TEXTES ET DOCUMENTS POUR LA CLASSE

Vous êtes ici : Accueil > Tous les numéros > Les villes imaginaires > La ville, tout un roman !

Dernier numéro paru :

Couverture du n°1050

La revue TDC propose tous les quinze jours un dossier complet consacré à un thème à dominante arts, littérature, histoire, géographie, sciences ou éducation à la citoyenneté.

Plus d'infos sur la revue TDC

Sortir avec TDC

« DalÍ » au Centre Pompidou, à Paris, jusqu’au 25 mars 2013.

En lien avec « La révolution surréaliste »,

TDC n° 830 du 15 février 2002.

Le département des Arts de l’Islam : ouverture des nouveaux espaces au musée du Louvre à Paris

En lien avec « les arts de l’Islam »

TDC n° 1047 du 1er janvier 2013

« Walid Raad, Préface à la première édition », au musée du Louvre du 19 janvier au 8 avril 2013.

En lien avec « Les arts de l’Islam »

TDC n° 1047 du 1er janvier 2013.

Inscrivez-vous à la newsletter TDC

Prochains numéros

  • Qu'est-ce que le patrimoine ?
    1ermars 2013
  • Les États-Unis dans la mondialisation
    15 mars 2013
  • La scène française contemporaine
    1er avril 2013

La ville, tout un roman !

Français / cycle 3

Par Danielle Bertrand, professeure à l’IUFM de Reims, et Sophie Gauthier, PEMF de Laon

DOCUMENTS

Villes verticales

DOC A Jacques Lacarrière, Ce bel aujourd’hui, éditions Jean-Claude Lattès, 1989.

« Ville haute, masse, poème autre »

DOC B Jacques Charpentreau, Paris des enfants, L’École des loisirs, 1978.

La fabrique de l’imaginaire

DOC C François Schuiten et Benoît Peeters, Brüsel, Casterman, 1997.

Le désir d’une ville

Les villes et le regard

Les villes continues

DOCS D à F Italo Calvino, Les Villes invisibles, Seuil, 1974.

Ailleurs, une ville

DOC G Tombouctou, Mali.

ANALYSES DES DOCUMENTS

Villes verticales

Jacques Lacarrière, grand voyageur et connaisseur des civilisations antiques, réagit à la ville moderne telle qu’elle apparaissait à la fin des années 1980 dans le nouveau quartier de la Défense à l’ouest de Paris. Mettre en lumière des procédures descriptives qui créent l’émotion et doter les élèves d’une première grammaire de l’architecture, matériaux, formes, espaces, seront les objectifs de ce document. Pour cela, on notera les impressions brutes, quasiment un poème en prose, exprimées par des phrases nominales, une écriture brève, avec des accumulations, ponctuées par l’acier et le verre, symboles de force et de faiblesse. La ville est structurée par ses lignes de construction selon les verticales des façades et les horizontales des esplanades, premier coup d’œil avant un regard approfondi. La réflexion sur les rapports entre l’homme et la ville future et la finalité de l’architecture, porteuse de rêve, d’utopie, oppose la cathédrale destinée à l’ascension spirituelle et le building gratte-ciel profane. L’ambiguïté de cette architecture est portée par le nom du quartier, la Défense : défendre qui, se défendre de qui, de quoi ? Le jeu sur l’ascenseur entre « ascendre » et « descendre » traduit la perplexité méfiante de l’auteur, et l’homme apparaît ainsi comme un ludion entre deux eaux. • Proposer l’activité 1 dans TDC, « Villes imaginaires », n° 1019, 1er septembre 2011, p. 37.

« Ville haute, masse, poème autre »

Dans image, il y a magie, ce calligramme est donc une image-mots pour susciter un imaginaire de la ville. Au réel concret, Jacques Charpentreau emprunte les éléments constituants des villes verticales : tours, béton, glaces, vitres et fenêtres, mais le lyrisme apparaît dans les assonances et les images. Magnifique, la foule, comparée à la houle, magique, la ville, poème « à explorer mot à mot », sont sublimées par l’écriture. Tous les éléments du texte précédent figurent ici : la transparence des vitres, la verticalité des façades, et même l’ascenseur. Mais ici nulle inquiétude métaphysique. « Les néons me clignent de l’œil », et au poète ébloui la ville offre à lire, à déchiffrer l’essence de la vie moderne. Ainsi s’expriment, comme chez Guillaume Apollinaire ou Blaise Cendrars, l’exaltation et la joie d’un modernisme qui inspire les Delaunay auxquels l’image du « ciel prisonnier des vitrages [qui] brise le soleil alentour » fait penser. L’aventure humaine, heureuse, est au bord du gratte-ciel, même si coexistent rixe, sanglot et poésie qui court les rues comme le bonheur, les prés pour d’autres. • Proposer l’activité 2 dans TDC, « Villes imaginaires », n° 1019, 1er septembre 2011, p. 37.

