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Schubert et Chopin, écoutes musicales

Pratiques artistiques et histoire des arts-français / cycle 3

Par Maguy Teillout, conseillère pédagogique

DOCUMENTS

Schubert, Chopin et des livres-CD

DOCS A et D Joan Stanley, La Musique classique : les grands compositeurs et leurs chefs-d’œuvre, Éditions Soline, 1996

DOC B Carl Schweninger, Portrait de Franz Schubert, 1828. Lithographie.

DOC C Paule Du Bouchet, ill. Benoît Allemane, Franz Schubert, Éditions Gallimard Jeunesse, 2008, coll. Découverte des musiciens.

Franz Schubert

DOCS A et D Joan Stanley, La Musique classique : les grands compositeurs et leurs chefs-d’œuvre, Éditions Soline, 1996

DOC B Carl Schweninger, Portrait de Franz Schubert, 1828. Lithographie.

DOC C Paule Du Bouchet, ill. Benoît Allemane, Franz Schubert, Éditions Gallimard Jeunesse, 2008, coll. Découverte des musiciens.

Frédéric Chopin

DOCS A et D Joan Stanley, La Musique classique : les grands compositeurs et leurs chefs-d’œuvre, Éditions Soline, 1996.

DOC E Henryk Siemiradzki (d’après), Chopin dans le salon du prince Radziwill, automne 1829. Gravure. Varsovie, Fondation Chopin.

DOC F Auguste Charpentier (1813-1880), George Sand, 1838. Huile sur toile, 86 x 61,8 cm. Paris, musée de la Vie romantique.

DOC G Le dernier piano de Chopin. Varsovie, Fondation Chopin

DOCS H et I Catherine Weill, ill. Charlotte Voake, Frédéric Chopin, ÉditionsGallimard Jeunesse, 2008, coll. Découverte des musiciens.

ANALYSES DES DOCUMENTS

Schubert, Chopin et des livres-CD

La collection Découvertes des musiciens de Gallimard Jeunesse a pour vocation d’initier les enfants à la musique classique à travers des livres-CD qui mettent en parallèle des éléments biographiques et l’œuvre d’un musicien. Les deux albums présentés dans les documents, consacrés à Franz Schubert et à Frédéric Chopin, servent de référence textuelle et sonore à cette séquence pédagogique. Celle-ci propose de sensibiliser les élèves à l’expression des situations et des sentiments dans les compositions pour piano de ces deux musiciens romantiques.
Dans un premier temps, il est important de laisser les élèves écouter les plages musicales proposées (plage 9 du disque inclus dans le livre-disque Franz Schubert et plage 7 du livre-disque Frédéric Chopin) sans commentaire préalable, puis de recueillir leurs impressions et leurs remarques. Celles-ci serviront de point d’appui pour compléter et orienter une seconde écoute.
La lecture des docs A à D présente des éléments biographiques de la vie des deux musiciens liées à leurs œuvres pour piano, tels que leurs lieux de vie, leurs influences familiales, leurs personnalités ainsi que leurs dons spécifiques, leur formation musicale, les formes et les genres musicaux composés que les élèves relèveront et compareront (voir TDC, n° 1004, « Le piano romantique », activités p. 37).
D’une manière générale, ils apprendront que Schubert (1797-1828) a vécu toute sa vie à Vienne en Autriche, qu’il a composé et mis de très nombreux poèmes en musique pour la voix avec accompagnement au piano (lieder) dans lesquels il exprime les sentiments humains. Chopin (1810-1849), lui, est né à près de Varsovie où il a fait ses études musicales et vécu jusqu’en 1830. Après l’invasion de la Pologne, il s’installe à Paris où il mourra en janvier 1849. Il compose uniquement pour le piano.

