La revue TDC propose tous les quinze jours un dossier complet consacré à un thème à dominante arts, littérature, histoire, géographie, sciences ou éducation à la citoyenneté.
Le printemps de la Renaissance : la sculpture et les arts à Florence, 1400-1460, au musée du Louvre
Du 26 septembre 2013 au 6 janvier 2014
En lien avec « Humanisme et Renaissance »
TDC n° 1039 du 1er septembre 2012
Georges Braque au Grand-Palais
Du 18 septembre 2013 au 6 janvier 2014
En lien avec « Le cubisme »
TDC n° 940 du 15 septembre 2007Histoire / 4e
Par Nathalie Heraud, professeur d’histoire-géographie
DOC A Jean-François Janinet, Les femmes parisiennes siégeant à l’Assemblée nationale au milieu des députés, le 5 octobre 1789, 1789.
DOC B Les Parisiennes, dont certaines déguisées en homme, pillent l’Hôtel de Ville au cri de « Du pain ! Du pain ! », 5 octobre 1789, 1789.
DOC C Journée du 5 octobre 1789 : les Parisiennes se rendent à Versailles armées de haches et de piques, elles vont demander du pain au roi et veulent ramener la famille royale à Paris. Paris, musée Carnavalet.
DOC D Bosselman d’après Auguste Raffet, Théroigne de Méricourt en amazone, 1800.
DOC E Françaises devenues libres, 1789. Paris, musée Carnavalet.
DOC F Une femme apprend à lire à un enfant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1794.
DOC H Olympe de Gouges, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791.
DOC G Pierre-Étienne Lesueur, Les Tricoteuses jacobines ou de Robespierre, 1793-1794. Paris, musée Carnavalet.
DOC I Frères Lesueur, Un club patriotique de femmes durant la Révolution, époque révolutionnaire, Paris, musée Carnavalet.
DOC J Frères Lesueur, Le Divorce, époque révolutionnaire. Paris, musée Carnavalet.
Si les femmes sont présentes lors de toutes les « journées révolutionnaires », celles des 5 et 6 octobre 1789 sont restées comme les « journées féminines » par excellence. Le 1er octobre, le roi fait venir à Versailles, pour assurer sa protection, le régiment des Flandres. Les 3 et 4 octobre, la rumeur se répand à Paris qu’à l’occasion d’un banquet à Versailles des gardes auraient piétiné la cocarde tricolore en présence du roi et de la reine. Au même moment, l’approvisionnement en farine de Paris fait défaut. Au matin du 5 octobre, des femmes du peuple venues des Halles et du faubourg Saint-Antoine se rassemblent devant l’hôtel de ville de Paris, en forcent l’entrée et s’emparent de fusils, canons et tambours (doc B). Une troupe de plusieurs milliers de femmes, accompagnées de quelques centaines d’hommes, prend alors la route de Versailles (doc C), sous la conduite des deux héros de la prise de la Bastille, Pierre-Augustin Hulin et Stanislas-Marie Maillard. Elles pénètrent à l’Assemblée nationale, se mêlent aux députés et présentent une pétition demandant du pain (doc A), ainsi que le remplacement du régiment des Flandres par la garde nationale de Gilbert du Motier de La Fayette. À l’aube du 6 octobre, le château de Versailles est envahi par la foule, deux gardes du roi sont assassinés et leurs têtes brandies sur des piques. L’intervention de La Fayette auprès du roi le pousse à apparaître au balcon avec sa famille, puis à suivre le cortège de femmes à Paris. Une cinquantaine de voitures de grains et de farine les accompagnent. On s’exclame : « Nous ne manquerons plus de pain, nous ramenons le boulanger, la boulangère et le petit mitron. » De ces « journées d’octobre » est née une représentation ambiguë de l’action féminine : légende rose des héroïnes révolutionnaires, légende noire des femmes ivres de sang menées par l’amazone Théroigne de Méricourt (dont la présence véritable lors de ces journées reste discutée).
DOC A • Cette planche est une aquatinte extraite des cinquante-quatre Gravures historiques des principaux événements depuis l’ouverture des états généraux de 1789, parues en livraisons entre 1789 et 1791. Il s’agit ici du « quatrième événement du 5 octobre 1789 ». La salle et la tribune sont occupées par des femmes du peuple, reconnaissables à leurs bonnets et fichus, tandis qu’on devine dans les galeries des observatrices de la bonne société, aux couvre-chefs plus élaborés. Au deuxième plan, à la tribune, les femmes parlent aux hommes, les députés. Certains d’entre eux s’appuient sur des livres de lois, un autre (à droite) esquisse un geste qui rappelle le serment du Jeu de paume. La représentation n’exprime aucune violence, simplement une certaine confusion : les femmes ont subverti l’ordre politique en s’appropriant la tribune pour présenter leur pétition et demander du pain.
