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Gérer le temps, l’espace et la communication dans la classe

Faire cours ce n’est pas administrer à un public captif un contenu de savoir identifié dans une fiche de préparation, c’est bien au-delà : concevoir, organiser, mettre en œuvre, analyser et réguler des situations d’apprentissage, gérer un groupe et des individualités, exercer une autorité et transmettre des valeurs, établir une relation pédagogique et éducative donnant du sens aux apprentissages engagés, prendre en compte les besoins des élèves pour leur permettre de franchir les obstacles présents dans tout apprentissage... « faire cours » et « faire classe » constituent deux logiques inséparables qui engagent l’enseignant tout entier, mobilisent l’ensemble de ses compétences professionnelles et nécessitent un travail d’équipe au sein de l’établissement afin d’assurer un minimum de cohérence dans les attitudes et les attentes de chacun.

Les préconisations qui suivent peuvent apparaître comme « allant de soi ». Leur appropriation individuelle et mieux encore collective, permettra à chacun d’interroger sa pratique et, si besoin, de l’enrichir ou de la consolider en adaptant ces pistes de réflexion tant à son « style pédagogique », à la particularité de la classe, qu’au contexte de l’établissement. Si la prise en compte de ces préconisations ne se substitue pas à une réflexion sur la construction de l’autorité, ni ne règle toutes les difficultés liées à la tenue de la classe, elle permettra cependant de faciliter le fonctionnement de la classe et ouvrira des réflexions permettant à chacun de construire ses propres réponses qui seront à partager en équipe.

Les questions relatives à la tenue de classe sont complexes dans la mesure où elles embrassent l’ensemble du champ des compétences professionnelles des enseignants, sans parler des attitudes et des capacités relationnelles propres à chacun. Pour autant, ce domaine constitue un objet de formation où des capacités peuvent se construire et se renforcer. Les conseils développés ci-dessus visent à prévenir les difficultés éventuelles de tenue de classe et de faciliter leur résolution en cas de difficulté ponctuelle. En cas de difficulté lourde, de blocages profonds, il conviendra au-delà de ces conseils d’élucider la généalogie du conflit, de s’interroger sur ses constituants et de rechercher l’aide nécessaire tant au niveau de l’établissement auprès des autres professeurs et de l’équipe de direction, qu’auprès des inspecteurs.

Souvent tues dans les établissements, souvent renvoyées à des fonctionnements individuels, ces questions de tenue de classe devraient au contraire faire l’objet d’une réflexion d’équipe au même titre que l’analyse des pratiques (équipe d’encadrement de chaque classe, équipe d’enseignement de chaque discipline). Cette réflexion collective est d’autant plus nécessaire et importante que l’action éducative, intégrant la définition des règles de comportement et leur mise en œuvre, relève de logiques collectives mettant en jeu l’ensemble des adultes présents dans les établissements. À ce titre, les questions de tenue de classe participent de la réflexion concernant le projet éducatif mis en œuvre dans chaque établissement comme au niveau académique.

En conduisant une séance efficace et dynamique sans temps mort

Pour autant au-delà de ces compétences professionnelles, attendues de tout Professeur, la conduite de séance doit permettre de prévenir ou réduire toute difficulté potentielle : anticiper sur les temps morts et sur tout parasitage de la mise au travail (distribution de documents, sortir les affaires…) afin de les réduire au maximum, gérer les différences de rythme de travail (que font ceux qui ont fini en « attendant » les autres ?), accroître la dynamique de séance en alternant les phases de travail mais aussi en développant le temps d’activité (préférer plusieurs élèves au tableau qui corrigent simultanément des exercices plutôt qu’un seul à chaque fois avec une succession de monologues...), réfléchir le fonctionnement de la classe pour qu’il favorise l’autonomie (passation des consignes, possibilité de tutorat interne à la classe pour entrer dans l’activité...)

En gérant et en occupant l’espace

Le professeur doit voir en permanence l’ensemble des élèves de la classe quelle que soit la disposition des tables et des élèves. Sa position dans l’espace n’est donc jamais le fruit du hasard ou de l’habitude. Si certaines situations privilégient sa présence au tableau, il gagnera en fonction des besoins à occuper l’ensemble de l’espace classe afin de ne pas figer une partition de l’espace, toujours symbolique : le bureau pour le professeur et la salle pour les élèves. Il ne s’agit pas pour le professeur de ne descendre « dans l’arène » que quand il y est obligé (conflit entre élèves), mais bien de se positionner régulièrement dans la classe à l’endroit le plus adéquat en fonction de l’activité et de la gestion du groupe. Il veillera donc à diversifier sa position pour voir ce qui se passe dans la classe, pour maintenir l’attention des élèves et pour pouvoir être auprès de tous, sans privilégier un espace ou un groupe d’élèves. Ce faisant le professeur reste attentif aux attitudes de chacun afin de s’assurer qu’il ne sera pas la cible de provocations ou de plaisanteries déplacées.

La disposition des élèves obéit, quant à elle, à des pratiques fort diverses, variables en fonction des classes et évolutives tout au long de l’année : placement libre, placement semi-libre (placement de quelques élèves par le professeur) placement en fonction de l’activité- placement dirigé par le professeur avec ou sans un plan de classe permettant de disperser les élèves les plus indisciplinés et d’éviter de constituer des couples explosifs. Si tous ces dispositifs comportent des avantages et des inconvénients, le professeur pourra utilement s’interroger sur les pratiques habituelles dans l’établissement, sur la plus value qu’il retire de son choix et sur sa capacité à mettre en œuvre réellement l’option qu’il a retenue. Il prendra soin de présenter son choix de disposition, de le fonder au regard de l’intérêt collectif et si possible de la faire évoluer tout au long de l’année en fonction de l’autonomie acquise par les élèves. Plus le professeur choisit une disposition contraignante (placement des élèves, plan de classe), plus il lui faudra s’interroger sur une solution possible d’évolution en cas de blocage ou d’inefficacité du dispositif.

En conduisant et en régulant les échanges

La classe est un lieu où circule la parole, objet de communication et outil pédagogique. La voix du professeur doit être audible de tous, sans effort ; elle doit pouvoir être modulée (débit, intonation) en fonction de l’intention de communication, individuelle ou collective, et doit permettre de maintenir et de relancer l’attention. Pour éviter tout bavardage inutile brouillant le message et finissant par constituer un bruit de fond, le professeur s’efforcera de parler à bon escient, en se plaçant à un endroit stratégique et en s’assurant de l’attention des élèves. Parce que la parole du professeur est précieuse, elle doit être entendue de tous.

Pour réguler la prise de parole des élèves, le professeur peut utilement instaurer un rituel de prise de parole (lever la main) et faisant en sorte que ce soit lui qui distribue la parole plutôt que ce soit les élèves qui la prennent. La difficulté réside souvent dans la capacité pour le professeur à faire respecter cette règle par tous et dans le temps afin que les élèves qui demandent la parole ne soient pas lésés par ceux qui la prennent. Comme souvent, une règle ne fonctionne que si elle est respectée par tous en commençant par le professeur qui inlassablement aura à rappeler les règles, à les valoriser et à veiller à leur usage en interrogeant prioritairement les élèves qui ont respecté les consignes.

Dans le même esprit, le professeur veillera tout en favorisant la participation de chacun, à ne pas se perdre dans une juxtaposition de dialogues particuliers, certains élèves et certaines classes étant très forts dans ce petit jeu en réussissant à multiplier les digressions. Le professeur pourra utilement exploiter et valoriser les interventions ou questions des uns et des autres en les reformulant afin d’alimenter la dynamique collective (comme l’indique tel élève...)