Franz Schubert

Un portrait romantique sonore. Sur ce tableau (doc B) de Carl Schweninger (1828), Schubert est seul, habillé en aristocrate, dans une futaie située près d’un moulin. Il est facile de faire repérer mentalement les bruits du ruisseau, des aubes du moulin, des feuilles dans le vent, de leur crissement sous les pas… Ces éléments sonores permettent de situer Schubert dans ses rapports avec la nature où il apparaît mystérieux et rêveur.
Les années des premières compositions de Schubert (1797-1828) correspondent à des dates charnières entre le classicisme et le romantisme. La découverte de la subjectivité est liée à une crise de la conscience qui resitue l’homme dans ses rapports avec le monde, à la suite des crises politiques et sociales récentes. Les classiques considéraient la raison comme l’absolu de l’homme, alors que les romantiques privilégient la sensibilité et l’imagination. Le modèle classique est « l’honnête homme », satisfait et monolithique, aspirant à la perfection. Le romantique est, au contraire, divisé, complexe, cherchant à retrouver une unité, attiré surtout par le goût du mystère, la poétique du rêve et du souvenir. Originaire d’Allemagne, le romantique pourrait se définir avec le poète allemand Jean Paul : « Un matin, me vint du ciel comme un éclair cette idée : “Je suis un moi”, qui dès lors ne me quitta plus ; mon moi s’était vu lui-même pour la première fois, et pour toujours. »
Moment musical n° 3. Écoute de la plage 4 du livre-disque Schubert. Cette courte pièce fait partie d’un recueil nommé Moments musicaux. Elle conserve une forme proche de la structure classique avec la reprise de chaque mélodie, mais révèle un esprit proche de celui de Chopin en déclinant deux fois la première mélodie : thème A joyeux, comme le début d’une promenade ; thème A’, en chemin, une rêverie ou une conversation déclinent des éléments du thème A ; thème A’’ qui débute par une affirmation de l’élément rythmique pour moduler avant la reprise du thème A avec une coda qui fait la synthèse des différents éléments mélodiques énoncés.
La musique pour piano et les lieder, plage 10 (doc C). C’est Schubert qui a donné au lied allemand sa forme définitive. Toute sa vie il a aimé composer cette forme de petit poème psychologique où il crée une atmosphère musicale autour des paroles. La ligne mélodique du chant et son accompagnement au piano s’y conjuguent pour évoquer et approfondir les sentiments et le mystère qui restent en deçà des mots.
Début du lied « Marguerite au rouet ». Écoute de la plage 8. Le thème est tiré de la première partie du Faust de Goethe : « Marguerite est seule et les tendres baisers échangés avec son bien-aimé lui manquent cruellement… » Pour évoquer l’état psychologique de Marguerite, Schubert fait entendre la mélodie à la main gauche du piano qui soutient le chant avec un rythme obsédant pendant que la main droite évoque le rouet avec une mélodie rapide qui se répète en boucle.
Le second lied, « La Truite », comporte trois strophes séparées par une ritournelle. Dans ce lied, c’est la main gauche qui évoque la nage virevoltante de la truite. Ce lied est en langue allemande. Des traductions en français sont proposées pour permettre une interprétation accessible aux élèves des classes. En voici une qui peut être apprise par les élèves.
En faisant revivre l’ancienne chanson populaire de l’Allemagne, Schubert en a rajeuni la forme et l’esprit par la spontanéité et la richesse d’invention, pour exprimer les impressions que la nature, l’amour ou l’amitié lui évoquent.

Extrait de la partition de La Truite

Frédéric Chopin

L’Étude opus 25 n° 1. Écoute des plages 3 et 9 (doc H). Chopin a écrit pour ses élèves des études qui ne sont pas de simples exercices pianistiques, mais de véritables morceaux de concert rassemblés dans deux recueils. L’opus 10 est dédié « à son ami F. Liszt », celui-ci, l’opus 25, « à Madame la comtesse d’Agoult ». On fera remarquer la mélodie entourée de guirlandes de notes légères qui s’étendent du registre grave au registre aigu. Celle-ci caractérise la difficulté de cette étude. À la deuxième écoute, on demandera de la repérer, puis on la chantera.
L’Étude opus 25 n° 10 : À l’écoute, on essaiera de comprendre que la qualité pianistique de cette Étude consiste en sa virtuosité.
La Ballade opus 23 n° 1 en sol mineur. Écoute de la plage 11 (doc I). Chopin joua cette ballade la première fois en 1836. Elle fut reprise notamment dans le film Le Pianiste de Roman Polanski, en 2002. Dès le début, on est saisi par un do joué très fort qui rompt le silence. Puis les doigts s’élancent à l’assaut du clavier composant une mélodie dont le rythme évoque les accents d’une valse. Ensuite, Chopin, dans un style caractéristique, introduit une série de formules qui semblent accélérer la musique. Marquant le premier temps à la basse, il donne une impression de tourbillon. Un second thème d’une grande douceur apparaît ensuite et se dilue dans le premier qui revient avec insistance. Chopin développe ainsi une lutte entre les deux thèmes qui se termine après trois accords sur le premier.
L’extrait s’arrête au retour du premier thème. On fera entendre les versions complètes de différents interprètes qui donneront à entendre l’évocation de sentiments divers, bonheur, mélancolie, tristesse, allégresse, en passant, tour à tour, de l’un à l’autre avec brio. L’exécution exige une solide technique. Liszt y voyait une « odyssée de l’âme de Chopin ». On laissera les élèves ressentir et s’exprimer sur la musique de Chopin car, comme le dit Daniel Barenboïm : « La musique de Chopin est pour moi l’expression physique de l’âme humaine. »
Avec ses lieder, Schubert est l’un des premiers musiciens à exprimer sentiments et émotions. Chopin, lui, compose uniquement pour le piano, un instrument qui lui permet d’exprimer les sentiments les plus forts et les plus vivants sans avoir recours au littéraire.

