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Du roi absolu au roi cochon

Histoire-histoire des arts-culture humaniste / cycle 3

Par Olivier Swaja, professeur d’histoire-géographie à l’IUFM de Franche-Comté

DOCUMENTS

Un monarque absolu

DOC A Antoine-François Callet, Louis XVI en costume de sacre, 1778. Huile sur toile, 2,7 x 1,89 m. Versailles, musée du Château.

DOC B Louis XVI présidant l’ouverture des états généraux à Versailles, le 5 mai 1789. Gravure. Paris, Rue des archives.

Le divorce entre le roi et la nation

DOC C La Famille des cochons ramenée à l’étable (échec de la fuite à Varennes), le 21 juin 1791. Eau-forte coloriée. Paris, BnF.

DOC D Prise des Tuileries, cour du Carrousel, Paris, le 10 août 1792. Gravure. Versailles, musée du Château.

Le procès du roi et de la royauté

DOC E Louis XVI à la barre interrogé par Antoine Barnave lors de son procès devant la Convention nationale, 1793. Dessin anonyme. Paris, musée du Louvre.

DOC F

  • Maximilien Robespierre, 3 décembre 1792, cité par Antoine de Baeque, «  Le dernier jour de Louis XVI », in « La Révolution française, la liberté et la Terreur », Les Collections de l’histoire, no 25, octobre-décembre 2004.
  • Discours à la Convention de Louis XVI, lors de son procès le 26 décembre 1792. Extrait des Œuvres de Louis XVI précédées d’une histoire de ce monarque, publiées à Paris en 1864 (source : books.google.fr).

 

DOC G Votes nominaux des députés de la Convention, les 16 et 17 janvier 1793.

DOC H L’exécution de Louis XVI, place de la Révolution (actuelle place de la Concorde) à Paris, le 21 janvier 1793. Gravure. Paris, musée Carnavalet.

ANALYSES DES DOCUMENTS

Un monarque absolu

Sa majesté royale (doc A) • Tous les attributs de la monarchie absolue figurent sur ce tableau d’Antoine-François Callet. Le roi, premier des nobles, suzerain des suzerains, se doit de défendre son peuple et l’Église, ce qu’atteste son épée – surnommée « Joyeuse » et provenant de Charlemagne – dans un fourreau incrusté de pierres précieuses, ainsi que son sceptre, symbole du pouvoir. Sur le tabouret, à la droite du roi, sont déposées la couronne et la main de justice, symboles de la souveraineté royale et du pouvoir de l’État. Ces regalia, aujourd’hui conservés à l’abbaye royale de Saint-Denis, sont déplacés à Reims lors de la cérémonie du sacre. À cette occasion, le roi porte le manteau bleu fleurdelisé, doublé d’hermine. Le bleu et les fleurs de lis, emblèmes de la dynastie capétienne depuis le XIIe siècle, sont associés à la Vierge Marie, protectrice du royaume. Ainsi revêtu, le souverain apparaît comme un élu divin, arborant également les colliers de l’ordre du Saint-Esprit, fondé par Henri III, et de l’ordre de Saint-Michel, fondé par Louis XI.
Comme Hyacinthe Rigault qui représenta en son temps Louis XIV et Louis XV, le peintre adjoint aux symboles intemporels de la royauté la réalité de l’homme dans son époque. Le maintien, les pieds disposés en équerre, le chapeau dans la main gauche témoignent de la mode et des règles de bonne civilité de l’aristocratie et de la cour du XVIIIe siècle. Physique et embonpoint sont figurés fidèlement sans remettre en cause la majesté du monarque.

