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Les commencements du monde

Sciences expérimentales et technologie – français - pratiques artistiques et histoire des arts / cycle 3

Par Françoise Perrachon, médiatrice culturelle en sciences et technologies

DOCUMENTS

Le chaos ou l’état initial du monde

DOC A Paule du Bouchet, La Mythologie grecque, Hatier, 1997.

Les eaux originelles

DOC B Martine Corde-Cortez, Catherine-Jeanne Mercier, Aux commencements du monde, éditions du Seuil, 2001.

La cosmologie héliopolitaine

DOC C Peinture sur papyrus, XXIe dynastie (1069-945 av. J-.C.). Égypte, musée du Caire.

Les débuts du temps, la mise en ordre des éléments

DOC D Renáta Fučíková, trad. Ilona Lartigue, L’Ancien Testament, Gründ, 1996.

L’aurore du monde

DOC E Hildegarde de Bingen, Scivias, 1141-1151. Manuscrit enluminé. Fac-similé sur parchemin, XVIIe siècle. Eibingen, abbaye Sainte-Hildegarde.

Une fusion avec le cosmos

DOC F Alphonse de Lamartine, « L’infini dans les cieux » in Harmonies poétiques et religieuses, ill. Rebecca Dautremer, Au clair de la Terre : poésie, Gautier-Languereau, 1999.

ANALYSES DES DOCUMENTS

Le chaos ou l’état initial du monde

Les mythes cosmogoniques rassurent face à l’énigme des origines. Ils apportent des réponses aux questions fondamentales sur le commencement du monde et sur l’origine de l’homme. Dans La Mythologie grecque, Paule du Bouchet aide les plus jeunes à accéder aux représentations du monde primitif des Anciens. Ce document évoque la notion de chaos, cet état initial où tout était confondu et mélangé. Ainsi, l’avant-monde décrit par certains récits fondateurs n’est pas fait de rien ; il n’est pas néant. Il contient en germe tous les éléments pêle-mêle qui vont composer l’univers : une sorte de « soupe » primitive.

La Grèce antique a produit de nombreux mythes cosmogoniques qui font référence au chaos. Hésiode (viiie siècle av. J.-C.) révèle la plupart dans sa Théogonie. Ovide, poète latin (43 av. J.-C. - 17 apr. J.-C.), s’inspire des auteurs de l’époque hellénistique pour écrire Les Métamorphoses. Ce long poème épique commence par le chaos et la séparation des éléments, le passage du désordre à l’ordre. Cette conception des origines expose d’une part un état préexistant, d’autre part l’idée de séparation et d’ajustement, qui renvoie à la notion d’évolution. Ici, le monde n’a pas été créé en six jours comme dans la Genèse.

D’autres récits cosmogoniques font référence à un œuf primordial contenant la quintessence du monde. La perfection originelle est perdue à jamais au moment de son éclatement. Les mythes orphiques de la création donnent lieu à de nombreuses représentations en Inde et dans d’autres régions du monde, comme l’Afrique de l’Ouest.

Les eaux originelles

Au cours des millénaires, chaque culture a créé ses propres représentations de l’origine de l’Univers, de la Terre et des hommes. Pour écrire son ouvrage Aux commencements du monde, Martine Corde-Cortez s’est documentée auprès de chercheurs de renommée internationale : des philosophes, des ethnologues, des historiens des religions, des mythologues, des psychanalystes tels que Mircea Eliade, Claude Lévi-Strauss, Jean Bottéro, Marie Balmary, etc. L’auteure donne à lire aux enfants des récits nés dans les civilisations sumérienne et égyptienne. Les mythes de l’Asie centrale et orientale y côtoient les poèmes épiques des sociétés du Nord. Les cosmogonies des peuples d’Afrique, celles des Sioux et des Iroquois, celles d’Indonésie y sont également conviées.