La fabrique de l’imaginaire

Après la ville-mots, la ville-image nous donne à observer la fabrique de l’imaginaire. Pour construire une ville imaginaire, il faut d’abord la nommer. Entre Bruxelles, la wallonne, et Brussel, la flamande, s’insinue Brüsel qui déréalise la ville, tout en assurant la filiation avec la capitale belge, la BD et les auteurs. Cette opération accomplie, planter le décor : de grands immeubles modernes qui font penser à des gratte-ciel new-yorkais, verticaux et imposants avec leurs petites fenêtres rectilignes. Mais, au centre, ahuri, flottant dans l’air, un homme à lunettes assure la bascule dans l’imaginaire. La surprise créée par cette apparition est renforcée par son vêtement, un pyjama apparemment, et par le fait qu’il transporte comme un doudou, sans difficulté, une plante verte, sorte de palmier d’appartement, très curieux, incongru dans ce contexte.

Autre caractéristique des villes, modernes ou non, la circulation, affirmée par les diagonales pénétrantes qui traversent l’image. À y regarder de près, on se rend compte que les véhicules aux formes arrondies ont quelque chose de préhistorique, ou de futuriste, d’étrange quoi qu’il en soit.

Ainsi se trouve résumée la fabrique de l’imaginaire : proches du réel, quelques éléments ont pour fonction de dépayser le lecteur spectateur, et ce passage du réel à l’imaginé alimente l’inquiétude métaphysique de Jacques Lacarrière, la joie assumée de Jacques Charpentreau, la perplexité angoissée du personnage de Schuiten et Peeters. • Proposer l’activité 2 dans TDC, « Villes imaginaires », n° 1019, 1er septembre 2011, p. 37.

Le désir d’une ville

Les Villes invisibles d’Italo Calvino (1923-1985) invitent le lecteur à une déambulation aux résonances philosophiques et existentielles. La structure mathématique rigoureuse de l’ouvrage – 55 villes groupées en 9 chapitres, encadrés par le dialogue entre Marco Polo et Kublai Khan, et 11 thématiques (les villes et la mémoire, les villes et le regard, les villes et les signes, etc.), chacune représentée par 5 villes – contraste avec l’absence de linéarité de la succession des récits. En effet, l’ouvrage offre au lecteur de multiples parcours et interprétations, seuls les dialogues entre le Vénitien, évoquant ses voyages, et l’empereur des Mongols, auditeur attentif, peuvent offrir de fugaces indications de lecture. Cependant l’aspect ludique de cette structure complexe de l’œuvre ne doit pas occulter l’enjeu essentiel d’une réflexion sur le monde et sur la manière d’aborder le réel : à l’abstraction du jeu d’échecs et des théorèmes s’oppose le pouvoir imageant et sensoriel de l’atlas, tous deux envisagés comme moyens privilégiés d’atteindre la plus grande exactitude descriptive.

L’évocation de la ville de Despina se fonde sur les regards différents du chamelier et du marin et sur la projection de leurs désirs : la mer pour le premier et le désert pour le second. Ces différences d’aspect selon le regard du visiteur, son histoire et ses projets sont récurrentes dans Les Villes invisibles et posent la question du réel et de la manière d’en rendre compte. Marco Polo – narrateur – privilégie les images et les comparaisons qui mettent en valeur l’aspect sensible des choses. L’emploi du présent et la brièveté du texte placent le lecteur dans l’instantanéité d’une vision rendue plus dépaysante encore par le brouillage temporel : les gratte-ciel, les radars s’inscrivent dans une époque contemporaine, alors que l’image du caravanier réfère à un Orient plus ancien. Le regard porté sur la ville prend en charge les projets et les désirs de chaque homme et construit, en quelque sorte, une ville intérieure propre à chacun. • Proposer l’activité 3 dans TDC, « Villes imaginaires », n° 1019, 1er septembre 2011, p. 37.

Les villes et le regard

Dans le dialogue cadre qui introduit le chapitre, Marco Polo répond à une question de Kublai Khan : « Chaque fois que je fais la description d’une ville je dis quelque chose de Venise. » Le lecteur est alors tenté de chercher les indices de Venise dans tous les récits. Malicieux, Italo Calvino entre dans le jeu en proposant en début de chapitre la description de la ville de Sméraldine, dans laquelle on peut trouver des références à la Sérénissime. Considérée comme une indication de lecture, cette remarque peut continuer à influer sur l’interprétation du récit évoquant Phyllide, juste après Sméraldine. En effet, les premiers éléments décrits par le voyageur sont les ponts « qui enjambent les canaux ». Dans le premier paragraphe, l’inventaire des ponts, fenêtres, pavages et la précision du vocabulaire qui leur est consacré invitent le lecteur à une déambulation. Guidé par ce réseau de liens et d’ouvertures vers l’ailleurs, ponctué par l’émerveillement de découvertes, le regard semble être en constant mouvement et suivre le déplacement du promeneur.