Le royaume en crise (doc B) • Les ministres de Louis XVI ne parviennent pas à mettre en œuvre une réforme fiscale en cette période de situation budgétaire catastrophique. Le roi convoque les états généraux, représentants des trois ordres – la noblesse, le clergé et le tiers état. Pour préparer la réunion, les sujets rédigent des cahiers de doléances faisant part de leurs plaintes et de leurs revendications. Ainsi, chaque député élu dispose d’un « aide-mémoire » des demandes à formuler.
Traditionnellement, les trois ordres sont représentés par un nombre égal de députés, alors que le tiers état représente l’immense majorité de la population : 97 % ! Le tiers état obtient finalement le doublement du nombre de ses députés.
L’ouverture des états généraux débute le 4 mai 1789 par une cérémonie religieuse, avec la procession du Saint-Sacrement. Les députés défilent regroupés par ordre. La société se représente en corps constitués : haut clergé, clergé, noblesse, tiers état. Le 5 mai a lieu leur ouverture « politique ». L’événement se déroule à Versailles. Le cérémonial et la pompe de l’Ancien Régime sont encore manifestes. Rien ne laisse présager l’effondrement de l’édifice pluriséculaire de la monarchie absolue qui va avoir lieu en quelques semaines. Les députés, reconnaissables à leur costume spécifique, rejoignent la salle des Menus-Plaisirs à Versailles. À droite du trône royal siègent les représentants du clergé, premier des ordres ; à sa gauche, la noblesse ; en face, vêtus de noir, les députés du tiers état. Ces derniers revendiquent le vote par tête et non par ordre pour pouvoir peser sur les décisions, mais le roi et les ordres privilégiés refusent.
Mal préparés par le roi et ses ministres qui attendent de nouveaux impôts, les états généraux montrent rapidement leurs limites. Les députés du tiers état souhaitent une réforme fiscale qui réduirait les privilèges de la noblesse et du clergé. Les autres refusent, mais ne remettent pas en cause la monarchie absolue en revendiquant un partage des pouvoirs avec des corps intermédiaires, voire un retour à une monarchie féodale. Déçus par ces blocages, les députés du tiers, rejoints par quelques représentants éclairés du clergé et de la noblesse, se déclarent Assemblée nationale le 17 juin. Cet acte impose l’idée de la souveraineté de la nation. Trouvant portes closes le 20 juin, les députés se réunissent dans la salle du Jeu de paume et prêtent serment de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution au royaume : la Révolution est en marche.

Proposer les activités 1 et 2, TDC « Le procès », n° 1002, p. 32.

Le divorce entre le roi et la nation

La fuite de Louis XVI (doc C) • Face à la Révolution, l’attitude de Louis XVI est ambivalente. Il semble accepter le principe d’une monarchie constitutionnelle et arbore une cocarde tricolore. En septembre 1789, l’Assemblée lui accorde un droit de veto suspensif, confirmé par la Constitution de 1791. Louis XVI l’utilise aussitôt contre les réformes importantes, s’opposant ainsi à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen comme plus tard à la constitution civile du clergé. L’acte d’accusation de son procès lui reprochera nombre de ces veto.
L’épisode de la fuite à Varennes, le 21 juin 1791, dévoile aux yeux des Français la duplicité royale : le roi et son entourage sont accusés de comploter avec l’étranger, notamment avec la Prusse et l’Autriche dont le souverain est le frère de Marie-Antoinette. Souhaitant organiser avec les monarques étrangers la reprise en main de la France et la restauration de la plénitude de ses pouvoirs, il s’enfuit de nuit du palais des Tuileries avec sa famille.
Malgré les déguisements, l’attelage est impressionnant et attire l’attention. Reconnus à Varennes, le roi et sa famille sont ramenés sous bonne garde à Paris. L’événement marque une rupture considérable. La trahison provoque la colère du peuple. Le roi perd tout prestige. La monarchie absolue est morte en 1789. Louis XVI, devenu Louis « le Faux », est non seulement désacralisé, mais animalisé, caricaturé en « roi cochon ». Il en est de même pour sa famille : c’est tout le « sang royal » qui est violemment moqué.
La gravure intitulée La Famille des cochons ramenée dans l’étable (doc C) est une allusion à l’épisode de Varennes. Animal vil, s’ébattant au milieu de ses souillures, le porc est également voué à être saigné sous le couteau du boucher. La caricature est une mise à mort symbolique. Dans ce contexte, alors que l’Assemblée refuse de destituer le roi malgré Varennes, les idées républicaines se développent.

