La revue TDC propose tous les quinze jours un dossier complet consacré à un thème à dominante arts, littérature, histoire, géographie, sciences ou éducation à la citoyenneté.
« DalÍ » au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 25 mars 2013.
En lien avec « La révolution surréaliste »,
TDC n° 830 du 15 février 2002.
Le département des Arts de l’Islam : ouverture des nouveaux espaces au musée du Louvre à Paris
En lien avec « les arts de l’Islam »
TDC n° 1047 du 1er janvier 2013
« Walid Raad, Préface à la première édition », au musée du Louvre du 19 janvier au 8 avril 2013.
En lien avec « Les arts de l’Islam »
TDC n° 1047 du 1er janvier 2013.Pratiques artistiques et histoire des arts / cycle 3
Par Isabelle Grassart, responsable de l’action éducative au musée des Arts décoratifs
DOC A Coffre à pentures, France, XIVe siècle.
DOC B Armoire à deux corps, France, deuxième moitié du xvie siècle.
DOC C Cassette en cabinet, attribuée à Pierre Gole, Paris, vers 1655.
DOC D Secrétaire en pente, attribué à Adrien Faizelot Delorme, Paris, vers 1750.
DOC E Travailleuse, Jennens & Bettridge, Birmingham, vers 1850.
DOC F Coiffeuse, René Herbst, Paris, 1931.
DOC G Bibliothèque « Nuage », Charlotte Perriand, 1954.
DOC H Meuble « Combi-center », Joe Colombo, Italie, 1963.
Commode « You can’t lay down your memories »
DOC I Commode « You can’t lay down your memories », Téjo Remy, 1991.
Ce meuble en bois, métal, osier, etc., est constitué d’un corps fermé accessible par un dessus ouvrant et servant au rangement d’objets spécifiques ou à la conservation d’aliments. Il peut être posé au sol ou monté sur support.
Pendant tout le Moyen Âge, les coffres ont principalement servi à ranger les objets de la vie quotidienne. Il était dans la mentalité de l’homme médiéval de se déplacer fréquemment ; il fallait parfois partir dans l’urgence pour des raisons politiques ou économiques, et le coffre offrait l’avantage de contenir pêle-mêle de nombreux objets : lits pliants ou démontables, tentures, tapisseries, vêtements, effets personnels ou précieux, etc. C’est la raison pour laquelle ces coffres étaient robustes et le plus souvent munis de poignées aux parties latérales. Outre le rangement, ce meuble avait d’autres fonctions : on pouvait s’y asseoir, y dormir ou y prendre ses repas. Il est le meuble « multifonction » le plus ancien, dont vont dériver les dressoirs et les armoires à deux corps, mais aussi les sièges (voir le poster, pp. 26-27).
Ces coffres sont construits en planches épaisses à joints vifs et tourillons ; le fond est bâti à rainures et languettes. Les ferrures, appelées pentures, qui assurent solidité et rigidité, sont fixées sur le bois par des pointes forgées. Elles font l’objet de jeux décoratifs multiples, donnant un rythme à la surface plane du meuble. Peu de coffres médiévaux sont parvenus jusqu’à nous : la plupart, dépourvus de décor et recouverts d’un tissu, ont brûlé ou ont été démembrés. Celui-ci, d’origine inconnue, est orné de cinq rangées de pentures en forme de tiges stylisées, irrégulièrement réparties sur la façade et sur les panneaux latéraux. Elles sont disposées à la verticale au centre de la façade, et à l’horizontale sur les côtés. Des enroulements de feuillages se terminent par de petites fleurs en boutons, constituant ainsi un décor de grande qualité. Le coffre à pentures du musée des Arts décoratifs fait partie des trois meubles les plus anciens conservés dans les collections publiques françaises, avec celui, très similaire, du musée Carnavalet à Paris et l’armoire de l’abbatiale d’Aubazine en Corrèze. • Proposer les activités 1 à 3 dans TDC, « Les arts décoratifs », n° 1020, 15 septembre 2011, p. 37.
Un meuble de ce type, destiné au rangement ou à la conservation, est constitué d’un ou plusieurs corps fermés accessibles par un ou plusieurs battants, glissants ou rideaux éventuellement juxtaposés et/ou superposés. Il peut comporter des tablettes – parfois coulissantes – ou des éléments de suspension, ainsi que des tiroirs intérieurs ou extérieurs.
Si la structure des meubles reste très affirmée dans la seconde moitié du XVIe siècle, la conception du décor subit l’influence des artistes italiens et celle de l’Antiquité classique. Colonnes, pilastres, chimères délimitent des panneaux sculptés, en bas relief. Ici, au centre de la partie supérieure, une Victoire tient une couronne de laurier et un rameau d’olivier. Sur la partie inférieure, deux femmes nues dont l’une est accompagnée d’un cygne, que l’on retrouve sur les deux montants, évoque la légende de Léda. Des rehauts d’or, des plaques de marbre renforcent ce goût du décor. Le fronton à double rampant est interrompu par une niche accostée de deux volutes et ornée d’un saint Michel terrassant le dragon.
