La revue TDC propose tous les quinze jours un dossier complet consacré à un thème à dominante arts, littérature, histoire, géographie, sciences ou éducation à la citoyenneté.
Le printemps de la Renaissance : la sculpture et les arts à Florence, 1400-1460, au musée du Louvre
Du 26 septembre 2013 au 6 janvier 2014
En lien avec « Humanisme et Renaissance »
TDC n° 1039 du 1er septembre 2012
Georges Braque au Grand-Palais
Du 18 septembre 2013 au 6 janvier 2014
En lien avec « Le cubisme »
TDC n° 940 du 15 septembre 2007Histoire - histoire des arts - instruction civique et morale / cycle 3
Par Olivier Szwaja, professeur d’histoire-géographie à l’IUFM de Franche-Comté
DOC A Arts de la table
• A1 Assiette révolutionnaire, 1791. Sèvres, Cité de la céramique.
• A2 Assiette commémorative de la prise de la Bastille, époque révolutionnaire. Amiens, musée de Picardie.
• A3 Assiette commémorative de la mort de Louis XVI, époque révolutionnaire. Amiens, musée de Picardie.
• A4 Assiette « La Convention », époque de la Première République. Saint-Martin-de-Ré, musée Ernest-Cognacq.
DOC A Arts de la table
• A1 Assiette révolutionnaire, 1791. Sèvres, Cité de la céramique.
• A2 Assiette commémorative de la prise de la Bastille, époque révolutionnaire. Amiens, musée de Picardie.
• A3 Assiette commémorative de la mort de Louis XVI, époque révolutionnaire. Amiens, musée de Picardie.
• A4 Assiette « La Convention », époque de la Première République. Saint-Martin-de-Ré, musée Ernest-Cognacq.
DOC B Papier peint bleu et or, faisceaux et cocardes, 1793-1794. Paris, musée Carnavalet.
DOC C Boucles d’oreilles avec guillotine, époque révolutionnaire. Paris, musée Carnavalet.
DOC D Bouton représentant les trois ordres forgeant la nouvelle Constitution, époque révolutionnaire. Paris, musée Carnavalet.
DOC E Jeux de cartes
• E1 Carte à jouer représentant un soldat, époque révolutionnaire. Paris, BnF, cabinet des Estampes.
• E2 Carte à jouer représentant un cultivateur, époque révolutionnaire. Paris, BnF, cabinet des Estampes.
• E3 Carte à jouer représentant Jean-Jacques Rousseau, époque révolutionnaire. Paris, BnF, cabinet des Estampes.
DOC F Encrier anticlérical figurant un prêtre écrasé par un bonnet phrygien, 1793-1794. Paris, musée Carnavalet.
DOC A Arts de la table
• A1 Assiette révolutionnaire, 1791. Sèvres, Cité de la céramique.
• A2 Assiette commémorative de la prise de la Bastille, époque révolutionnaire. Amiens, musée de Picardie.
• A3 Assiette commémorative de la mort de Louis XVI, époque révolutionnaire. Amiens, musée de Picardie.
• A4 Assiette « La Convention », époque de la Première République. Saint-Martin-de-Ré, musée Ernest-Cognacq.
DOC C Boucles d’oreilles avec guillotine, époque révolutionnaire. Paris, musée Carnavalet.
DOC F Encrier anticlérical figurant un prêtre écrasé par un bonnet phrygien, 1793-1794. Paris, musée Carnavalet.
Ces assiettes en faïence à l’imagerie révolutionnaire proviennent des manufactures de Nevers. Trois frères italiens sont à l’origine du premier atelier de la ville à la fin du XVIe siècle. Ils réalisent de la vaisselle historiée dans le style des majoliques de la ville italienne d’Urbino. Dès 1640 sont adoptés des motifs orientalisants avec les célèbres décors blancs sur fond bleu persan ou jaune ocre ou encore des ornements verts sur fond blanc. Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle se développent les décors à la palette qui contribuent au rayonnement européen de la faïence de Nevers. Essentiellement bleus sur fond blanc, les coloris évoluent avec l’oranger et le brun qui remplacent le rouge et le noir. Le décor d’inspiration chinoise connaît un grand succès jusqu’en 1760.