Cet extrait donne à lire la plus ancienne cosmogonie, l’épopée de la création Enuma Elish (« Lorsqu’en haut… »), née en Mésopotamie, région du Moyen-Orient entourée de mers et baignée par le Tigre et l’Euphrate. Les hommes et les femmes qui vivaient là ont imaginé l’union originelle d’Apsou, fondement des eaux douces, et Tiamat, principe des eaux salées. Leurs étreintes sont violentes et leurs descendants sont des monstres, une progéniture non aboutie reproduisant l’image du chaos. La création ne prend pas sa forme définitive en six jours, et les dieux sont contraints de détruire leurs premiers essais. Les complots et les combats sont nombreux avant que naissent des éléments structurés : le Soleil, puis la voûte céleste, la Terre et la Lune, et enfin l’espèce humaine. • Proposer l’activité 1 dans TDC « Univers : la question des origines », no 1006, 15 décembre 2010, p. 31.

La cosmologie héliopolitaine

Au cours de ses trois mille ans d’histoire, l’Égypte ancienne a imaginé plusieurs cosmogonies, dont trois sont plus particulièrement connues.

Selon le mythe memphite, rattaché à la ville de Memphis, ancienne capitale de la Basse-Égypte qui connut son épanouissement sous l’Ancien Empire (de 2650 à 2150 av. J.-C.), Ptath, le créateur du cosmos, a surgi de Noun, l’Océan primordial, qui seul a généré le monde.

Dans la cosmogonie hermopolitaine, le dieu Thot a façonné l’œuf du monde, qu’il a déposé sur un tertre, la butte du Premier Jour. Cet œuf, couvé par l’« ogdoade », un groupe de huit divinités représentant les forces primitives, a donné naissance à Ré, le Soleil.

La cosmogonie héliopolitaine est illustrée par une peinture sur papyrus de la XXIe dynastie (de 1069 à 945 av. J-.C). Noun, l’Océan primordial, a conçu Atoum-Rê, le dieu Soleil, qui à son tour a engendré Nout et Geb, le Ciel et la Terre, étroitement unis. Le papyrus montre la séparation du couple. L’immense corps étoilé de Nout appuyée sur ses bras et ses jambes se détache pour former la voûte céleste. Geb, son époux, reste en bas le regard tourné vers le sol. Leur fils Shou, dieu de l’Air, bras écartés entre deux béliers, maintient l’écart entre le Ciel et la Terre. Cette séparation, voulue par Atoum-Rê, est essentielle à la création d’un espace pour la circulation du Soleil et l’éclosion de la vie. Le monde peut enfin naître, rythmé par le cycle des jours et des nuits. Chaque matin, la déesse enfante le Soleil, qui chaque soir est à nouveau avalé pour parcourir la nuit, dans la Barque solaire, le ventre de la déesse ou le royaume des morts.

La généalogie se poursuit ponctuée de conflits et de crimes. Shou, le dieu de l’Air, et Tefnout, la Terre humide, engendrent Isis et Osiris, Seth et Nephtys. • Proposer l’activité 1, p. 31.

Les débuts du temps, la mise en ordre des éléments

Les récits précédents relatent le commencement du monde comme étant l’œuvre de dieux issus d’éléments premiers tels l’océan primordial ou l’œuf cosmique. Ces divinités mettent de l’ordre dans le chaos. Cet extrait de l’un des récits les plus célèbres de l’Ancien Testament, dans une version adaptée aux enfants, commence par le mot « Esprit ». Un être incorporel est à l’origine de tout. L’immatérialité interroge encore davantage sur le rien d’où émerge quelque chose, et sur le vide, cet espace réceptacle et disponible. Dans la Genèse, Dieu symbolise le commencement et, avec lui, le début de l’écoulement du temps. La création du monde et du temps sont simultanés. Dès le début, le texte met l’accent sur cette notion : « Il n’y avait que l’espace hors du temps… »

L’intérêt de lire les textes fondateurs tient aux questionnements qu’ils suscitent. Qu’est-ce que le temps, l’espace, la matière ? Mesurer la durée par la succession des jours (« hier », « aujourd’hui », « demain ») permet de marquer un début et une fin, un avant et un après. L’espace pose la question de la frontière entre deux territoires. Il est ainsi possible d’interroger de manière simple les notions de monde fini et de monde infini. L’étendue désertique qui renvoie à une figure plane et l’abîme qui évoque la profondeur, donc le volume, interrogent la notion de vide. Dans la Genèse, comme dans les autres récits mythiques, au commencement, la matière est indifférenciée, les solides, les liquides et les éléments gazeux ne sont pas séparés. Il y est aussi question du chaos que Dieu va ordonner, distinguant d’abord le jour de la nuit, puis arrangeant leur succession. • Proposer l’activité 2, p. 31.