L’évolution des meubles – qui correspond à celle de l’architecture – n’est pas sans rapport avec les décorations intérieures de Fontainebleau. Cette armoire s’intègre dans le développement des châteaux de l’Île-de-France. En effet, à la Renaissance, les fresques de l’Empire romain et les sujets mythologiques sont à la mode. Caractérisée par de solides formes sculpturales, des compositions équilibrées, symétriques, ordonnées, la Renaissance emprunte ses formes visuelles et ses motifs ornementaux à l’architecture et à la sculpture romaine : ordres classiques – colonnes, chapiteaux et ornementation, notamment les feuilles d’acanthe –, arcs de triomphe et autres monuments décorés de figures humaines et mythologiques, de trophée d’armes et d’entrelacs. • Proposer les activités 1 à 3, p. 37.
Ce meuble de rangement pour objets précieux est formé de nombreux tiroirs de petites ou moyennes dimensions, superposés et souvent juxtaposés, accompagnés éventuellement d’un petit battant central dit « tabernacle » (théâtre), lequel cache parfois des tiroirs superposés. Ces derniers s’ouvrent sur la face ou sur les côtés. Dans ce dernier cas, il y a toujours un petit battant sur la face.
Conçue pour être mobile, cette cassette repose sur quatre petits pieds toupies en ivoire. Le décor de marqueterie se développe sur le couvercle et les quatre côtés. Le piètement qui la reçoit n’est pas marqueté à l’arrière, et présente sur son plateau, à l’emplacement de la cassette, un simple placage. De légères différences dans l’ornementation laissent supposer que le piètement fut réalisé dans un second temps.
Cet ensemble connut une certaine faveur au milieu du XVIIe siècle. L’inventaire dressé en 1661, après le décès du cardinal Mazarin, comporte sous les numéros 718 et 719 « une cassette d’écaille de tortue, profilée d’ivoire, toute couverte de marqueterie de fleurs et oiseaux de bois de diverses couleurs, posée sur quatre boules d’ivoire façon d’écailles de tortue longue d’un piedsept pouces [51 cm], large d’un pied un pouce [35 cm], haute de dix pouces [27 cm] » et « une autre petite table et une cassette pareille à celle ci-dessus ». L’usage de la marqueterie sur fond d’écaille et d’ivoire et le dessin de certains éléments – les six colonnes toscanes du piètement, interrompues au tiers inférieur du fût par une astragale – permettent le rapprochement de cette cassette et de sa table de l’œuvre de Pierre Gole. Ce jeune Hollandais venu à Paris comme apprenti dans l’atelier d’Antoine Garbrant, l’un des menuisiers le plus en vue à l’époque, se distingua par la qualité de ses meubles plaqués d’ébène et de ses marqueteries. Il fut nommé menuisier en ébène ordinaire du roi en 1651. Il employait les matériaux les plus précieux et se fit une spécialité des placages d’ivoire, recouvrant entièrement les surfaces de ses meubles , comme sur un cabinet livré au début des années 1660 à Monsieur, frère du roi, pour le Cabinet blanc du prince au Palais-Royal (aujourd’hui conservé au Victoria and Albert Museum, à Londres).
La fabrication de cette cassette doit se situer plus tôt dans la carrière de l’ébéniste. Les rinceaux ornementaux sur fond d’ivoire des cartouches d’encadrement de la marqueterie sont encore proches des gravures d’ornements diffusées à Paris pendant le règne de Louis XIII. Le terme de « cassette en cabinet » correspond vraisemblablement à un tel meuble. Cette appellation figure dans l’inventaire dressé le 10 janvier 1685 après le décès de l’ébéniste. Il s’agit d’une pièce isolée et prisée, avec d’autres meubles, pour la somme modique de 33 livres. Cette mention prouverait qu’au milieu des années 1680 leur faveur était passée. • Proposer les activités 1 à 3, p. 37.
Ce meuble à tiroirs du XVIIIe siècle est destiné à ranger des papiers. Il comprend un panneau rabattable servant de table à écrire.
