éthique : pratique loyale, meilleure connaissance de soi et interaction sociale. Parfois la professionnalisation de certains sports, l’intrusion de l’argent et la médiatisation en ont perverti la finalité. • Faire l’activité 3 p. 32.
Doc H. Cette photographie a été prise à l’occasion d’un défilé du 1er Mai – identifié symboliquement par la présence du brin de muguet – à Niort. Une manifestante arbore une carte vitale émise par la sécurité sociale. Un slogan sur le devenir de cet acquis fondamental est substitué au texte initial. En effet, l’article 1 de la Constitution de 1958, expression de la volonté générale, définit les valeurs que s’est données la Nation en précisant que « la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». En outre, le préambule de la Constitution de 1946 stipule clairement que la République « garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence ».
Au nom de ce principe d’égalité, la France s’est dotée progressivement d’un système de protection sociale. La loi du 22 mai 1946 a posé le principe de sa généralisation à l’ensemble de la population, mais les professions agricoles ont conservé leurs institutions spécifiques. Les salariés des régimes spéciaux ont refusé de s’intégrer dans le régime général et ont conservé, dans un cadre « transitoire » qui dure encore, leurs régimes spécifiques (fonctionnaires, marins, cheminots, mineurs, etc.). Cette unité administrative n’est toujours pas achevée. La France a en effet fait le choix d’une sécurité sociale qui protège solidairement l’ensemble de la population quelles que soient les caractéristiques d’âge ou de santé des citoyens. Ce choix engendre l’obligation, pour tous, de participer et de cotiser à ce socle commun. Les Français, très attachés à leur système de protection sociale, sont inquiets devant les réformes qui, pour des raisons financières, risquent de le remettre en cause. • Définir avec les élèves ce qu’est la sécurité sociale, relire le préambule de la Constitution de 1946 et faire l’activité 3 p. 32.
Doc I. Le 14 août 2008, la fusée Ariane 5 a décollé de la base de Kourou, en Guyane française, avec à son bord deux satellites de communication. Ce porteur, qui détient plus de la moitié du marché des lanceurs de satellites, constitue le fleuron de l’industrie spatiale européenne. Financé essentiellement par la France, l’Allemagne, l’Italie, auxquelles se joignent d’autres États européens, il prouve que, techniquement et économiquement, les pays de l’UE peuvent se rassembler et s’unir dans des projets de grande envergure. Mais ces réalisations communes – l’instauration des échanges commerciaux, la libre circulation des individus, voire une monnaie commune – suffisent-elles à créer chez les individus un sentiment d’appartenance à une même nation ? Certes, la citoyenneté européenne est une notion nouvelle issue du traité de Maastricht, signé en 1992, qui fonde le droit de vote pour les Européens aux élections municipales et la liberté de circulation des personnes en Europe, mais les événements consécutifs à la crise de 2009 (replis, rejets, etc.), montrent que la solidarité est à construire. En effet, la nature de la citoyenneté est extrêmement différente selon les États européens, qu’il s’agisse de républiques ou de monarchies, d’États unitaires ou fédéraux, d’États laïcs ou non, etc. Contrairement à la France où domine une conception égalitaire et laïque de la citoyenneté, l’Angleterre et l’Allemagne sont dominées par des conceptions différentialistes fondées sur une approche communautaire, ethnique et religieuse. La France existe également par ses liens de solidarité et par son service public : ce sentiment d’appartenance à une identité collective et solidaire forte est indispensable à l’acceptation de règles définies en commun. • Faire l’activité 3 p. 32.