Cette production est d’abord destinée à l’aristocratie, mais la situation évolue au XVIIIe siècle et préfigure les événements de la Révolution : facture plus populaire et multiplication des pièces patronymiques. En outre, la faïence de Nevers se tourne vers la production de pièces patriotiques avec, comme dans la presse, sur les gravures et les estampes des colporteurs, le recours aux nouveaux symboles de la Révolution (docs A1 et A4) ou à la représentation de commémorations qui marquent l’affirmation de la nation et la fin de l’Ancien Régime (docs A2 et A3).
Cette imagerie émaillée est un vecteur d’enseignement révolutionnaire auprès d’une population illettrée. Les potiers de Nevers participent ainsi à l’enracinement d’une nouvelle culture politique. Leur production se diffuse dans tout le territoire national en empruntant les voies d’eau. La Loire et le canal de Briare les acheminent vers Paris. De là, elles sont diffusées dans le Bassin parisien, en Beauce, en Picardie et jusqu’en Normandie. Un autre axe les conduit vers Orléans et Nantes. Dans le Berry et vers le Sud-Ouest, jusqu’à Bordeaux, se trouvent d’autres centres de consommation. Avec l’afflux de la demande, la fabrique nivernaise devient une source de bénéfices non négligeable.
L’assiette du doc A1 arbore la devise inscrite sur les documents administratifs ou sur la façade des bâtiments publics de la monarchie constitutionnelle La nation, la Loi, le Roi, qui date de 1791. Le 9 juillet 1789, l’Assemblée issue des états généraux se transforme en Assemblée nationale constituante. Fidèle au serment du Jeu de paume du 20 juin, elle décide de ne se séparer qu’avec la création d’une Constitution par les représentants des trois ordres de la nation. C’est ce que montre le décor du bouton en ivoire (doc D). La Constitution est votée le 3 septembre 1791 et acceptée par le roi le 13 septembre. L’assiette date de cette même année.
Le 1er octobre 1791 se réunit pour la première fois l’Assemblée législative, la nouvelle assemblée élue au suffrage censitaire. La devise inscrite sur le doc A1 exprime les principes nouveaux. L’ordre des mots est essentiel. La « nation » est source de toute légitimité et souveraineté ; elle est à l’origine des lois votées par ses représentants. Le « roi » n’est inscrit qu’à la fin de la devise. La représentation nationale a fixé les bornes de son pouvoir : « Le roi ne règne que par la loi et ce n’est qu’au nom de la loi qu’il peut exiger l’obéissance. » Il possède, par l’intermédiaire de ses ministres, le pouvoir exécutif, celui de faire appliquer la loi. Cependant, la Constitution lui octroie le droit de veto et la possibilité de s’opposer aux décrets de l’Assemblée ou d’en suspendre l’application.
La deuxième assiette (doc A2) commémore la prise de la Bastille. La forteresse est surmontée d’un drapeau aux deux couleurs de Paris, le bleu et le rouge. Simple mesure défensive des Parisiens redoutant une intervention des troupes royales, le 14 juillet devient pourtant un symbole. Cette date est choisie pour la fête de la Fédération en 1790. L’inscription sur l’assiette souligne le lien entre Révolution et liberté, un des principes fondamentaux de 1789. L’alternative « ou mourir » annonce les luttes sanglantes de la nation contre ses ennemis, intérieurs et extérieurs. On peut donc voir aussi dans ce décor l’allégorie de la défense de la France révolutionnaire, nouvelle citadelle de la liberté. • Proposer les activités de 1 à 3 dans TDC, « La Révolution en images », n° 1013, p. 37.
Ce papier peint (doc B) décorait la salle du Comité de salut public aux Tuileries. Il est orné des symboles républicains du début de la Révolution, alors que la France est encore une monarchie. La cocarde tricolore apparaît aux lendemains de la prise de la Bastille. Le 17 juillet, à l’hôtel de ville de Paris, Gilbert du Motier de La Fayette, commandant de la garde nationale, la fait adopter : au rouge et au bleu, couleurs de Paris et de sa milice, il fait ajouter le blanc lilial, couleur de la monarchie et donc de la France. Cette association tricolore s’appuie sur le modèle des jeunes États-Unis d’Amérique qui ont mis à la mode les trois couleurs de la liberté, pour laquelle a combattu La Fayette. Elles s’imposent chez les patriotes, partisans des changements. En juillet 1792, l’Assemblée législative rend obligatoire le port de la cocarde tricolore pour les hommes. La Convention la généralise aux femmes en septembre 1793, un an après la proclamation de la république. Les trois couleurs sont parallèlement hissées sur les pavillons et les bâtiments officiels de l’armée et de la marine qui jouent un rôle essentiel dans leur diffusion. Régiments et vaisseaux les arborent. Progressivement, sous la Première République puis sous l’Empire, s’impose la forme définitive des trois bandes verticales, le bleu du côté de la hampe.
