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Célébrités et anonymes

Histoire - histoire des arts - français / cycle 3

Par Marie-Jeanne Ouriachi, professeure d’histoire-géographie, IUFM

DOCUMENTS

La reine et le roi dans la Révolution

DOC A Louis XVI et Marie-Antoinette, organisatrice de la fuite de Varennes, et le dauphin, 1791. Paris, BnF.

DOC B Louis XVI et son confesseur Edgeworth, un instant avant sa mort, le 21 janvier 1793, 1793. Paris, BnF.

Portraits de révolutionnaires

DOC C Joseph Boze, Honoré-Gabriel Riqueti, marquis de Mirabeau, 1789. Versailles, musée du château.

DOC D Adélaïde Labille-Guiard, Maximilien de Robespierre, 1791. Collection particulière.

Un martyr de la Révolution

DOC E Jacques-Louis David, Marat assassiné, 1793. Bruxelles, musée d’Art ancien.

Les inconnus de la Révolution

DOC F Journée du 5 octobre 1789 : les Parisiennes se rendent à Versailles armées de haches et de piques, elles vont demander du pain au roi et veulent ramener la famille royale à Paris, 1789. Paris, musée Carnavalet.

DOC G Jean-Baptiste Lesueur, Armée révolutionnaire, entre 1793 et 1794. Paris, musée Carnavalet.

ANALYSES DES DOCUMENTS

La reine et le roi dans la Révolution

Ces deux documents évoquent deux temps forts de la fin de la monarchie. La caricature (doc A) représente l’épisode crucial de la fuite à Varennes. Louis XVI y apparaît passif, et Marie-Antoinette est explicitement désignée comme la responsable de cette décision. Pourtant, lorsque le roi tente de s’expliquer dans une lettre laissée aux Tuileries, il rappelle plusieurs faits qui ne concernent pas tous la reine : la constitution civile du clergé et sa résidence aux Tuileries, qui lui donne le sentiment d’être prisonnier des Parisiens. D’autres raisons ont également motivé la décision de Louis XVI : la mort de Mirabeau, en avril 1791, qui le prive d’un précieux soutien, et l’hostilité des Français envers Marie-Antoinette.

Cette caricature témoigne de cette hostilité. Elle fait allusion au scandale du collier. Sous ses jupes sont représentés le cardinal de Rohan et la comtesse de la Motte, qui avait fait acheter un collier au cardinal en lui affirmant qu’il s’agissait d’une demande royale. Malgré la découverte des responsables du complot, la population ne crut pas en l’innocence de la reine. Marie-Antoinette est représentée ici franchissant la distance qui sépare les Tuileries (résidence de la famille royale depuis les journées d’octobre 1789) d’un lieu, figuré par un rocher, où se trouvent des nobles et des membres du clergé – sans doute des émigrés qui ont fui la France. Elle porte sur son dos le roi et le dauphin, qu’elle conduit avec deux femmes, probablement la fille aînée du couple royal et la sœur du roi.
Dès avant la Révolution, une littérature grise circule sous le manteau et contribue largement à discréditer la reine. À quoi s’ajoutent ses liens familiaux avec l’empereur d’Autriche, son oncle, qui accueille les aristocrates émigrés refusant la Révolution.

Après la fuite à Varennes, et malgré la déclaration de l’Assemblée nationale qui proclame officiellement que « le roi et la famille royale ont été enlevés », la rupture est consommée entre le peuple et son roi. Celui-ci est en sursis jusqu’à la journée du 10 août 1792 et la prise des Tuileries. Suivront la proclamation de la République, l’emprisonnement de la famille royale au Temple et le procès, au cours duquel s’affrontent les partisans du bannissement et ceux qui souhaitent la condamnation à mort, afin d’assurer la pérennité de la Révolution : c’est le cas notamment des Montagnards, en particulier de Robespierre.
Cette gravure (doc B) a été réalisée à partir d’un tableau de Charles Benazech (1767-1794), un artiste anglais qui a peint la scène d’après le témoignage de l’abbé Edgeworth de Firmont, le confesseur du souverain après sa condamnation. Elle montre les derniers sacrements reçus par Louis XVI au pied de l’échafaud. Alors qu’il va se tourner vers le peuple pour s’exprimer une dernière fois et proclamer son innocence, le commandant de la garde nationale fait battre le tambour pour couvrir sa voix. Sanson, le bourreau, montre ensuite sa tête au peuple. La scène se déroule sur la place de la Révolution, actuelle place de la Concorde. Ce type d’œuvres a joué un rôle majeur dans l’héroïsation du roi, pourtant décrié de son vivant, y compris dans les milieux nobles qui lui reprochaient d’avoir causé la perte de la monarchie. • Proposer les activités 1 et 2 dans TDC, « La Révolution en images », n° 1013, p. 32.