Les meubles en vernis « façon du Japon » à fond bleu furent à la mode au milieu du XVIIIe siècle, mais seules des pièces exceptionnelles furent décorées dans ce ton, comme ce petit secrétaire en pente. Le décor en relief de son abattant reproduit un précieux panneau de laque du Japon – provenant sans doute d’un cabinet de la fin du XVIIe siècle – qui fut finalement remonté sur une encoignure de Martin Carlin livrée par le marchand mercier Darnault à Mme Adélaïde en 1782. Ce panneau avait figuré au milieu du siècle, comme modèle, dans l’atelier du vernisseur en charge de décorer le petit secrétaire. Peut-être s’agissait-il, parmi les cinq frères Martin, d’Étienne-Simon ou de Guillaume (mais ce dernier mourut en 1749), seuls « vernisseurs du roi » à maîtriser une technique particulière de vernis en relief, à l’imitation des laques japonaises. Les relations des Martin avec les ébénistes et marchands ébénistes restent difficiles à saisir, mais il est fort probable que des meubles aussi raffinés furent réalisés par l’entremise d’un marchand mercier. Le bâti lui-même, qui n’est pas estampillé, doit provenir de l’atelier d’Adrien Faizelot Delorme dont il présente certains traits caractéristiques comme le pincement des arêtes du piètement ou le frisage de l’intérieur du caisson en prunier.
Ce petit bureau de vernis bleu est l’un des rares meubles identifiés provenant du château de Bellevue, situé sur les hauteurs de Sèvres, où résidait Mme de Pompadour. Le château, dont la marquise avait surveillé la construction de 1748 à 1750, fut décoré de meubles en laque et d’objets d’art par le marchand mercier Lazare Duvaux au cours des années 1750-1751. Ce dernier ne semble pas avoir livré ce secrétaire, qui a pu être acquis auprès de l’un de ses confrères, Duvaux n’ayant pas l’exclusivité des livraisons à la marquise. Lorsqu’en 1757 Mme de Pompadour se dessaisit du château de Bellevue au profit du roi, la propriété fut cédée en grande partie meublée, la marquise ayant conservé les meubles les plus somptueux pour sa résidence parisienne, l’actuel palais de l’Élysée. C’est pourquoi ce secrétaire apparaît dans l’inventaire du château dressé en 1763, sous le numéro 3.
Contrairement à la passion pour les laques à fond noir qui ne se démentit jamais, le goût pour les vernis bleu, vert, en relief, fut de courte durée, et leur délicate réalisation limita le nombre de pièces ainsi décorées. Cette évolution du goût se lit dans la localisation du secrétaire à Bellevue, qui devint la propriété des tantes de Louis XVI, jusqu’à la Révolution : après avoir figuré dans l’appartement de Mme Victoire, au premier étage, il fut relégué dans la chambre de la première femme de chambre de Mme Adélaïde. • Proposer les activités 1 à 3, p. 37.
Ce type de petites tables de plan massé (carré, rectangulaire, circulaire ou autre) à éléments de rangement sert à contenir les objets nécessaires aux travaux de couture, tapisserie, tricot. Elles peuvent avoir de un à quatre pied(s) et présenter un corps de formes et de structures diverses : en coffret, en simple table, à un ou plusieurs tiroirs.
Tout est rondeur dans cette travailleuse : les petits instruments féminins sont contenus dans le globe terrestre qui s’ouvre en son milieu. La face avant présente, comme à travers un hublot, la vue d’une ruine écossaise romantique composée de morceaux de nacre teintés. La firme Jennens & Bettridge acquit une réputation internationale pour la fabrication soignée de meubles et d’objets en papier mâché incrustés de nacre. Cette technique permettait d’obtenir les formes les plus sophistiquées. Utilisant la fabrication industrielle par moulage, elle connut un grand succès en raison de l’effet somptueux qu’elle produisait tout en étant d’un coût abordable. Quant à la couleur noire dominante de ce meuble, elle était considérée dès 1850 et jusqu’à la fin du XIXe siècle comme la couleur du luxe. • Proposer les activités 1 à 3 dans TDC, « Les arts décoratifs », n° 1020, 15 septembre 2011, p. 37.
René Herbst rénova, de 1930 à 1933, l’hôtel particulier de l’Aga Khan, situé 55, rue Scheffer à Paris. Il conçut l’aménagement intérieur. Son programme, « équilibre, logique, pureté », répondait aux nouvelles exigences d’une vie pratique, confortable et hygiénique. La salle de bains est alors une pièce à part entière, largement éclairée, dont les matériaux, choisis avec soin, étaient adaptés aux conditions d’humidité. Le mobilier s’intégrait parfaitement au décor.
Cette coiffeuse, présentée à la troisième exposition de l’Union des artistes modernes (UAM) en 1932, est l’un des meubles les plus célèbres de René Herbst. Réalisée pour la Bégum, elle était accompagnée d’une chaise à dossier bas et évidé, dont la structure se compose d’un tube d’acier continu qui soutient l’assise en bois. Les matériaux – verre, miroir, métal – sont issus de l’industrie ; l’éclairage est intégré au miroir ; une préoccupation de confort et d’ergonomie sous-tend la conception du repose-pieds. L’élégance réside dans l’équilibre entre la dureté brillante du métal et la douceur des tons beige rosé de la tôle peinte, ainsi que dans le jeu lumineux du métal chromé et du miroir. La disposition de celui-ci peut être réglée à l’aide d’une glissière discrète, intégrée au plateau.