DOC B • Cette scène ouvre la journée du 5 octobre et a pu alimenter la « légende noire » du 5 octobre. Les femmes rentrent dans l’Hôtel de Ville qui symbolise l’inertie de la commune de Paris face à la disette et à la pénurie de grains.
DOC C • Cette gravure anonyme reprend les éléments de la « légende noire » des 5 et 6 octobre. L’accent est mis sur les armes d’une taille exagérée, ainsi que sur le profil farouche des femmes du premier plan. À gauche, une bourgeoise est contrainte de suivre la marche contre son gré.
Dès 1790, des femmes demandent à s’enrôler dans la garde républicaine. Après la déclaration de guerre (1792), des citoyennes cherchent à faire admettre l’idée que des femmes peuvent être combattantes et plusieurs démarches dans ce sens sont tentées, en vain, auprès de la Convention. Ainsi, en mars 1792, Pauline Léon demande l’autorisation pour les femmes de s’armer et de s’entraîner les dimanches au champ de la Fédération sous la direction de gardes françaises ; sa demande essuie un refus ainsi motivé : « Gardons-nous d’intervertir l’ordre de la nature. Elle n’a point destiné les femmes à donner la mort ; leurs mains délicates ne furent point faites pour manier le fer, ni pour agiter des piques homicides. » Si la présence de quelques dizaines de femmes soldats est attestée dans les armées révolutionnaires, une décision de la Convention du 30 avril 1793 les en exclut définitivement comme combattantes.
DOC D • Anne-Josèphe Therwagne, dite Théroigne de Méricourt (1762-1817), est, avec Olympe de Gouges, Claire Lacombe ou Etta Palm d’Aelders, l’une des grandes figures du féminisme durant la Révolution française. Dans ce portrait posthume des années 1840, exécuté d’après Auguste Raffet, Théroigne de Méricourt est représentée nimbée de sa légende romantique, diffusée par Jules Michelet ou Alphonse de Lamartine. Née dans une famille de paysans aisés de Wallonie, à Marcourt (d’où son pseudonyme de Méricourt ou son surnom de Belle Liégeoise), elle se trouve à Paris en 1789 et se passionne pour la Révolution. La propagande monarchiste lui fait jouer un rôle majeur dans les journées d’octobre. Ce rôle, en réalité peu avéré, est repris par de nombreux écrivains et historiens romantiques. En 1854, dans Les Femmes de la Révolution, Michelet se réfère visiblement à l’iconographie de Raffet quand il écrit : « C’était la jolie demoiselle Théroigne de Méricourt, une Liégeoise, vive et emportée [...]. Piquante, originale, étrange, avec son chapeau d’amazone et sa redingote rouge, le sabre au côté, parlant à la fois, pêle-mêle, avec éloquence pourtant, le français et le liégeois. » À partir de 1792, elle défend publiquement le droit des femmes à participer à la lutte armée et réclame la formation de bataillons d’amazones. Elle participe aux émeutes du 10 août 1792. Mais, fidèle aux Girondins, elle est prise à partie par des tricoteuses le 15 mai 1793, alors qu’elle cherche à assister aux débats de la Convention. Déculottée et fessée en public, elle sombre dans la folie. Internée dès 1794, elle passe le restant de sa vie en asile.
DOC E • Cette image témoigne de la diffusion de l’image de l’amazone, habillée aux couleurs de la Révolution, ceinte d’une ceinture et d’un panache tricolore et armée d’une pique.
