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Aperçus de la civilisation gauloise

Histoire / 6e 

Par Thierry Widemann, chercheur en histoire à l’Institut stratégique de l’École militaire

DOCUMENTS

L’armement gaulois

DOC A L’armement Gaulois. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, 1er siècle.

DOC B Casque cygne de Tintignac.

DOC C Carnyx de Tintignac.

L’art des fortifications

DOC D L’oppidum de Paule.

DOC E L’art gaulois des fortifications. Jules César, La Guerre des Gaules, 1er siècle.

DOC F Un murus gallicus.

Rituels et cérémonies

DOC G Une cérémonie gauloise.

DOC H Tête de bœuf sacrifié.

DOC G Le dieu d’Euffigneix.

ANALYSES DES DOCUMENTS

L’armement gaulois

Le casque de Tintignac et le carnyx constituent une illustration et une confirmation du texte de Diodore de Sicile, historien grec du Ier siècle av. J.-C. (v. –90 - v. –20) né à Agyrium en Sicile. Diodore y décrit l’armement des Gaulois en soulignant leur sens de l’ornement pour les boucliers et les casques. Il précise que les guerriers gaulois portent une cotte de mailles (dont les Romains se sont inspirés), et insiste sur la longueur de leurs épées, en songeant vraisemblablement aux épées romaines, beaucoup plus courtes et conçues pour frapper d’estoc, tandis que les épées gauloises étaient principalement destinées à frapper de taille. L’historien grec relève également l’exceptionnelle dimension des fers de lance, ce que confirme l’archéologie. En ce qui concerne les ornements, Diodore mentionne que certains casques sont ornés de motifs d’oiseaux en relief. C’est le cas pour l’un des casques découverts en 2004 dans une fosse du sanctuaire de Tintignac, en Corrèze. S’il est conforme au texte de Diodore, sa morphologie étonnante n’en était pas moins inconnue jusqu’alors. Représentant un cygne dont le long cou prend naissance à l’avant du casque, il est en bronze et daté du IIIe siècle avant notre ère. Comme beaucoup de casques gaulois, il devait comporter des protège-joues (paragnathides) qui ont été retirés, comme en témoignent des trous de rivets situés sur les côtés. Ce casque, comme toutes les armes trouvées dans le sanctuaire, a été délibérément abîmé afin qu’il ne puisse être réutilisé. Il s’agit d’un objet « sacrifié » qui a été offert aux divinités. À l’instar des autres objets dont il était entouré, le casque a pu faire partie d’une cérémonie rituelle guerrière comme celle représentée sur le chaudron de Gundestrup (découvert au Danemark). Il s’agissait peut-être d’un casque d’apparat, mais on ne peut exclure un usage au combat. La fonction d’un casque n’est pas réductible à la protection : il peut aussi servir à impressionner l’adversaire. Christophe Maniquet (voir SAVOIR+) évoque la possibilité d’une autre forme de protection, religieuse celle-là : les oiseaux aquatiques étaient en effet censés accompagner dans l’au-delà les âmes des guerriers morts au combat. L’historien grec relève également la présence dans les armées gauloises d’un objet destiné à produire un effet psychologique sur le champ de bataille : une trompe qu’il qualifie de barbare et qui émettait un son rauque, approprié dit-il, « au tumulte guerrier ». Cette trompe de guerre appelée carnyx est un instrument vertical, d’une hauteur d’environ 2 mètres et doté d’un pavillon représentant un animal emblématique, souvent un sanglier. Une languette de bois vibrait sous l’effet du souffle et émettait un son puissant et probablement inquiétant.

L’art des fortifications

Au cours des iiie et iie siècles avant notre ère se développent en Gaule de nombreux bourgs, d’une étendue de plusieurs hectares. Ils préfigurent les oppida (doc D) qui se multiplièrent dans le courant du siècle précédant la conquête romaine.

Oppidum est le terme choisi par César pour désigner ces grandes agglomérations gauloises, généralement fortifiées. Elles regroupaient plusieurs milliers d’habitants sur une superficie allant d’une dizaine à plusieurs centaines d’hectares. Quelque 150 oppida ont été recensées en Europe. Implantés à proximité d’axes de communication terrestres et fluviaux, ils sont protégés par un système de fortification spécifique, le murus gallicus, et contiennent des bâtiments en bois et en terre, des édifices publics, politiques et religieux, des rues aménagées et des zones spécifiques consacrées à l’artisanat et au commerce.

Les oppida constituent ainsi des pôles politiques, religieux, militaires et économiques. On s’y rassemblait pour prendre des décisions, on y convoquait des assemblées pour des élections ou des procès. Plusieurs oppida disparaîtront avec la conquête romaine, qui instaure un autre type d’urbanisation. Certains seront déplacés, comme Bibracte, capitale des Éduens, située sur le mont Beuvray, dans le Morvan. Sous le règne d’Auguste, une ville, nommée Augustodunom (future Autun), fut fondée à 25 km de l’oppidum et Bibracte fut progressivement abandonnée par ses habitants.

Le terme de murus gallicus (mur gaulois) désigne un type de fortification décrit par César dans La Guerre des Gaules (docs E et F). Il le fait à l’occasion du récit du siège d’Avaricum (Bourges), principal oppidum des Bituriges, en 52 av. J.-C. César insiste sur les qualités techniques de l’ouvrage pour souligner les difficultés qu’il a surmontées pour conclure ce siège difficile.

