TEXTES ET DOCUMENTS POUR LA CLASSE

Vous êtes ici : Accueil > Vous êtes ici : Accueil > Tous les numéros > Les Gaulois > Des artisans virtuoses

Dernier numéro paru :

Couverture du TDC n°1060

La revue TDC propose tous les quinze jours un dossier complet consacré à un thème à dominante arts, littérature, histoire, géographie, sciences ou éducation à la citoyenneté.

Plus d'infos sur la revue TDC

Sortir avec TDC

Buste reliquaire de Saint-Rossore

Le printemps de la Renaissance : la sculpture et les arts à Florence, 1400-1460, au musée du Louvre

Du 26 septembre 2013 au 6 janvier 2014

En lien avec « Humanisme et Renaissance »

TDC n° 1039 du 1er septembre 2012
Affiche de l'exposition Georges Braque

Georges Braque au Grand-Palais

Du 18 septembre 2013 au 6 janvier 2014

En lien avec « Le cubisme »

TDC n° 940 du 15 septembre 2007

Inscrivez-vous à la newsletter TDC

Prochains numéros

  • Le mélodrame
    1er octobre 2013
  • Les mathématiques de la Terre
    15 octobre 2013
  • L’Art déco
    1er novembre 2013

Des artisans virtuoses

Histoire - histoire des arts - français / cycle 3

 

Par Olivier Szwaja, professeur d’histoire-géographie à l’IUFM de Franche-Comté

DOCUMENTS

Les artisans virtuoses du monde celtique

DOC A Au musée, Patrick Maguer, Marion Puech (ill.), Les Gaulois à petits pas, Actes Sud Junior/Inrap, 2009.

DOC C Lames de faux. IIe siècle av. J.-C.

DOC D Les premières traces de commerce, Patrick Maguer, Marion Puech (ill.), Les Gaulois à petits pas, Actes Sud Junior/Inrap, 2009.

DOC F Fragments de carnyx. Trompettes de guerre gauloises en bronze.

De véritables artistes

DOC B Torque en or. Bijou trouvé dans la tombe de la princesse de Vix, VIe siècle av. J.-C.

DOC E Le casque d’Agris, IVe siècle av. J.-C.

DOC F Fragments de carnyx. Trompettes de guerre gauloises en bronze.

Les monnaies, supports de l’imaginaire gaulois

DOC D Les premières traces de commerce, Patrick Maguer, Marion Puech (ill.), Les Gaulois à petits pas, Actes Sud Junior/Inrap, 2009.

DOC G Monnaie gauloise. Statère en or, IIe siècle av. J.-C.

DOC H Monnaie des Parisii. Statère en or, début du Ier siècle av. J.-C.

ANALYSES DES DOCUMENTS

Les artisans virtuoses du monde celtique

Le musée représenté dans l’illustration du doc A montre des objets en métal de l’époque gauloise. Ils peuvent être exposés au musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, dans les musées d’archéologie et/ou des beaux arts de province (Angoulême pour le casque d’Agris) et dans ceux regroupés autour de grands sites archéologiques comme Bibracte pour le mont Beuvray.

Si de nombreux objets métalliques sont trouvés lors des fouilles archéologiques, c’est parce que les Gaulois étaient des forgerons virtuoses qui vivaient à l’âge du fer. À l’origine, la métallurgie du fer était maîtrisée par les Hittites, peuple d’Asie mineure, dès le IIe millénaire avant notre ère. En revanche, ce sont les Celtes qui introduisent au premier millénaire avant notre ère l’usage du fer au cœur du continent européen. Ces populations appartiennent à la civilisation dite de Hallstatt qui occupe les territoires allant du Danube à l’est de la France actuelle vers 800 avant notre ère. Lui succède, durant le second âge du fer, de 475-450 à 50 av. J.-C., la civilisation de La Tène. C’est à ce second âge du fer qu’appartiennent les Gaulois, peuples celtes installés sur les territoires les plus occidentaux du monde celtique, nommés Galliae (les Gaules). Cependant, la découverte de la tombe de la princesse à Vix, qui contenait notamment un torque en or (doc B), montre que la maîtrise de cet artisanat à la fin de la période hallstattienne annonce la civilisation gauloise de La Tène.

L’archéologie révèle la richesse de l’artisanat gaulois des métaux. La métallurgie extrait les minerais du sol et les transforme en lingots purifiés utilisables par les artisans qui les transforment à leur tour en objets utilitaires et/ou décoratifs. Forgerons, artisans bronziers, orfèvres, tous produisent des objets de qualité : armes réputées, fibules (broches pour les vêtements) et autres bijoux fabriqués en grandes quantités à destination d’un marché parfois lointain.