Mais, là encore, une seconde ville s’inscrit en reflet de la première : à cette errance éblouie du visiteur éphémère s’oppose le point de vue statique et désabusé de l’habitant. Seuls le passé, le souvenir permettent de réenchanter l’espace. Par le biais d’une image, celle de la page blanche, Calvino plonge le lecteur dans l’insondable paradoxe d’une ville tout à la fois réelle et fantasmée, et, peut-être, rendue plus réelle encore par les fantasmagories qu’elle engendre. • Proposer l’activité 3 dans TDC, « Villes imaginaires », n° 1019, 1er septembre 2011, p. 37.

Les villes continues

Le texte concernant Trude rompt avec les autres évocations tout d’abord par l’emploi des temps du récit – imparfait, plus-que-parfait, passé simple – contrastant avec le présent utilisé pour les autres extraits. C’est, en outre, un des rares textes où le narrateur Marco Polo se met en scène et raconte plus qu’il ne décrit. Le doute quant à l’époque, constant dans la majeure partie de l’œuvre, disparaît ici. En effet, les moyens de transport, l’organisation urbaine, la signalétique évoquent une ville contemporaine, marquée par l’uniformisation. Les plus modernes seraient-elles interchangeables puisque distinctes uniquement par le nom de leur aéroport ? L’évocation de Trude semble marquée par un pessimisme déjà visible dès l’incipit de l’œuvre : si Kublai Khan souhaite une description exacte de son empire, c’est pour éviter que celui-ci ne sombre dans le néant. L’enfermement est rendu sensible par l’insistance avec laquelle l’uniformité est soulignée : « le même aéroport », « les mêmes flèches », « les mêmes places », etc. La question qui apparaîtrait alors en filigrane est celle de la place de l’homme dans la mégalopole moderne. Cependant si « le monde est couvert d’une unique Trude », c’est peut-être aussi parce que chaque voyageur transporte partout avec lui ses rêves, ses désirs et sa ville idéale, fictive, imaginée ou à construire. • Proposer l’activité 3 dans TDC, « Villes imaginaires », n° 1019, 1er septembre 2011, p. 37.

Ailleurs, une ville

Le seul nom de Tombouctou engendre la rêverie et stimule l’imaginaire, en convoquant toute la fantasmagorie, parfois stéréotypée, liée à l’Orient, bien éloignée des images urbaines occidentales. Le spectateur est amené à confronter ses propres représentations mentales au fragment de réalité, choisi et cadré par l’opérateur et proposé par la photographie. Les couleurs, les matériaux, l’architecture, l’organisation dans l’espace créent immédiatement le dépaysement. À la verticalité et à la hauteur des cités occidentales s’oppose le dégagement de l’horizon : rien n’arrête le regard. Par leurs couleurs, les bâtiments semblent issus du sol et se confondre avec lui. L’image d’une ville moderne s’accompagne souvent de l’idée de foule, de multitude passante et animée. Or, les traces de vie sont rares : quelques poteaux électriques… C’est sans doute ce dernier élément qui, seul, donne un indice temporel. Rien dans l’observation et l’analyse de l’image ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’une ville, hormis son nom. • Proposer l’activité 4 dans TDC, « Villes imaginaires », n° 1019, 1er septembre 2011, p. 37.

Corrigé des activités p. 37.

Écriture linéaire du doc B :

Ville haute/masse/poème autre/tours toits béton monte froid/glace mince/vitre lisse/j’aime la rue autos motos vélos/foule lasse/toute place roule/lente houle passe

Attention/si vous prenez l’ascenseur avec le petit farceur il appuiera sur un bouton qui vous enverra sur Pluton

Ville aux mille fenêtres ville rixe ville sanglot ville regard ville poème ville à explorer mot à mot

Tours lancées à l’assaut de ce jour comme les lettres sur la page/le ciel prisonnier des vitrages brise le soleil alentour

D’un seul élan vers les nuages tendue de ses quarante étages la ville par-dessus les toits nous désigne le ciel du doigt/vagues de la foule comme bat la houle contre la jetée sans jamais s’arrêter

Et moi les néons me clignent de l’œil/les mots sont en vitrine pour déchiffrer la ville/toutes les images s’animent et voilà que je prends par la main la poésie qui court les rues