Le murus gallicus est un rempart de terre, structuré par une armature de poutres de chêne entrecroisées en couches successives avec un parement de pierres sèches. La spécificité de ce système tient à l’usage de plusieurs matériaux aux qualités complémentaires. La souplesse du bois rend le mur invulnérable aux projectiles d’artillerie et aux coups de bélier, et la vulnérabilité du bois à l’incendie est neutralisée par la présence des pierres.

Lors du siège d’Avaricum, César a dû utiliser des tours d’assaut pour introduire des combattants sur le haut des remparts. Mais lorsque la nature du terrain interdit l’usage de tels engins (beaucoup d’oppida sont en effet construits sur des hauteurs), il ne reste qu’à tenter d’affamer la ville par un siège hermétique. César n’avait que cette possibilité devant Alésia.

Les découvertes archéologiques ont confirmé la description du proconsul. Le murus gallicus fut identifié pour la première fois en 1867 sur le site de l’oppidum de Murcens, dans le Lot, et, dès 1875, les archéologues avaient répertorié en Europe une quarantaine d’ouvrages. Un mur gaulois peut mesurer jusqu’à 5 km de long, exige parfois l’abattage d’une centaine d’hectares de chênaie et nécessite 50 000 longs clous de fer pesant chacun près de 200 g. Il s’agit, techniquement, d’un des systèmes de fortification les plus efficaces de l’Antiquité.

Rituels et cérémonies

On a longtemps cru que les cultes pratiqués par les Gaulois se déroulaient dans le secret des forêts obscures (lire le texte de Pline l’Ancien dans la séquence suivante). Il y a seulement une trentaine d’années que l’archéologie a démontré qu’il n’en était rien. Un premier sanctuaire a été découvert à Ribemont-sur-Ancre, en Picardie, et d’autres depuis, comme à Corent dans le centre de la France, à Mirebeau-sur-Bèze, dans l’Est, ou à Gournay-sur-Aronde, dans l’Oise.

Un sanctuaire gaulois est d’abord constitué par une enceinte quadrangulaire délimitée par un fossé et une palissade (doc G). Leur fonction n’est aucunement défensive, il s’agit d’une fortification symbolique visant à distinguer et séparer l’espace sacré et le territoire des hommes. L’ouverture du sanctuaire est toujours dirigée vers le soleil levant, et elle prend la forme d’un porche monumental servant de « sas » entre le monde des dieux et celui des humains. Les rites qui s’y déroulent ne sont pas très différents de ceux que l’on pratique en Grèce ou à Rome à la même époque, avec des sacrifices d’animaux, d’objets ou de végétaux.

Là où le sanctuaire gaulois se distingue radicalement des équivalents grecs et romains, c’est dans l’aménagement intérieur. On n’y trouve aucun temple monumental, mais un autel « en creux », constitué par une fosse cylindrique où étaient déposées les victimes des sacrifices. L’autre élément est un petit espace végétal, un « bois sacré », où la divinité était censée manifester sa présence lors des cérémonies.

C’est donc par la pratique du sacrifice que les Gaulois expriment leur dévotion aux dieux, dans un espace et un temps qui réalisent un échange symbolique entre les univers divin et humain. Il existe deux types de sacrifices. Le premier est le sacrifice de bovidés, tués par un coup de hache ou de merlin. Le doc H montre un crâne de bovidé, trouvé dans le sanctuaire de Gournay-sur-Aronde, qui porte la trace du coup mortel. L’animal est alors jeté dans la fosse où il pourrit pendant plusieurs mois : il est ainsi offert aux dieux dans sa totalité. L’autre forme de sacrifice est dit de commensalité : hommes et dieux se partagent l’animal sacrifié, un mouton ou un porc. La partie de l’animal consacrée aux divinités est brûlée de façon que la fumée les atteigne. La part des hommes est cuite et consommée au cours d’un banquet sacré.

 

Dans La Guerre des Gaules, César évoque quelques dieux gaulois en les désignant par ce qu’il estime être leur équivalent romain, Jupiter, Mars, Mercure, Apollon ou Minerve, en précisant que, « de ces dieux, les Gaulois se font à peu près la même idée que les autres peuples ». Or, rien ne permet d’étayer cette affirmation. Le poète latin Lucain, au ier siècle apr. J.-C., nous livre les trois noms de dieux dont l’existence dans le panthéon gaulois paraît certaine : Teutatès, Ésus et Taranis. Teutatès est le dieu tribal, ce que signifie son nom, protecteur de la cité. Ésus est le dieu « bon » ou « bienveillant », mais Jean-Louis Brunaux (voir SAVOIR+) pense qu’il doit s’agir d’un euphémisme prudent pour qualifier une divinité infernale. Quant à Taranis, il serait en rapport avec la foudre et le tonnerre, et pourrait être ainsi comparé à Jupiter.

Les sanctuaires ne conservent aucun témoignage de ces divinités. Les représentations sous forme humaine des dieux gaulois sont toutes postérieures à la conquête romaine, comme le dieu dit d’Euffigneix (doc I), daté de la fin du ier siècle av. J.-C. On ignore son nom. Il s’agit d’une sculpture en calcaire de 26 cm de haut. Seul le torque qu’il porte autour du cou, emblème divin, laisse supposer sa nature. Le sanglier qui orne son buste serait un symbole de force et de courage.