L’utilisation du fer favorise le développement d’un outillage spécifique gaulois adapté à la guerre ou à l’agriculture. Les objets précieux et raffinés ont pour destinataires les riches aristocrates, à l’image des princes hallstattiens. Leurs fonctions dépassent l’utilitaire ou l’esthétique au profit de croyances magico-religieuses. Ils révèlent le savoir-faire élaboré des orfèvres gaulois, l’excellence des artisans forgerons dans le travail du fer et du bronze, comme en témoignent les carnyx (doc F), ou encore des potiers dans celui de la céramique. À côté d’une production de vaisselle commune, on identifie une production de céramiques de luxe qui fait intervenir des artisans spécialisés. L’essor de la métallurgie s’accompagne d’une spécialisation des productions artisanales, et dans certains cas de véritables productions de masse. On évoque même une production préindustrielle : des objets utilitaires sont diffusés dans des couches de plus en plus nombreuses de la société ; certaines marques sur les épées permettent d’identifier leur fabricant. À l’époque de La Tène, les artisans sont d’ailleurs regroupés dans des quartiers spécifiques des oppida (habitat aggloméré, proto-urbain). Parallèlement, l’artisanat rural destiné à l’exploitation agricole demeure essentiel dans les campagnes.

L’innovation technologique gauloise s’exerce dans différents domaines : mise au point du cerclage en fer des roues, du tonneau, de la cotte de mailles, fabrication des chaînes de suspension des épées et de leurs fourreaux (doc A). Les Gaulois élaborent des outils agricoles diversifiés qui n’ont guère varié dans leur forme jusqu’à aujourd’hui, comme les faux (doc C), spécifiquement européennes et destinées à récolter le foin. Cet outillage témoigne du développement de l’agriculture, qui fait des Gaules un territoire prospère. On y cultive du blé, de l’orge, de l’avoine, du millet, des légumineuses… L’invention d’une moissonneuse mécanique a étonné les auteurs latins. Véritables « greniers à blé », les Gaules sont très peuplées – peut-être 10 millions d’habitants lors de la conquête romaine. Les Gaulois sont également des éleveurs : ils consomment des bœufs et des porcs domestiques. Bien avant la conquête, leurs charcuteries et salaisons étaient réputées jusqu’à Rome. • Proposer les activités 1 et 3 dans TDC, « Les Gaulois », no 1025, 1er décembre 2011, p. 32.

De véritables artistes

En 1841, un casque similaire à celui d’Agris (doc E), le casque d’Afranville, a été découvert. À cette époque, on lui a supposé une autre origine, car on considérait les Gaulois comme un peuple trop frustre et barbare pour une telle finesse de réalisation. Il faudra attendre la seconde moitié du xxe siècle pour que l’art celte soit apprécié à sa juste valeur. Il n’y a pas de statut d’artiste séparé de celui de l’artisan chez les Gaulois, mais les objets manifestent une maîtrise technique et technologique ainsi que de réelles qualités esthétiques.

Chef-d’œuvre d’orfèvrerie, le torque (doc B) retrouvé dans la tombe de la princesse de Vix est un lourd collier en or, rigide, de 480 g, daté du vie siècle avant notre ère, fin de la période hallstattienne. Aux extrémités de son arc, la partie tubulaire se termine par une patte de félin reliée à une plaque ovale richement décorée qu’un petit cheval ailé permet de relier à la boule terminale du collier. Les torques, en cette fin de la période hallstattienne, ne se trouvent que dans les tombes princières masculines. Sa présence dans une sépulture de femme est unique, tout comme la facture de cet objet. À l’époque de La Tène, les torques en or sont des attributs que les guerriers gaulois partagent avec les dieux. Ils ne les portent qu’au combat, les conservent dans des enceintes sacrées et les fixent parfois sur des troncs d’arbre représentant la divinité. Certains guerriers, placés en première ligne, entièrement nus, ne portent qu’un torque, signe d’une présence divine au cœur des mêlées. Seule, une fonction magico-religieuse explique le soin de leur réalisation.

Le casque d’Agris (doc E), découvert dans une grotte en 1981, est composé d’une coque en fer recouverte d’un décor d’or et de corail. Les motifs abstraits sont celtiques : entrelacs, formes géométriques juxtaposées, frise végétale continue. Des animaux fantastiques semblent surgir des pétales du couvre-joue. Peu fonctionnel pour le combat, ce casque sert sans doute d’apparat dans les cérémonies et les parades.

Les armes d’apparat et les emblèmes militaires, souvent fabriqués en bronze, arborent des figurations d’animaux typiques du monde celte, comme les sangliers, animaux sacrés liés aux vertus guerrières. C’est le cas des carnyx (doc F), grandes trompettes verticales utilisées lors des assauts militaires, dont le pavillon se termine en forme de hure de sanglier. Le son émis lors des assauts par ces instruments concourait à effrayer l’ennemi.