Architecte d’intérieur, ingénieur-constructeur, ensemblier, René Herbst fut l’un des initiateurs de l’Union des artistes modernes. Attiré par les techniques et les produits issus de l’industrie, il noua des liens privilégiés, qui ont duré de 1930 à 1961, avec l’Office technique pour l’utilisation de l’acier (OTUA), concepteur de paquebots. Il a produit des meubles simples, fonctionnels et confortables, archétypes d’une modernité étonnante, telles la « chaise à sandows », de 1929, et la « chaise longue aux sandows », de 1931. Le commanditaire de la coiffeuse, Mohammed Shah (1877-1957), plus connu sous le titre d’Aga Khan III, était le chef de la communauté religieuse des ismaéliens. Grand voyageur, passionné de culture comme sa seconde femme, Teresa Magliano, il était « avide de goûter à cette naissance de l’art sous toutes ses formes et sous toutes les latitudes ». Enthousiasmés par l’Exposition de 1925, tous deux se faisaient l’écho d’une société « où se fond l’aristocratie de l’argent, de la connaissance, du goût, qui de San Francisco à Moscou impose ses règles et son art de vivre ». La rénovation de son hôtel particulier de la rue Scheffer témoigne d’une personnalité hors du commun et en avance sur son temps. De fait, sa rencontre avec un pionnier comme René Herbst ne pouvait donner naissance qu’à une œuvre singulière. • Proposer les activités 1 et 2, p. 37.
Composé de deux étagères décalées destinées à classer des livres, ce meuble est une bibliothèque murale modulable et minimaliste, œuvre de Charlotte Perriand. Née en 1903, collaboratrice de Le Corbusier et de Pierre Jeanneret, amie de Fernand léger, Charlotte Perriand a profondément marqué et influencé notre environnement quotidien par ses objets utilitaires et par sa conception des matériaux et de l’espace grâce à sa connaissance du Japon.
La bibliothèque « Nuage » est un élément de l’exposition « Synthèse des arts » présentée à Tokyo et Paris en 1955. Dans sa biographie, Charlotte Perriand disait : « Pour mon exposition, […] je créais des ensembles, faisant jouer en harmonie œuvres plastiques et mobilier. Ce mobilier était constitué d’éléments normalisés : plots ou joues permettant de composer librement des bibliothèques. Des tiroirs plastiques. Des sièges et tables empilables pour réception, à ranger après usage – libérant l’espace. » Elle ajoutait : « Pourquoi la maison traditionnelle japonaise ? Il ne s’agissait pas de folklore, mais pour moi de démontrer une certaine rencontre entre la modernité et l’esprit traditionnel japonais. Modulation, normalisation, souplesse, usages multiples, légèreté, communion avec la nature, détente… » • Proposer les activités 1 et 2, p. 37.
Avant d’être designer, Joe Colombo a été peintre, sculpteur et architecte. C’est sous l’impulsion de l’architecte et designer Bruno Munari qu’il oriente son travail vers l’aménagement intérieur. Les objets et les meubles qu’il dessine sont de plus en plus marqués par les nouvelles technologies et par sa recherche sur la modularité de la forme. Le plastique devient son matériau de prédilection alors que les recherches sur son application au mobilier s’intensifient.
Offrir le maximum à l’utilisateur devient pour lui un principe. Un objet ou un meuble doit résulter de l’optimisation de l’ensemble de ses composantes : la forme, la fonction, les matériaux. L’objectif est de satisfaire toutes les exigences possibles et imaginables. Les objets seront donc souvent multifonctions.
Original, pratique et ludique, le « Combi-center » imaginé par Joe Colombo en 1963 est le premier meuble conteneur composé de plusieurs modules de rangement rotatif. Tour mobile modulable équipée d’étagères, de tiroirs, de casiers et de portes coulissantes, le « Combi-center » est susceptible d’accueillir à la demande aussi bien des livres et un bar qu’un système audio et vidéo complet. • Proposer les activités 1 et 2, p. 37.
Conçue par Téjo Remy, du collectif néerlandais Droog Design (droog désigne une forme d’humour désabusé), cette commode apparaît à la fois comme une critique de la société de consommation et du gaspillage qu’elle engendre, et une réflexion ironique sur la mémoire. Composé de vieux tiroirs assemblés en désordre, elle se veut « aussi chaotique » que les souvenirs stockés pêle-mêle par notre cerveau. • Proposer les activités 1 et 2, p. 37.