La chute de la monarchie (doc D) • En 1792, les événements se précipitent et aboutissent à la chute de la monarchie. Journaux et clubs contribuent à radicaliser l’opinion. Louis XVI garde son trône mais continue son double jeu. Il favorise l’entrée en guerre de la France contre la Prusse et l’Autriche car il espère secrètement la défaite, qui lui permettrait d’obtenir l’aide nécessaire au rétablissement de l’Ancien Régime. La guerre accélère l’échec d’une révolution modérée. Le début des hostilités est un désastre pour la France : la patrie est déclarée en danger. Des soldats volontaires, les fédérés, montent des provinces vers Paris. Ceux de Marseille arrivent dans la capitale en chantant le Chant de guerre pour l’armée du Rhin qui deviendra La Marseillaise.
Durant l’été 1792, Brunswick, général des armées autrichiennes et prussiennes, menace Paris et ordonne la soumission des Français et la restauration du pouvoir royal. Le 10 août, les sans-culottes, galvanisés par les démocrates et républicains des clubs, comme Danton, aidés par les fédérés marseillais, réagissent. L’insurrection populaire aboutit à la prise des Tuileries. Cette gravure illustre un texte allemand contre-révolutionnaire. À droite, le roi cherche à se réfugier dans la salle de l’Assemblée nationale pour sauver sa vie, alors que le courage de la reine, d’origine autrichienne, est mis en valeur. D’après le texte original, elle s’écrie : « Voilà ma poitrine, si je suis coupable percez-là ! Épargnez seulement la vie de mon époux, de mes enfants. »
Face à la noble attitude de la famille royale, la violence de l’insurrection est montrée. Un membre de l’Assemblée a été pendu à la lanterne, mais il est sauvé à temps. Les fédérés marseillais donnent l’assaut et massacrent les gardes suisses. Une commune insurrectionnelle se met en place, et l’on décide l’élection d’une nouvelle assemblée, la Convention, au suffrage universel. Le roi renversé et sa famille sont incarcérés à la prison du Temple à Paris.

Proposer les activités 1 et 2, TDC « Le procès », no 1002, p. 32.

Le procès du roi et de la royauté

Un vote capital (docs E à G) • La Convention vote l’abolition de la royauté le 21 septembre 1792, au lendemain de la victoire de Valmy. Le 22 débute l’an I de la république. Le procès qui s’ouvre est donc celui de la monarchie déchue conduit par le nouveau régime.
Désacralisée, la personne du roi subit l’humiliation de la prison. Le 3 décembre 1792, la Convention décide de faire comparaître « Louis Capet et ses défenseurs à la barre de la Convention nationale ». Le procès débute le 11. Il n’y a plus de majesté royale, Louis est un simple citoyen jugé comme les autres : tantôt debout, face à la représentation d’une nation qui l’accuse, alors que les députés sont assis et couverts, tantôt assis sur une simple chaise.
Les députés girondins penchent vers la clémence, essayant de dissocier la condamnation d’un régime déchu, la monarchie, et le sort d’un homme, l’ancien roi. Les montagnards estiment de leur côté qu’il y a incompatibilité entre le roi et le peuple, entre le principe de l’égalité pour tous – la république – et celui de l’exception d’un seul homme – la monarchie. La personne royale étant un corps hors de la nation, pour exister, la république doit l’anéantir. En supprimant le roi, on instaure de fait l’égalité entre tous les citoyens. C’est le sens du propos de Robespierre. Si la république a triomphé par la volonté du peuple, c’est que le roi est jugé coupable. Sinon, c’est la république et le peuple qui sont coupables de s’être rebellés contre la monarchie. Pour que la république, c’est-à-dire le régime politique de la patrie, vive légitimement, il n’y aurait pas d’alternative : le roi doit être condamné. La défense de Louis XVI consiste à se montrer comme le père du peuple qui a toujours œuvré pour son bien. Il rejette l’accusation d’être responsable du drame du 10 août. Il nie avoir refusé la Constitution et abusé du droit de veto.