Alors que le métal renvoie davantage au domaine politique et militaire, des statues en pierre ou en bois de figures humaines sont mises au jour par l’archéologie. Elles correspondent davantage à des objets de culte. La statue de Paule représentée sur le doc A, qui date du iiie siècle avant notre ère, figure un personnage tenant une cithare comparable à l’instrument grec, ce qui permet de penser à la musique savante des bardes qui accompagnait la poésie chantée.

D’une manière générale, l’art gaulois se caractérise par un désintérêt pour les représentations humaines au profit d’une approche plus réaliste de la flore et de la faune. Les motifs géométriques et végétaux prédominent : rinceaux, palmettes, fleurs de lotus sont intégrés à des compositions linéaires. Des êtres fantastiques, hybrides, se mêlent aux entrelacs géométriques de courbes et de contre-courbes dans des compositions complexes. Cet art se manifeste dans la décoration d’objets divers, fourreaux d’épée, pièces de harnachement, fibules (doc A) ou encore pièces de monnaie. • Proposer les activités 1 et 3, dans TDC, « Les Gaulois », no 1025, 1er décembre 2011, p. 32.

Les monnaies, supports de l’imaginaire gaulois

L’art de la monnaie montre la spécificité des peuples gaulois dans l’ensemble du monde celtique. Comme l’expose le doc D, les Gaulois adoptent cet usage à la suite des contacts entre mercenaires celtes et civilisations méditerranéennes. Les soldats gaulois enrôlés dans les armées hellénistiques devaient recevoir leur solde en statères de Philippe II de Macédoine, décorés sur l’avers de la tête d’Apollon et au revers d’un char tiré par deux chevaux. Ce type monétaire est vite introduit en Gaule. Vers 300 av. J.-C., les pièces sont frappées sur le modèle macédonien. Les Gaulois ne sont toutefois pas de véritables commerçants avant le iie siècle : ils contrôlent les routes qui traversent leur territoire, pratiquent une forme indirecte de commerce en prélevant des droits de passage et en participant massivement aux échanges. L’économie reste dominée par le troc, et l’on suppose que l’usage des pièces reste cantonné au domaine militaire. La rupture a lieu au tournant des iiie et iie siècles avec l’intensification du commerce avec le monde méditerranéen, le développement du réseau routier et le perfectionnement des véhicules de transport comme les grands chariots à quatre roues. Au iie siècle, les Gaulois pratiquent eux-mêmes l’activité commerciale, ce qui implique l’essor de l’économie monétaire. Le statère n’est plus alors le seul modèle : des monnaies d’argent imitées de la drachme des comptoirs grecs de la côte méditerranéenne, comme Massalia, ou plus tard du denier romain circulent dans le Sud. Puis sont frappés le potin, alliage de bronze et d’étain, et enfin des petites pièces de bronze, d’argent ou d’or. Au ier siècle avant notre ère, le système monétaire est complet.

L’iconographie présentée sur les pièces évolue durant ces trois siècles. Rapidement, les Gaulois s’approprient le modèle des statères d’or macédoniens et en modifie l’aspect. Les visages sont de moins en moins réalistes. Les boucles des cheveux sont des entrelacs géométriques typiques des Celtes (doc H), les traits physiques sont décomposés en formes géométriques simples. Ce goût pour l’abstraction, dû certainement à un interdit religieux de l’image, se retrouve ainsi sur les pièces. C’est le cas du doc G où un cheval stylisé au corps décomposé est réduit à quelques formes élémentaires courbes ; le char y est symbolisé par une seule roue. Georges Bataille a participé dans les années 1930-1940 à la révélation cet art gaulois très différent de l’art académique des Grecs. Dans les années 1950, André Breton, passionné, accumule une importante collection de pièces. Il organise en 1955 une exposition à Paris sur la « Pérennité de l’art gaulois » qui anticipe selon lui l’abstraction contemporaine. Il y confronte des pièces archéologiques aux œuvres de Miró, Chagall, Gauguin, Duchamp, Giacometti…

Cette spécificité tend à disparaître avec l’intégration des Gaules au monde méditerranéen : au ier siècle avant notre ère, les motifs abstraits sont remplacés par ceux, plus réalistes, du monde classique : visages, végétaux, amphores… Ces pièces sont accompagnées de légendes grecques ou latines. C’est sur ce type de modèle qu’est frappée la monnaie arverne où figure Vercingétorix (voir TDC, « Les Gaulois », no 1025, p. 8). Son visage, très classique, reprend celui d’Apollon. Il n’y a plus trace d’entrelacs celtiques. La romanisation culturelle précède la conquête. Cette pièce annonce finalement la romanisation du monde gaulois. • Proposer les activités 2 et 3 dans TDC, « Les Gaulois », no 1025, 1er décembre 2011, p. 32.