Si certaines femmes revendiquent pour leur sexe le droit de s’armer et d’être des amazones, la Révolution véhicule aussi des images de femmes révolutionnaires confinées à un rôle plus traditionnel. Pour la Société patriotique et de bienfaisance des amies de la vérité, créée par Etta Palm d’Aelders en 1791, une des premières tâches qui incombent aux femmes est celle de l’éducation, notamment des fillettes. À partir de 1793, ces arguments sont repris par certains députés pour refuser aux femmes l’accès à la dignité de citoyennes. Ainsi, le député Jean-Pierre-André Amar peut-il clamer à la tribune : « Quel est le caractère propre à la femme ? Les mœurs et la nature même lui ont assigné ses fonctions : commencer l’éducation des hommes, préparer l’esprit et le cœur des enfants aux vertus publiques, les diriger de bonne heure vers le bien, élever leur âme et les instruire dans le culte politique de la liberté. Telles sont leurs fonctions, après les soins du ménage ; la femme est naturellement destinée à faire aimer la vertu. Quand elles auront rempli tous ces devoirs, elles auront bien mérité de la patrie. »
Née en 1748, guillotinée en 1793, courtisane et femme de lettres, Olympe de Gouges (née Marie Gouze) mit sa plume au service de ses convictions féministes et de la lutte pour l’égalité des droits. Elle publie en 1791 sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne et appelle les femmes à l’action collective. Arrêtée pour avoir placardé sur les murs de Paris un plaidoyer en faveur du fédéralisme, elle est guillotinée.
Ces gouaches forment un des ensembles iconographiques les plus célèbres de la Révolution. Il s’agit de 81 planches, attribuées à Jean-Baptiste Lesueur, et vraisemblablement exécutées peu de temps après les faits dépeints. Chaque gouache est accompagnée d’un commentaire sans doute postérieur. L’une des hypothèses quant à leur fonction est qu’elles étaient présentées dans un théâtre ambulant ou un musée forain. Les femmes sont le sujet principal de 17 d’entre elles. Les trois exemples choisis montrent quels bouleversements la Révolution a entraînés dans leur vie publique et privée.
DOC G • On désigne sous le surnom de tricoteuses les femmes du peuple qui, sous la Terreur, assistaient aux exécutions capitales, mais aussi aux délibérations de l’Assemblée ou aux réunions patriotiques, sans lâcher leur tricot, destiné souvent aux soldats des armées révolutionnaires. Ces « lécheuses de guillotine » sont un des poncifs de la Terreur et une des images les plus négatives des femmes révolutionnaires. Ici, elles sont présentées comme la « claque » des révolutionnaires les plus acharnés, sous des traits durs et peu amènes.
DOC I • Exclues de la citoyenneté, les femmes participent à la vie politique dans le cadre des clubs, mixtes ou féminins. Il y eut une trentaine de clubs féminins, le plus célèbre étant celui des Citoyennes républicaines révolutionnaires de Pauline Léon et Claire Lacombe. Les clubs féminins sont interdits le 30 octobre 1793, et avec eux tout exercice de droits politiques par les femmes. Dans cette gouache, l’une des très rares représentations contemporaines d’un club féminin, Lesueur représente des femmes calmes et posées, en train de commenter le journal du jour – sans doute Le Moniteur. Cependant, la cloche cassée aux pieds de la présidente peut être interprétée comme un trait misogyne : l’incapacité féminine à organiser la parole. Le commentaire de la gouache précise la finalité du club : « Des femmes bien patriotes avoient formées un Club dans lequel n’étoit admise aucune autres ; Elles avoient leur Présidente et des secrétaires ; on s’assembloit deux fois la semaine, la Présidente faisoit la Lecture des séances de la convention nationnale, on approuvoit ou l’on critiquoit ses décrets. Ces Dames animées du zèle de la Bienfaisance faisoient entr’elles une collecte qui étoit distribuée à des familles de bons Patriotes qui ont besoin de secours. »
DOC J • En septembre 1792, la Convention vote une loi autorisant le divorce, qui pourra être prononcé par consentement mutuel. La procédure est encore simplifiée en 1793 et 1794, ce qui entraîne une multiplication des demandes (dont les deux tiers émanent de femmes). Une loi de 1797 puis le Code civil rendent le divorce plus difficile. Les costumes permettent de dater cette gouache de la période consulaire ou directoriale. Le commentaire reflète la réaction qui, à partir de Thermidor, développe une campagne active contre le divorce : « Deux jeunes Epoux plaidoient en Divorce. Le Juge avant de prononcer leur remontra avec les raisons les plus persuasives l’irrégularité de leur conduite. Ne pouvant réussir à les persuader, il fit venir un petit enfant qu’ils avoient, la vue de cet enfant, ses caresses, ses larmes, et l’éloquence du Juge firent une telle impression sur leur âme que se promettant de se pardonner et d’oublier leurs erreurs ils se jurèrent de ne jamais se quitter et de s’aimer jusqu’à leur mort. Le mari repousse l’objet qui a pu l’égarer quelques temps. Et celui qui avoit engagé l’Epouse à l’oubli de ses devoirs, s’en va plain de dépit de son projet manqué. »