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Et la Gaule devint romaine…

Histoire - histoire des arts / cycle 3

Par Marie-Jeanne Ouriachi, professeure d’histoire-géographie, IUFM

DOCUMENTS

Les élites gauloises, vecteurs de la romanisation

DOC A Coffre à pentures, France, XIVe siècle.

DOC B Stèle funéraire de Sextus Agdennius Macrinus et Licinia Flavilla, vers la fin du Ier siècle.

La parure monumentale des villes gallo-romaines

DOC C Théâtre et odéon de Lyon.

DOC D Temple d’Auguste et Livie, 20 av. J.-C.-40 ap. J.-C., Vienne.

DOC E Aqueduc romain sur le Gard, vers 19 av. J.-C.

DOC F Castellum ou bassin de canalisation des eaux de l’aqueduc de Nîmes, vers 19 av. J.-C.

La villa, symbole de la romanisation des campagnes

DOC G La villa, une grande exploitation rurale.

Le développement des échanges

DOC G La villa, une grande exploitation rurale.

ANALYSES DES DOCUMENTS ET PISTES D’EXPLOITATION


Les élites gauloises, vecteurs de la romanisation

Ces deux documents sont révélateurs du comportement des élites gauloises après la Conquête. Le doc A est une des inscriptions sur l’arc dit de Germanicus à Saintes, qui fut probablement la première capitale de la province Aquitaine. Ce texte, précieux à plus d’un titre, permet de reconstituer une famille de notables santons sur quatre générations, depuis l’arrière-grand-père Epotsorovidius, qui porte un nom unique gaulois, jusqu’à l’arrière-petit-fils, Caius Julius Rufus, citoyen romain dont le nom ne conserve pas trace de ses origines indigènes. Le grand-père Caius Julius Agedomopas a reçu la citoyenneté de César pour s’être rallié à Rome, d’où le prénom « Caius » et le nom de famille « Julius » qu’il a adoptés et complétés par son ancien nom gaulois devenu son surnom. Il fait de même pour son propre fils, Caius Julius Catuaneunius. En revanche, le petit-fils reçoit un surnom latin.
Cette inscription constitue un excellent témoignage de la manière dont les élites gauloises – fières de leurs origines qu’elles rappellent dans leur surnom et dans leur lignage – s’intègrent progressivement dans un univers profondément romanisé. En outre, Caius Julius Rufus a financé la construction de cet arc de triomphe (daté de 18 ou 19 de notre ère) dédié à l’empereur Tibère, à son fils Drusus et à son neveu Germanicus. Caius Julius Rufus est également connu pour avoir été grand prêtre du culte impérial à Condate, près de Lyon, où il a financé la construction d’un amphithéâtre associé à l’autel des Trois Gaules. Nous sommes donc bien en présence de notables qui furent les meilleurs agents de la romanisation, sans doute parce que Rome garantissait la pérennité de leur statut social.
Le doc B représente un monument funéraire de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère. Il donne à voir un couple de Nîmois parfaitement intégrés. Sextus Adgennius Macrinus, citoyen romain, est représenté en costume de tribun militaire, officier supérieur qui agit sous les ordres d’un légat, qui lui-même dirige une légion (ici la VIe légion). L’homme a également été pontife, c’est-à-dire prêtre, et a exercé la magistrature suprême à Nîmes. Sur cette inscription est aussi mentionné le titre honorifique de préfet des ouvriers. Sa femme, Licinia Flavilla, est fille de citoyen et flaminique augustale ou prêtresse du culte impérial, l’une des fonctions les plus valorisées et les plus valorisantes.
L’intérêt de ce document réside dans la représentation des deux époux. Lui, cheveux courts, porte une cuirasse avec un masque de gorgone, des épaulières et un manteau que revêt celui qui détient le commandement. Elle, arbore une coiffure « en nid d’abeilles », à la mode chez les femmes. Cette figuration révèle, chez les deux époux, le désir de se conformer à la norme romaine. Ajoutons que les femmes ont également été des forces vives de la romanisation. • Proposer l’activité 1 dans TDC, « Les Gaulois », no 1025, 1er décembre 2011, p. 37.