Portraits de révolutionnaires

Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau (1749-1791), est issu d’une grande famille de la noblesse provençale d’origine italienne, avec laquelle il entretient des relations difficiles : son père le fera emprisonner à plusieurs reprises au fort de Vincennes. Influencé par les philosophes des Lumières, Mirabeau publie avant la Révolution des écrits en faveur de grandes réformes. Malgré son appartenance à la noblesse, il est élu député du tiers état aux états généraux qu’il contribue à transformer en Assemblée nationale avec Emmanuel-Joseph Sieyès. Il en devient l’un des principaux porte-parole grâce à ses qualités d’orateur, bien que partisan de la monarchie constitutionnelle. À sa mort, il est inhumé au Panthéon. Mais la découverte, un an plus tard, de contacts secrets avec Louis XVI ruine sa réputation.

Le parcours de Maximilien de Robespierre (1758-1794) diffère sensiblement de celui de Mirabeau. Issu d’une famille de marchands et d’hommes de loi d’Arras, il appartient à la bourgeoisie. Influencé par sa lecture des philosophes, notamment celle du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau, il soutient les revendications démocratiques. Devenu avocat, il est élu aux états généraux en tant que député du tiers état d’Arras. Principal animateur du club des Jacobins, il se fait remarquer par ses idées sur l’égalité et la fraternité, et s’oppose au suffrage censitaire en 1791 et à la déclaration de guerre en 1792. Il vote la mort du roi et devient en 1793 le membre le plus influent du Comité de salut public. Désireux de réaliser son idéal démocratique, il veut instaurer un gouvernement populaire fondé sur la vertu et, en temps de crise, sur la terreur. Sa rigueur morale lui vaut le surnom d’« Incorruptible ». Détesté par les modérés mais aussi par une partie du Comité de salut public, il échoue lorsque la situation extérieure de la République est rétablie : accusé par les députés de la Convention de vouloir la dictature, il est arrêté le 9 thermidor de l’an II (27 juillet 1794) et guillotiné malgré un soulèvement de la Commune.

L’art du portrait au XVIIe siècle, lié à l’émancipation de l’individu depuis la Renaissance, se caractérise par l’analyse des passions, la typologie des physionomies et le souci de rendre compte des caractères individuels. Le XVIIIe siècle, qui donne toute sa place à la bourgeoisie, insiste davantage encore sur cette individualisation.

Dans ces deux portraits, Mirabeau et Robespierre sont revêtus à la manière des députés du tiers état : habit noir, cravate blanche et perruque poudrée. À la différence du costume chamarré de la noblesse, ce vêtement très sobre est d’abord imposé aux députés du troisième ordre, puis revendiqué par les révolutionnaires. Le portrait de Mirabeau par Joseph Boze (1745-1826), élève de Quentin de La Tour, peintre de guerre de Louis XVI et portraitiste de révolutionnaires (dont Robespierre et Marat), en révèle le disgracieux visage. À l’inverse, Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803), également élève de La Tour, choisit de montrer un personnage soucieux de respectabilité et méticuleusement soigné. Robespierre se présente comme un bourgeois, statut social qu’il revendique, mais sans excès, puisque sa mise reste simple. Souriant, il apparaît beaucoup moins austère que sa légendaire froideur ne le laisse supposer – comme dans le portrait réalisé par un peintre anonyme de l’école française du XVIIIe siècle, conservé au musée Carnavalet. Ce document est le portrait officiel d’un homme politique. Daté de 1791, il précède son entrée au Comité de salut public et la Terreur. • Proposer les activités 1 et 2, p. 32.