Chopin au piano (doc E). Ce tableau représente un salon bourgeois du XIXe siècle. Cette nouvelle classe sociale, enrichie, se crée un cadre de vie matériellement fondé sur le confort et la culture dont le piano est l’un des emblèmes. En l’absence de moyen de reproduction sonore, la pratique musicale se développe : il n’est pas alors de salon sans piano. Des personnages importants et de nombreux artistes, notamment des musiciens, sont conviés aux réceptions. Chopin y exerce son talent de manière intime et personnalisée.
La musique, techniquement plus difficile que celle des siècles précédents, devient l’affaire de spécialistes (la plupart des œuvres de Chopin sont techniquement bien plus difficiles à jouer que celles de Mozart). Chopin se révèle être un improvisateur de génie, qualité qui développe son aura, mais ses compositions exigent une qualification telle qu’elles nécessitent son retrait du monde public, ce qui lui confère une autre image du romantique.
Chopin et la Pologne. Écoute de la plage 10. La Pologne lui inspire quelques-unes de ses compositions les plus connues, comme la Polonaise héroïque et une Mazurka (danse typique polonaise).
Chopin et George Sand (doc F). Écoute de la plage 8.
Chopin rencontre George Sand (1804-1876) à Paris, chez Franz Liszt. Femme écrivain, élégante, au nom d’emprunt, qui par provocation fume le cigare et porte des costumes d’homme, elle comprend Chopin et le protège. Il écrit de nombreuses pièces musicales au château de Nohant dans le Berry pendant les huit années de leur liaison. Sand décrit dans Histoire de ma vie la complexité de la personnalité du musicien : « Il était modeste par principe et doux par habitude, mais il était impérieux par instinct et plein d’un orgueil légitime qui s’ignorait lui-même. »
Écoute de la Sonate opus 32, plage 7. On retrouve dans cet extrait trois évocations de caractère différent : l’utilisation du registre grave pour évoquer une douleur (celle de quitter son pays, peut-être) ; le galop des chevaux d’une diligence ; une rêverie avec des mélodies en accords qui se répondent.
Écoute de la Fantaisie-impromptu, plage 8. Cet extrait manifeste les deux facettes de la musique de Chopin : la virtuosité, expression de son caractère impétueux, et la rêverie.
Le piano de Chopin (doc G). Écoute des plages 3 et 5. Sur cet instrument à clavier de la famille des cordes frappées, le son est produit par la vibration des cordes tendues sur un cadre rigide, horizontal pour le piano à queue ou vertical pour le piano droit. Celles-ci sont frappées par des marteaux couverts de feutre, actionnés par l’enfoncement des touches du clavier. La vibration des cordes est stoppée par un étouffoir lorsque la touche du clavier est relâchée.
En France, l’aventure du piano romantique débute sous l’impulsion conjointe de la facture instrumentale et de la virtuosité naissante. Dès l’Empire, à Paris, Camille Pleyel et Sébastien Érard rivalisent d’ingéniosité pour mettre au point des pianofortes de plus en plus subtils et sonores. La maison Érard s’impose par ses grands pianos à queue et met au point, entre 1820 et 1823, le piano à double échappement qui permet une plus grande rapidité de jeu. Chopin influence par ses demandes l’amélioration de la fabrication : il attend du piano une grande variété d’attaques et de touchers. La maison Pleyel y répond et lui livre chaque été un piano à Nohant.