La parure monumentale des villes gallo-romaines

L’arc de Germanicus de Saintes (doc A) permet d’introduire l’urbanisation des Gaules, même si ce mouvement s’appuie sur un réseau urbain existant. En effet, sous l’impulsion des élites locales et grâce à leur financement sont édifiés dans les villes – y compris celles qui ne sont pas chef-lieu de cité – des monuments emblématiques tels que des temples (doc D), des bâtiments de spectacles, comme le théâtre et l’odéon (doc C), mais aussi des amphithéâtres ou des cirques. Ces édifices ne sont pas nouveaux, mais la pierre remplace désormais le bois et la terre.
Le plan à réseau orthogonal, dont les axes majeurs se croisent au niveau du forum, caractérise la majorité des villes gauloises, sauf dans les cas où un bâti antérieur empêche la reconfiguration urbaine. Sous l’influence romaine, des infrastructures spécifiquement liées à l’usage de l’eau se mettent en place : des aqueducs (doc C) – nécessitant des aménagements coûteux comme l’installation d’un pont (doc E) – acheminant l’eau dans la campagne depuis une source ou une rivière jusqu’à un château d’eau (doc F) situé en ville, à partir duquel l’eau est distribuée, et des collecteurs d’eaux usées. Ces constructions constituent les marqueurs les plus évidents de la romanisation.
Le doc C montre des aménagements monumentaux de Lyon, colonie romaine fondée en 43 avant notre ère et capitale des Trois Gaules. Adossé à la colline de Fourvière, le théâtre a été construit vers 15 avant notre ère, puis a été agrandi à la fin du Ier siècle pour accueillir 10 000 spectateurs. Un toit incliné protège la scène et rabat les sons, tandis qu’un velum fixé au mur d’enceinte protège les spectateurs du soleil. Contemporain de cet agrandissement, l’odéon, petit théâtre de 3 000 places réservé à la musique, date de 100 apr. J.-C. L’épaisseur de ses murs laisse supposer qu’il était couvert pour en améliorer l’acoustique. Quant au dallage de l’orchestra, mieux conservé que celui du théâtre, il est composé de pierres colorées et luxueuses (porphyres vert et rouge, granite, marbres jaune, violet et rouge).
Lyon compte également le plus grand amphithéâtre de Gaule – d’une capacité de 20 000 places –, érigé sur les pentes de la Croix-Rousse en 19 de notre ère puis agrandi au début du IIe siècle : il est célèbre pour avoir été le lieu des martyres chrétiens en 177.
C’est dans la colonie voisine et concurrente de Vienne que se dresse le temple dédié à l’empereur Auguste et à Livie, son épouse, divinisée après sa mort en 29 de notre ère (doc D). Construit en deux temps – de 20 à 10 avant notre ère et en 40 apr. J.-C. –, ce temple de style italique dressé sur un podium est entouré sur trois côtés de colonnes aux chapiteaux corinthiens. Dans l’Antiquité, le temple se dressait sur le forum, comme la Maison carrée de Nîmes, à laquelle ce temple est souvent comparé.
L’aqueduc (doc E), emblème du génie hydraulique romain, a contribué vers le milieu du Ier siècle, c’est-à-dire après la première vague de constructions monumentales (forum et Augusteum), au renouvellement du mode de vie urbain nîmois. Typiquement urbain par sa finalité puisqu’il alimente en eau courante les thermes, les fontaines publiques et les riches demeures, il est rural sur la majeure partie de son tracé – 50 kilomètres depuis les sources d’Eure et de Plantéry (situées à 72 m d’altitude) près d’Uzès jusqu’au castellum, à Nîmes (59 m d’altitude). Outre le franchissement du Gard, ses constructeurs ont su affronter les difficultés dues à la topographie des lieux. Le pont du Gard n’est en effet que le dernier d’une série d’ouvrages, mais il est le plus remarquable de tous. Ses trois étages d’arcades de largeur décroissante font de lui le pont-aqueduc le plus haut du monde romain. L’étage inférieur présente six arches, mesure 142 m de longueur, 6 m de largeur et 22 m de hauteur. L’étage supérieur, où passe la canalisation, compte trente-cinq arches, mesure 275 m de longueur, 3 m de largeur et 7 m de hauteur. L’aqueduc acheminait l’eau jusqu’au castellum (doc F) où un bassin de répartition circulaire de 5,9 m de diamètre sur 1,4 m de profondeur comportait dix ouvertures permettant la distribution des eaux par l’intermédiaire de tuyaux en plomb. Les fragments de colonne et de chapiteaux découverts lors de la fouille indiquent qu’au-delà de son rôle utilitaire il devait célébrer ceux qui avaient conçu l’aqueduc. • Proposer l’activité 2 dans TDC, « Les Gaulois », no 1025, 1er décembre 2011, p. 37.

