La revue TDC propose tous les quinze jours un dossier complet consacré à un thème à dominante arts, littérature, histoire, géographie, sciences ou éducation à la citoyenneté.
« DalÍ » au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 25 mars 2013.
En lien avec « La révolution surréaliste »,
TDC n° 830 du 15 février 2002.
Le département des Arts de l’Islam : ouverture des nouveaux espaces au musée du Louvre à Paris
En lien avec « les arts de l’Islam »
TDC n° 1047 du 1er janvier 2013
« Walid Raad, Préface à la première édition », au musée du Louvre du 19 janvier au 8 avril 2013.
En lien avec « Les arts de l’Islam »
TDC n° 1047 du 1er janvier 2013.Arts plastiques / 3e
Par Laurence Brosse, professeure d’arts plastiques, service Éducation du musée du Louvre
DOC A Nicolas Poussin, Orphée et Eurydice, v. 1650-1653.
DOC B Paul Bril, Diane et ses nymphes allant à la chasse, 1618.
DOC C Claude Gellée dit le Lorrain, Le Débarquement de Cléopâtre à Tarse, 1642.
DOC D Claude Monet, Les Nymphéas : le matin aux saules (détail), 1914-1918.
Le refus des conventions classiques
DOC E Jean Dubuffet, Paysage vineux, 1944.
DOC F Robert Smithson, Spiral Jetty, 1970.
Nicolas Poussin (1594-1665) met en peinture un drame porté en grande partie par le paysage, acteur principal d’une histoire tragique. Le sujet est tiré des Métamorphoses d’Ovide. Dans le récit, le peintre a choisi de représenter le moment de la mort d’Eurydice pendant son mariage avec Orphée. Comme au théâtre, la scène à l’avant-plan, encadrée par deux masses sombres d’arbres, concentre les acteurs principaux. Entouré de nymphes et d’un homme couronné – allégorie probable de l’Hymen –, Orphée joue de la lyre. Eurydice effrayée aperçoit le serpent à ses pieds, mince filet vert clair presque invisible, qui va causer sa mort. Seul un pêcheur voit le drame : au cri probable d’Eurydice, il s’est retourné vers nous et fait écho à notre regard. Le temps s’est arrêté mais la vie continue à l’arrière-plan : baigneurs nus, se dévêtant ou nageant, haleurs et hommes sur la barque. L’éclairage brutal inonde la robe jaune d’Eurydice et joue comme le détonateur du drame. L’ombre qui gagne le tableau à partir du premier plan s’apparente au venin mortel qui s’insinue dans les veines de la jeune femme. À l’arrière-plan, les fumées noires d’un incendie qui s’échappent du château Saint-Ange obscurcissent le ciel et contribuent au sentiment de désastre.
Pour composer certains de ses tableaux, Poussin avait une technique particulière qui lui permettait de contrôler la disposition des figures et l’éclairage au service de l’histoire racontée. Dans une boîte, il plaçait les différents plans en élévation du décor, les figures de cire ou de terre drapées. Il réglait les emplacements des motifs, des figures et l’éclairage en ménageant des trous dans la boîte comme autant de sources de lumière. Enfin, il passait au dessin et faisait des esquisses de la scène qu’il regardait par un petit trou à l’avant de la boîte.
Le peintre hollandais Paul Bril influencera la conception du paysage des peintres français à Rome comme Nicolas Poussin et Claude Lorrain. Le regard du spectateur pénètre dans le tableau grâce à l’artifice du pont, à gauche du tableau, où des figures cheminent, et par la succession des plans de feuillages disposés à la manière d’un théâtre d’ombres chinoises. Les deux arbres au premier plan sont traités en contre-jour, et la lumière à l’arrière-plan rend sensible l’opposition des contrastes lumineux.
La perspective linéaire met en valeur les lignes géométriques de l’architecture et du bateau, creuse l’espace et dirige notre regard vers l’horizon lumineux, jusqu’au point de fuite central. Soleil, reflets, contre-jour, le peintre joue des effets lumineux. Au premier plan, une plate-forme rassemble les personnages.
Le paysage de Poussin était constitué de motifs conventionnels ou pris sur le vif assemblés ensuite en atelier, et destiné à être un décor pour les acteurs d’une scène d’histoire. Les peintres impressionnistes, eux, peignent sur le motif des paysages qui ne racontent que l’histoire de la lumière, des reflets, des couleurs… Le point de vue pour cet extrait des Nymphéas est à considérer sur l’ensemble du cycle présenté au musée de l’Orangerie. Le spectateur déambule le long de la rive d’un étang et considère la surface horizontale de l’eau devenue un mur vertical de couleurs qui l’immerge.
L’espace représenté dans Paysage vineux suggère bien les trois dimensions mais n’utilise pas les codes conventionnels de la perspective centrale. Jean Dubuffet réaffirme la matérialité du plan. Le chemin qui traverse l’image ne suggère pas une profondeur mais le haut et le bas du tableau. Une vue en élévation des objets, de l’animal et des personnages est combinée avec la vue des champs représentés en plan tout en évoquant par la matérialité de la peinture une coupe géologique du sol.
Œuvre emblématique du land art, la grande spirale de Robert Smithson, composée de roches et de sel et partant d’une berge du Grand Lac Salé, est un paysage non représenté mais fabriqué. Pour percevoir l’ensemble de cette création, le spectateur doit adopter un point de vue surélevé et éloigné, préconisé dans un film réalisé par l’artiste, dont un extrait est consultable en ligne sur le site du centre Georges-Pompidou dans le cadre de l’exposition « Traces du sacré ».
http://traces-du-sacre.centrepompidou.fr/exposition/oeuvres_exposees.php?id=31