L’aurore du monde

Cette miniature d’Hildegarde de Bingen (1098-1179) dans sa Scivias (abréviation de Scite vias Domini, « Connais les voies du Seigneur ») donne à voir le monde sous forme de trois sphères superposées. Celle du haut représente le ciel sous forme de cercles concentriques. La présence divine est suggérée par l’or. Le bleu figure le Saint-Esprit.

La sphère du milieu, immergée dans un flot noir parsemé d’étoiles évoquant la voûte céleste, renferme six petits cercles qui dépeignent les six jours de la création. Ils se lisent de gauche à droite et de haut en bas. Ainsi, le premier jour, Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres. Le deuxième jour, Il sépara les eaux du dessous d’avec celles du dessus qui deviendront l’étendue du ciel. Le troisième jour, Il différencia le sec du mouillé, et créa la verdure, les semences, les arbres fruitiers. Le quatrième jour, Il plaça des « luminaires » dans le ciel pour séparer le jour de la nuit. Deux plus grands astres s’y distinguent : le Soleil et la Lune. Le cinquième jour sera consacré à la création de tous les animaux. Le cercle montre deux oiseaux et un poisson. Le sixième jour Dieu créa l’homme et la femme. Dans ce sixième cercle, les créatures ressemblent davantage à des animaux. Une créature dans les tons rouges de l’argile s’emboîte avec un personnage dans les tons bleutés. Les deux couleurs peuvent évoquer la lumière et les ténèbres du premier cercle. Une tête semble émerger d’un bloc d’argile situé en bas de la seconde sphère pointée par le glaive de Dieu.

Les trois sphères sont reliées entre elles. Celle du haut s’enracine dans celle du milieu par un pivot d’argent. Celle du bas, dont une partie est cachée par le cadre, porte une créature de lumière. Le Christ, figure de la rédemption, relie par ses rayons d’or le troisième cercle au second. Il fait également le lien avec Adam et l’homme en général, pour racheter ses péchés. • Proposer l’activité 2, p. 31.

Une fusion avec le cosmos

Dans son second album, Au clair de la Terre, Rebecca Dautremer illustre des poèmes qui célèbrent la beauté du monde. « L’infini dans les cieux » est un extrait de l’un des quarante-huit poèmes du recueil Harmonies poétiques et religieuses publié en 1830 par Alphonse de Lamartine (1790-1869), figure du romantisme français du début du xixe siècle. Le ravissement que l’auteur ressent à regarder le ciel incite à la contemplation et rend possible le questionnement.

Ce document est une invitation à observer les étoiles, à s’interroger sur la grandeur du cosmos et sur l’origine de l’Univers. Le texte et l’illustration ne précisent rien. Ils suggèrent par l’affectif, à la manière du courant littéraire et artistique romantique. Ils effleurent en éveillant la curiosité. La poésie n’est pas dans un rapport au vrai. Elle autorise à connaître par l’intermédiaire des sens, dans une expérience propre à la personne qui regarde, qui écoute et qui témoigne des sensations physiques ressenties. « Je m’assieds en silence, et laisse ma pensée flotter… » En utilisant les pronoms personnels « je » et « moi », l’auteur met en avant sa perception, fait part de sa propre relation au monde et de sa fusion avec le cosmos. Une lecture attentive conduira à distinguer les éléments qui informent sur le réel : « une nuit d’été », « dépouillé de nuages », des images utilisées par l’auteur : « vastes ailes », « milliers d’étincelles », « livre de feu ».

Dans une même démarche, l’illustratrice donne à voir une représentation de la Terre et du ciel qui n’est pas celle de la science astronomique. Des constellations sont citées sans être localisés précisément. L’élaboration d’une liste permettra d’appréhender le nom des héros ou des animaux de la mythologie qui peuplent le ciel. L’utilisation d’une carte du ciel tel qu’on le voit en été conduira à repérer l’emplacement des constellations. • Proposer l’activité 3, p. 31.