Après l’audition de Louis XVI et de ses défenseurs, la Convention décide du sort du roi par vote (doc G). Le 15 janvier 1793, 691 députés sur 749 répondent par l’affirmative à la question sur la culpabilité de Louis XVI. Louis Capet est déclaré coupable de conspiration contre la sûreté générale de l’État. Le même jour, l’appel au peuple est rejeté par 427 voix contre 287. Débute ensuite, du 16 au 17 janvier, le vote par appel nominal, public, sur la sentence. Les députés défilent dans l’ordre alphabétique des départements, en commençant par la Haute-Garonne tirée au sort. Le document montre l’enregistrement des votes de Paris. On y reconnaît les noms de Robespierre, Danton, Marat, Camille Desmoulins…, tous favorables à la mort du roi. L’histoire retient que Philippe Égalité, prince d’Orléans, cousin de Louis XVI, vote la mort (son nom est visible sur la liste). 387 députés se prononcent pour la mort sans condition, 334 pour la mort conditionnelle, la détention ou le bannissement. Le 20 janvier, 380 députés contre 310 rejettent la proposition de sursis.

L’exécution de « Louis Capet » (doc H) • Une délégation de la commune de Paris vient annoncer au roi la sentence. Le délai de trois jours demandé par Louis XVI pour se préparer lui est refusé. On lui accorde cependant l’assistance d’un prêtre. Il est mené à l’échafaud le lendemain, dans un carrosse, autre concession. La guillotine est transférée place de la Révolution, en bas des Champs-Élysées, pour signifier la solennité de l’événement. Le supplice lui-même marque le triomphe de l’égalité républicaine. Le roi meurt comme tout condamné à mort. Ses dernières paroles sont couvertes par les roulements de tambour. À 10 h 22, ce 21 janvier 1793, Louis XVI est décapité. Les cris « Vive la nation, vive la liberté ! » retentissent dans la foule jusque-là muette.

Proposer les activités 1 et 2, TDC « Le procès », n° 1002, p. 32.

 

Corrigés des activités 1 et 2, p. 32 de TDC « Le procès », no 1002
Activité 1
a. Règne de Louis XVI : 1774-1792.
b. Symboles royaux représentés sur le doc A : couronne, sceptre, main de justice, fleurs de lis.
c. Le roi semble puissant car il est représenté seul, porte les symboles de la royauté (doc A). Son trône est impressionnant (doc B).
d. Événements figurés sur les documents. Doc A : 1778 ; doc B : 1789 ; doc C : 1791 ; doc D : 1792 ; doc E : 1792 ; doc F : décembre 1792 ; doc G : 16 et 17 janvier 1793 ; doc H : 21 janvier 1793. Les docs A et B seront écrits en bleu ; le doc C en rouge ; les docs D, E, F, G, H en vert. (doc F éventuellement en rouge : discours de Robespierre.)
e. Le pouvoir du roi ne cesse de décroître à partir de 1789.
f. Les docs A et B correspondent à la monarchie absolue. Les docs C et D à la monarchie constitutionnelle. Les docs E, F et G à la Première République.
g. Louis XVI n’est plus respecté à partir de la fuite à Varennes en 1791
h. La Révolution française aboutit à la fin de la royauté et à la mort du roi.

Activité 2
a.

Quand a lieu cet événement ?

Où a lieu cet événement ?

Qui sont les acteurs de cet événement ?

Que font les acteurs de cet événement ?

Qu’arrive-t-il au roi et à la famille royale ?

10 août 1789

Paris – Palais des Tuileries

Les sans-culottes parisiens
Les fédérés marseillais

Le roi et la famille royale

Ils prennent d’assaut les Tuileries

Ils cherchent refuge à l’Assemblée, fuient les combats

Ils sont arrêtés et emprisonnés

b. La république est proclamée : « la République est fondée. »
c. Louis XVI ne domine plus l’assemblée. Il est un homme comme les autres, jugé par les députés.
d. Déclaration de Louis XVI qui montre qu’il se considère innocent : « Ma conscience ne me reproche rien » ; « mon cœur est déchiré de trouver dans l’acte d’accusation l’imputation d’avoir voulu répandre le sang du peuple, et surtout que les malheurs du 10 août me soient attribués ».
e. Danton, Marat, Camille Desmoulins, Fabre d’Églantine, le peintre David et le cousin du roi, Philippe d’Égalité votent tous la mort de Louis XVI.
f. Louis XVI est condamné à mort et exécuté le 21 janvier 1793.
g. Marie-Antoinette sera elle aussi jugée, condamnée à mort et guillotinée, en octobre 1793