Les acteurs de la Révolution sont imprégnés de culture antique, en particulier celle de la République romaine, qui sert de référence aux idées politiques nouvelles. Le bonnet phrygien (docs B à D et E), symbole de liberté, est porté durant l’été 1791 en signe de ralliement au parti populaire et par référence aux esclaves affranchis de l’Antiquité. Porté d’abord par les sans-culottes, on le retrouve dans les costumes ou uniformes officiels de la Première République. Dans l’iconographie révolutionnaire, il surmonte souvent une pique, symbole du pouvoir populaire, enserrée parfois dans un faisceau (doc B). L’Assemblée constituante impose dès 1790 les antiques faisceaux des licteurs de la République romaine comme nouvel emblème de la France. Ils symbolisent la volonté des citoyens français de défendre leur liberté, d’où leur association avec la pique, comme sur la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. La République reprend ce symbole en modifiant sa signification : les longues baguettes rassemblées autour d’une hache ou d’une pique expriment l’unité et l’indivisibilité de la République.
Les feuilles de chêne, qui rappellent celles des couronnes des citoyens romains (doc B), représentent le civisme. La chute de la monarchie provoque la disparition de certains symboles comme les dames et les rois des jeux de cartes. De nouvelles sont fabriquées sur bois gravé colorié et illustrent les valeurs prônées par la République de l’an II, comme l’« Égalité » (doc E1). Le peuple est mis à l’honneur (« Désiré, cultivateur », doc E2). De nouvelles figures apparaissent, des divinités antiques, des sages et des philosophes, comme ici Jean-Jacques Rousseau (doc E3). Ce dernier est mis à l’honneur par la République jacobine qui décide de l’inhumer au Panthéon.
La quatrième assiette (doc A4), décorée de la symbolique républicaine, arbore le nom de « Convention » pris par l’assemblée qui siège durant trois ans au début de la Première République. L’insurrection populaire du 10 août 1792 aboutit à la prise des Tuileries et à la suspension du pouvoir du roi. L’Assemblée législative vote alors la convocation d’une Convention nationale élue au suffrage universel masculin. Sa mission sera d’abord de donner une nouvelle Constitution à la France. Le suffrage universel est un progrès démocratique considérable, bien que sa portée reste limitée étant donnée la très faible participation : seuls 10 % des citoyens se déplacent pour voter lors de ces premières élections. La Convention se réunit la première fois le 20 septembre, jour de la victoire décisive de Valmy. Le lendemain, elle abolit la royauté. Le 22 septembre 1792 débute l’an I de la république. Les canons, sur l’assiette, évoquent la lutte de la Convention contre ses ennemis extérieurs ou intérieurs. Quelles que soient la majorité de l’assemblée et la nature du gouvernement soutenu par la Convention, une même volonté anime ses membres du 21 septembre 1792 au 26 octobre 1795 : en finir avec l’Ancien Régime et affermir la république. • Proposer les activités les activités de 1 à 3, p. 37.
La commémoration de l’exécution de Louis XVI (docs A3 et C) fait de la mort du roi un événement fondateur de la République, qui rompt radicalement avec l’Ancien Régime. Les partisans de l’exécution, outre les causes conjoncturelles (journée du 10 août, preuves d’intelligence avec l’ennemi, etc.), ont insisté sur la condamnation nécessaire du « tyran » pour rendre la république légitime. Louis XVI non coupable, ce serait la république qui, en le renversant, aurait commis un crime. Comme la république est par essence légitime, le roi est coupable. Pour Maximilien de Robespierre, cette logique implacable condamne Louis XVI (voir TDC « Le procès », n° 1002). Sa mort marque symboliquement la fin de la tyrannie et le début d’une ère nouvelle. La dénomination « Louis Capet » signifie la désacralisation de la personne royale, jugée par la représentation nationale. Le roi n’est pas plus légitime pour gouverner que tout autre citoyen et encourt les mêmes peines.