Un martyr de la Révolution

Jean-Paul Marat est l’une des figures emblématiques de la Révolution, dont il incarne l’« extrême gauche ». Médecin, il est connu comme fondateur du journal L’Ami du peuple et membre du club des Cordeliers. Député à la Convention, il s’oppose au roi puis aux Girondins. Après leur chute, à laquelle il contribue, il est assassiné le 13 juillet 1793 par Charlotte Corday, connue pour ses sympathies girondines.

Le 14 juillet 1793, au lendemain de sa mort, la décision est prise de l’immortaliser. Jacques-Louis David (1748-1825), ami du défunt et responsable de la mise en scène des funérailles, est chargé d’un hommage pictural à l’« ami du peuple ». La baignoire, l’encrier et le billet présents sur la scène du crime font partie de la précision documentaire de la composition. Le dépouillement du décor rappelle l’austérité, le mépris des richesses et la vertu du défunt. David transforme Marat en martyr de la Révolution, celui qui a sacrifié son bonheur à la patrie. La position du corps, la blessure au côté, la lumière, le drap qui rappelle un linceul confèrent une dimension religieuse et font de l’œuvre une sorte de pietà républicaine.

Œuvre de propagande offerte par David le 14 novembre 1793 à la Convention, ce tableau témoigne des convictions de l’auteur, lui-même engagé en politique, membre de la Convention et grand ordonnateur des fêtes révolutionnaires. • Proposer l’activité 4, p. 32.

Les inconnus de la Révolution

Ces deux œuvres rendent compte de mouvements collectifs conduits par des anonymes, plutôt que d’actions individuelles. La première rappelle l’importance du cortège féminin, escorté de quelques membres de la garde nationale, qui, le 5 octobre 1789, se rend à Versailles pour réclamer du pain et des grains, après s’être emparé des canons du Châtelet. Cette estampe s’inscrit dans un ensemble iconographique dont les éléments ont été réalisés par des contemporains : comme ses semblables, elle vise à instruire par l’image.

Elle rappelle que les femmes se sont engagées dans la Révolution de manières diverses. Lorsqu’elles participent à des émeutes, les femmes expriment un désir farouche de voir aboutir leurs revendications, comme le montre cette image où l’on voit les marchandes des halles et du faubourg Saint-Antoine décidées à gagner Versailles pour obtenir gain de cause (à l’exception d’une femme de bonne condition qui, à gauche, semble résister au mouvement). Dans leur détermination, elles s’étaient déjà rassemblées à l’Hôtel de Ville, auquel elles ont envisagé de mettre le feu, avant de partir pour Versailles en emportant toutes les armes qu’elles pouvaient trouver. Le même jour, elles se sont rendues à l’Assemblée nationale pour déposer une pétition demandant du pain. Le 6 octobre, elles ont envahi le château et contraint le roi, qui a ratifié la veille les décrets de la nuit du 4 août – date de l’abolition des privilèges –, à quitter Versailles pour Paris.

Le Doc G fait partie des nombreuses gouaches de Jean-François Lesueur et constitue un témoignage unique sur la période révolutionnaire. Qu’il s’agisse de scènes historiques ou, comme ici, de personnages isolés, ces images révèlent un réel don d’observation. Dans la série des sans-culottes, qui présente des figurines militaires, le costume, l’armement sont soigneusement dessinés. Le caractère enfantin des visages a sans doute peu à voir avec la réalité. La sans-culotterie est un ensemble divers fait de « gagne-deniers », qui n’ont pas de quoi nourrir leur famille, et d’artisans, propriétaires de leur atelier, qui peuvent employer un ou deux compagnons. Organisés en sections, ils jouent un rôle décisif en mettant des forces armées au service des comités qui organisent les journées révolutionnaires de 1792-1793. Ils financent parfois par des dons les armées. Ils participent aux luttes politiques, en faisant pression pour obtenir la prise en compte de leurs revendications (maximum sur les grains, droit à l’éducation pour tous). Après la chute de Robespierre qui, en 1794, fait mettre à mort un de leurs chefs – Jacques-René Hébert –, ils sont les premières victimes de la Terreur blanche. • Proposer l’activité 4, p. 32.