La villa, symbole de la romanisation des campagnes

La villa apparaît comme le prolongement – en pierre – d’équipements agricoles en bois et en terre existant dès le IIIe siècle avant notre ère, présentant une division de l’espace très proche de celle de la période gallo-romaine. Ce centre domanial associe des bâtiments résidentiels (pars urbana) et agricoles (pars rustica) et contrôle une propriété étendue dont la production est destinée, au moins en partie, à être commercialisée sur les marchés. Ces entreprises agricoles conjuguent autoconsommation et cultures à caractère spéculatif (céréales, vigne, arboriculture, plantes potagères, élevage).
Les villæ constituent pour l’élite urbaine un moyen d’afficher opulence et adhésion au mode de vie romain, d’où la présence de thermes privés, de salles de réception, de galeries à portique et de mosaïques et enduits peints comme éléments de décor. Les plus luxueuses sont pourvues de fenêtres vitrées. Selon la région et la fortune du maître, elles présentent des plans différents et des superficies variables. La cour à péristyle domine dans le midi de la Gaule, tandis que dans le Nord et le Centre, la galerie de façade semble l’emporter. De même, la taille des bâtiments, le nombre de pièces, les équipements de bains varient. Dans certains cas, on a cru identifier le logement du vilicus (régisseur) à proximité de la résidence du maître, et l’on a pu interpréter avec plus de certitude des habitations de petites tailles pour la main-d’œuvre, libre ou servile. Le recours à l’esclavage paraît incontestable malgré le faible nombre d’inscriptions le mentionnant ou la rareté des entraves découvertes en fouille. Enfin, des ateliers artisanaux destinés à l’exploitation des ressources locales (pierre, argile) ou à satisfaire les besoins du domaine font partie de l’ensemble.
Signalons que la villa ne résume pas à elle seule les évolutions qui affectent les campagnes gallo-romaines : elle n’en est que l’élément le plus visible. • Proposer l’activité 3 dans TDC, « Les Gaulois », no 1025, 1er décembre 2011, p. 37.

Le développement des échanges

La « paix romaine » a sans doute renforcé l’intégration des Gaules dans les circuits d’échange développés à l’échelle de l’Empire, grâce à l’amélioration du réseau routier et de voies navigables et au développement des marchés intérieurs – notamment par le biais de la concentration urbaine ou la nécessité d’approvisionner les troupes stationnées sur le limes. Encore faut-il rappeler que ces échanges ne sont pas nouveaux, de même que l’utilisation de la monnaie, très répandue en Gaule depuis de IIIe siècle avant notre ère.
Les sources textuelles et archéologiques indiquent que les Gaules ont exporté de nombreux produits tels que le blé, le vin, les fromages, les salaisons, et sans doute des tissus, des céramiques ou du fer. Les fouilles permettent également de connaître les produits importés du reste de l’Empire (Espagne, Afrique), notamment l’huile, le vin, la vaisselle et les parures.
Le fragment d’un bas-relief funéraire (doc H) – sans doute un mausolée – d’un riche armateur fluvial du IIe siècle de notre ère renseigne sur le commerce du vin et montre une scène de halage d’une barque sans voile chargée de deux barriques cerclées. Deux haleurs – sur un chemin aménagé sans doute à cet effet sur une rive de la Durance – tirent sur des câbles reliés à un mât fixé à l’avant d’une barque dirigée par un nautonier. Au-dessus de cette scène se trouvent des amphores posées sur le sol ou sur une étagère. Parmi celles-ci – certaines sont paillées –, des amphores vinaires Gauloise 4.
Le transport du vin s’est d’abord fait dans des amphores – des milliers ont été retrouvées dans les cours d’eau, notamment dans le Rhône. Ce bas-relief en est la première représentation connue. • Proposer l’activité 4 dans TDC, « Les Gaulois », no 1025, 1er décembre 2011, p. 37.