De nombreux débats ont eu lieu au début de la Révolution, sous la Constituante, sur la peine de mort. Finalement, malgré l’opposition de certains acteurs comme Robespierre, elle est conservée. Le 1er décembre 1789, le Dr Joseph-Ignace Guillotin, député de l’Assemblée constituante, demande la suppression des peines infâmantes. Le 20 janvier 1790, il propose la décapitation égalitaire par « le moyen d’un simple mécanisme ». Sa motion, longtemps ajournée, est reprise en 1791. Le 25 septembre, un décret l’impose. Sous l’Assemblée législative, le Dr Antoine Louis, chirurgien, aidé d’un facteur de clavecin, met au point ce nouvel instrument. La guillotine est utilisée pour la première fois sur un criminel de droit commun en avril 1792. Cette modalité d’exécution répond à une double exigence : humanité – mise à mort brève impliquant un minimum de souffrance – et égalité – tout citoyen, quel que soit son statut social, relève du même supplice. L’usage de la guillotine s’inscrit ainsi dans l’héritage des Lumières comme dans le contexte de la Révolution et de l’abolition des privilèges. L’exécution de Louis XVI soumet donc la personne du roi au sort commun.
Sous la Première République, la guillotine devient l’un des instruments de la Terreur. Pour certains républicains radicaux, elle incarne la lutte farouche contre l’aristocratie et ses complices. Elle permet une régénération nationale : elle détruit les restes de l’Ancien Régime et sert une république égalitaire basée sur la vertu. De nombreuses chansons populaires, comme La Guillotine permanente en 1793, célèbrent l’invention de Guillotin. De plus, une fascination morbide se développe autour de cet instrument, ce dont témoignent les boucles d’oreilles du doc F. Toutefois, contrairement à ce que laissent penser les « tricoteuses », femmes assidues installées au pied de l’échafaud, la mise à mort d’êtres humains n’est pas banalisée. Les nombreuses exécutions indignent ou horrifient. Le soulagement qui accompagne la fin de la Terreur en témoigne. • Proposer les activités de 1 à 3 dans TDC, « La Révolution en images », n° 1013, 1er avril 2011, p. 37.
Ce document témoigne de la manière dont les arts décoratifs articulent thème, fonction et ergonomie d’un objet quotidien. Cet encrier, qui date de l’an II, représente un bonnet phrygien écrasant un ecclésiastique. Il illustre l’opposition radicale entre le prêtre catholique et la Révolution : la liberté doit passer par l’écrasement du clergé. Les débuts de la Révolution ne laissent pourtant pas présager d’un tel conflit entre la nation et l’Église catholique. Aux états généraux, la majorité du clergé se rallie à la délibération commune et au vote par tête voulu par le tiers état ; une partie non négligeable du clergé s’engage du côté de la Révolution. De nombreux prêtres bénissent les arbres de la liberté. Les relations se complexifient cependant lors de la législation adoptée par l’Assemblée. La réquisition des biens du clergé au profit des biens nationaux implique la fin du catholicisme comme religion officielle et provoque des réactions hostiles. La rupture principale est provoquée par la Constitution civile du clergé qui réorganise l’Église de France. Elle oblige prêtres et évêques à prêter serment. Ces dispositions, condamnées par le pape, entraînent un schisme opposant jureurs favorables à la Révolution et réfractaires, fidèles à la tradition catholique et à la papauté. Le durcissement des mesures législatives à leur encontre les entraîne dans la contre-révolution, tout comme leurs fidèles, ce qui divise profondément les Français. De son côté, le clergé constitutionnel s’attache à concilier religion et Révolution. Une campagne est menée contre le fanatisme et la superstition, elle remet en cause l’existence même d’un clergé et prône une « religion naturelle ». Un grand nombre de « curés citoyens » se marient et occupent des fonctions civiles. Le développement de la contre-révolution, en Vendée notamment, radicalise les oppositions en 1793. Le clergé constitutionnel est à son tour victime d’une campagne de déchristianisation portée par des républicains radicaux et les sans-culottes. Le prêtre, ennemi de la Révolution, est à abattre.
En l’an II de la république, certains rêvent d’une France débarrassée du fanatisme et de l’obscurantisme religieux. Deux dénonciations suffisent pour suspecter tout membre du clergé. Les « curés citoyens » se voient refuser un emploi civil. Les abdications dans l’Église constitutionnelle se multiplient. Des communes abandonnent le culte ; la Convention finit par les suivre. À l’été 1794, le clergé, réfractaire et constitutionnel, a pratiquement disparu de la vie quotidienne des Français. Trente mille prêtres se sont exilés. Il faudra des années pour que l’Église s’en relève. La pacification religieuse sera une des priorités de Bonaparte qui, sous le Consulat, signera le Concordat. • Proposer les activités de 1 à 3, p. 37.